CANTA à i SARRI

Chants aux crêtes




© 2008 Norbert Paganelli. Tous droits réservés.

corse sauvage



Préface

Les mots, brillantes crêtes.


Norbert Paganelli n’est pas un inconnu. Dans un chapitre récapitulatif au titre interrogatif du dernier volume du Mémorial des Corses « Une poétique de l’identitaire ? » étaient mentionnées quelques-unes de ses œuvres déjà publiées alors (rappelons brièvement : un premier recueil dès 1973 : Soleil entropique chez Millas-Martin, en français, puis une plaquette bilingue en 1977 : A Strada, a vulpi è u bandidtu, à la Maison rhodanienne de poésie, puis chez le même éditeur A Petra ferta avec traduction, en 1981). La présentation notait dès cette époque que le poète savait y concilier lyrisme et concision. Récemment, sous le titre Errance / Invistita notre auteur reprenait en édition publibook l’essentiel des publications précédentes, notamment A Fiara/ La Flamme, poèmes traduits avec bonheur par Dominique Colonna. Il y avait là réuni un ensemble cohérent et tout à fait digne d’intérêt, dont l’unité foncière s’imposait d’évidence dans l’authenticité expressive d’une écriture du sud qu’une excellente traduction française accompagnait de manière sensible et toujours efficace.
Et voici ici le tout dernier recueil intitulé précieusement Canti à i sarri/Chants aux crêtes en édition bilingue de nouveau et avec la contribution de la même traductrice. Une ancienne présentation de l’auteur lui-même qualifiait à tort les mots des parlers du sud comme « durs et mal équarris » : excès de modestie sans doute ou rémanence de vieilles représentations linguistiques qui n’ont plus cours aujourd’hui ; on peut assurer en tout cas que ces mots ont trouvé là une adaptation juste et élégante qu’il convient de souligner d’emblée.

Mais y a-t-il de notables changements dans l’itinéraire poétique et l’écriture de ce poète corse, par ailleurs cadre de la fonction publique affecté en divers postes sur le continent et qui demeure un grand amoureux de sa langue ? Car il y aurait selon lui comme un cycle nouveau qui débute et le regroupement dans l’ouvrage informatisé aisément accessible de l’ensemble de ses publications antérieures aurait ainsi signé la fin d’une période.
Le présent recueil, comme souvent en poésie, n’est pas un gros volume mais plutôt une mince plaquette dont l’organisation rigoureuse et la densité du discours marquent peut-être en effet une forme résolument différente : mise en page de chaque texte autour d’un l’axe central, alternance de vers très brefs et plus longs, esquisses dialogiques en appels et répons, utilisation régulière des caractères italiques pour marquer les ruptures du discours…pourraient être les marques tangibles de ce changement créatif annoncé. Tout se passe comme si ces dispositions formelles et ces nouvelles matrices avaient imposé par elles-mêmes à l’auteur leur voie profonde et leur force d’inspiration.

L’ensemble des poèmes est en effet organisé de telle façon qu’une unité réelle s’en dégage incontestablement où reviennent cependant les thématiques chères à N.P., celles de la terre originelle et de la nature exubérante dans sa puissance et sa grande cohérence, celles de l’empreinte de l’homme dont l’itinéraire exigeant et solitaire demeure aux yeux du poète le seul salut possible…Nous avons affaire là à une illustration de cette mise en espace rituelle et de cette occupation spécifique de la page que l’écriture moderne a su apprivoiser pour créer justement cet « effet poème » dont parlait le critique Jean-Michel Adam il y a quelques années (Pour lire le poème, 1989)


Le recueil est articulé en neuf sections qui, à partir d’une Genèse initiale, semblent égrener précisément ce chemin difficultueux de la vie ordinaire : des titres sont proposés, étranges, généraux ou très précis, dont le sens se dévoile progressivement à la lecture et ajoute à l’interrogation philosophique ou métaphysique que suscite parfois le poème : « Ame commune », « Discours », « Ils disent », « La mort de l’homme », « Prière sauvage », « Je me souviens », « Giacomoni », et « Fatigue ». Autres signes qui éclairent le projet d’ensemble, ces dédicaces diverses qui vont de la poétesse chilienne Gabriela Mistral (« Je porte un chant énorme aux crêtes de haute mer ») à notre insulaire Ghjuvan Ghjaseppu Franchi (« Tante altre volte sò africanu ») en passant par le toujours très sollicité René Char (« Tu feras de l’âme qui n’existe pas un homme meilleur qu’elle ») ou encore le délicat poète méridional Jean Malrieu (« Ton nom secret ne se prononce pas en entier »)

Il n’est pas de notre propos de disséquer ici bien entendu ces textes, denses et exigeants, pour en livrer quelque clé d’interprétation possible : ce n’est pas ainsi que fonctionne la poésie contemporaine…celle qui tente justement le paradoxe de « nommer l’innommable » comme disait Roland Barthes.
La question de la double version corse et française est en revanche plus intéressante pour le lecteur qui est toujours chez nous un peu linguiste : on pourra bien entendu s’interroger, par exemple, sur la présentation frontale des deux langues qui pourrait inciter à choisir la lecture le plus aisément accessible, alors que l’on dit notre idiome en perte de vitesse.

Plus intéressante me semble la comparaison utile et réfléchie entre des deux codes confrontés et des équivalences proposées. Car si la traduction reste une des questions majeures de la problématique glottopolitique à venir (il n’est que de voir les actuelles oppositions européennes sur la rédaction des nouveaux brevets d’invention) , on sait aussi que la traduction particulière de la poésie demeure l’exercice le plus difficile parce que le traducteur doit se colleter non seulement au lexique et à son sens, aux éventuelles connotations cachées mais également tenter de rendre la dimension entière d’un style, d’une respiration, d’un rythme qui sont la marque originelle d’une écriture. Le dernier ouvrage d’Umberto Eco ne conclut-il pas d’ailleurs à l’impossibilité de « dire la même chose » dans l’expérience de la traduction littéraire en se contentant du « presque la même chose » ce qu’on peut juger sans doute un résultat insatisfaisant mais on reconnaîtra qu’il suscite au moins l’idée d’y revenir sans cesse comme sur un chantier jamais tout à fait clos.
Chaque lecteur pourra donc lire et réfléchir à ce passage, à ce transfert, à ce défi en savourant les vers corses de Norbert Paganelli et leur belle version française de Dominique Colonna. Une seule citation, comme illustration, celle des derniers vers du recueil au bout de la section « Stancàghjina/Fatigue »: « Omini/Steti bassi aveti intesu/ Erani canta/ Erani sarri/ Erani mari/Erani canta à sarri di mari » que le français rend ici aisément : « Hommes/Ne dites rien vous avez entendu/C’étaient des chants/C’étaient des crêtes/ C’étaient des mers/ C’étaient des chants aux crêtes de mer »

                                                                                                                                Jacques Fusina

 




Note de la traductrice


Il est des chants qui viennent d’un monde que nul ne soupçonne
ou que chacun feint d’oublier.
Ce sont des mots venus des sentiers perdus là-haut sur les crêtes,
en ces lieux de passage qui laissent peu de distance entre ciel et terre…

Ce sont des paroles au goût de pierre et d’humus,
rocailleuses et tendres comme les hommes qui les savent…

Ce sont des cris, rebondissant d’une vallée à l’autre, échos sonores de vieilles litanies…
Ce sont les prières muettes des ermites éclairés au fond des grottes secrètes.
Ce sont les rêves d’ombre au vol léger et double.
Ce sont ces mots là qu’un jour, pour Norbert Paganelli, mon ami,
il m’a fallu traduire dans une autre langue, un autre langage, un autre espace…
Et ce fut un combat….

Et puis, le miel du rêve partagé a fait son œuvre…
Il a adouci la rude épreuve
Il en a fait un long chant traduisible et imparfait.

Les mots de la langue mère se sont prêtés au jeu du miroir.
Ils ont donné un peu de leur rugosité aux formes lisses de l’Autre.

Ainsi, ces chants aux crêtes…(mais comment traduire « sarri » ?).
Cet espace sacré, découpé, hérissé, majestueux, inquiétant, ce lieu transitoire où vagabondent les chasseurs de la nuit, les yeux perdus dans leur rêve si juste et toujours inachevé.




                                                                      Dumenica Colonna
                                                                  in Sartè, d’uttrovi 2007

 




PRINCIPIU

«Ci hè dui o trè cosi sopra à mè, è ancu quattru, ch’ùn capiscu micca »
Tristan Cabral


CANTA à I SARRI

Forza ch’ ùn pudemu tena
Forza senza anni è senza culori
Di quidda chì spirda a noscia menti cusì salvatica

Iè ancu più salvatica chè no

À tè u ringraziamentu
O Forza

Ci era prima di tuttu
Petri è petri ancu di più
È i petri sottu à l’acqua s’arrimbaiani
À d’altri petri arrabiati d’essani cusì trattati
È versu culà un pocu più insù
Si sò livati i monti
U rimori facia scappà Diu lu Cristu anch’iddu
È pò sò sparati i fiuma
È una acqua linda è frisca à missu à corra
È pò lu ventu
È pò lu soli
È pò a longa spardiera di u tempu
À mezu cantoni matti
È sonnia mai francati

Ci hè statu dopu u tempu di a smizura

Smizà i monti smizà u mondu
Smizà à smizura
Par fanni milli pezza



GENESE

«Il y a deux ou trois chose au dessus de moi, et même quatre, que je ne comprends pas. »
Tristan Cabral

INVISTITA

Force incontrôlable
Force sans âge et sans couleur
Celle qui rend folle notre pensée pourtant sauvage

Oui plus sauvage encore que nous

Pour toi la reconnaissance
Ô Force

Il y avait avant tout
Des pierres et des pierres à foison
Et les pierres sous les eaux aimaient à s’enlacer
A d’autres pierres enragées d’être ainsi traitées
Et là-bas un peu plus haut
Les monts se sont dressés
Le bruit faisait fuir le fils de l’homme lui-même
Et les fleuves se sont ouverts
Et une eau claire et fraîche a jailli
Et puis le vent
Et puis le feu
Et puis le long déploiement du temps
Dans les rochers fous
Et les rêves interdits

C’est après qu’il y eu le temps des divisions

Diviser les monts diviser le monde
Diviser la division
Pour en faire mille éclats

Ci hè vulsutu à fà rimisciu
Staccà di a marina tutti sti scanduli frumbulati
À l’ingrossu
Ùn sapemu parchì
Ci hè vulsutu dinò à inradicà una mità di lumu
In i cunfini senza catara
È pò dopu emu ancu pugnatu
Di smizà l’acqua par rendala cumuna
È u sali à missu à copra un altru sali
Bisfiddolu di sti goccii cantarini
È dinò i venta sò mossi

À veru merè
Erani venta di alta primura
Venta vinuti d’altrò
È chì pariani quì in casa ad iddi

Forza ch’ ùn pudemu tena
Forza senza anni è senza culori
Di quidda chì spirda a noscia menti cusì salvatica

Iè ancu più salvatica chè no

Iè à tè u ringraziamentu
O Forza

Isula eri ed eccu chè tu volti
A nanzi d’arrimani
Quand’è tu zifuliai in u tarricciu cuntinentali
Quand’è tu cantai senza primura
Issu lamentu di poca furtuna
Eccuti aluntanata di ciò chè tu eri duvintata
Ùn ci hè peghju vargogna chè di campà
Di sta manera

Iè ùn ci hè peghju vargogna



Il a fallu faire remue ménage
Détacher du littoral tous ces fragments lancés
A profusion
On ne sait trop pourquoi
Il a fallu aussi mettre en terre une partie de lumière
Dans ces contrées sans limite
Et ensuite nous avons même tenté
De diviser cette eau pour la rendre commune
Et le sel a recouvert un autre sel
Fils du fils de la mélodie des gouttes
Et les vents à nouveau se sont levés

Je n’invente pas savez vous
C’étaient des vents de haute conscience
Des vents venus d’ailleurs
Et qui semblaient ici chez eux

Force incontrôlable
Force sans âge et sans couleur
Celle qui rend folle notre pensée pourtant sauvage

Oui plus sauvage encore que nous

Pour toi la reconnaissance
Pour toi ô Force

Tu étais une île et voici que tu retournes
Au temps d’avant
Lorsque tu sifflotais en terre continentale
Lorsque tu fredonnais sans souci
Une mélopée sans prétention
Te voici éloignée de ce que tu étais devenue
Il n’y a pire honte que de vivre
De cette façon

Oui pire honte

Mari o sintinedda
Volta in casa toia
Ci hè tanti aspetta à sbramà
Chè tu pò veni à stallati
Quand’è tu voli
Falla par iddi falla par no ma
Falla ancu par tè

Mari o mari
Quì s’hè in i to loca
È i longhi tizzona carminati à focu
Aspettani u santu ghjornu
D’issu viaghju
È i corra pinzutti di i lucapanta
Brudicani di piacè
È i varmi anch’iddi mettini à ballà
Pinsendu à lu to muscu caru

Sola a stedda
Nuda è pura faci neci d’ùn cunnosciati
Sintinedda volta

Socu fattu par vultà
Ma vultaraghju un’altra volta
Ballaraghju una di sti notti
U più bidduchju di i madragali
Avaraghju Tarra par cumari
È à ti dicu lesta è chjara
À bracettu ci n’ andaremu
Rumbicca quant’è tu voli
O stedda burbuddonna
U celi biancarinu
Hè pien’à steddi liccaresci

Forza ch’ ùn pudemu tena
Forza senza anni è senza culori
Di quidda chì spirda a noscia menti cusì salvatica

Iè ancu più salvatica chè no

Iè à tè u ringraziamentu
O Forza



Mer ô sentinelle
Reviens chez toi
Il y a tant d’espoir à satisfaire
Que tu peux t’installer
Quand tu le veux
Fais le pour eux fais le pour nous mais
Fais le aussi pour toi

Mer ô mer
Tu es ici en ta demeure
Et les longs tisons rougeoyants de carmin
Attendent le jour béni
De ce voyage
Et les pinces cornues des homards
Frétillent de plaisir
Même les vers se mettent à danser
En songeant à l’écho de ton parfum

Seule l’étoile
Vierge et nue fait semblant de t’ignorer
Sentinelle reviens

Je suis née pour revenir
Mais je reviendrais une autre fois
Je danserai une de ces nuits
Le plus beau des madrigaux
J’aurai le Monde pour cavalier
Et je te le dis sans préambule
Nous irons bras dessus bras dessous
Médis tant que tu veux
Toi l’étoile grincheuse
Le ciel lactescent
Est plein d’étoiles séduisantes

Force incontrôlable
Force sans âge et sans couleur
Celle qui rend folle notre pensée pourtant sauvage

Oui plus sauvage encore que nous

Oui pour toi la reconnaissance
Ô Force


Dinò
È pocu à pocu
Dinò à l’ingrossu
Dinò
Più chè mai
Dinò

U populu marinu
À i sapari umidicosi
S’era avizzatu
A sciuma anch’idda d’avè fraiatu cù
U sali pulvarosu
S’era inariulata
Ma calcosa d’idda stessa tinia sempri
U razzinu si ni volta
Quand’è u nidigali hè prontu
A sapeti
È allora maladetta di sti tempa
L’acqua è a sciuma si sò avicinati
Purtenduci una calda nutizia

Iè a calda nutizia l’avemu sunniata sta notti ch’ andò
Ci era tanti cavadda grisgi
Ch’ùn avemu pudutu
Dì nò
Iè l’avemu sunniata
È l’avemu vista
Cum’è s’idda fussi stata arrimani

Ùn avemu pudutu
Ùn c’era nienti à fà
Erami stanchi morti nanzi di cumincià
È vo chì sapeti
Ùn avaremu bisognu di spiecavi


Encore
Et peu à peu
Encore à foison
Encore
Plus que jamais
Encore

Le peuple de la mer
Aux cavités humides
S’était habitué
L’écume elle même d’avoir frayé avec
La poussière de sel
S’était gorgée d’air
Mais quelque chose d’elle demeurait
La souche reverdit
Quand la terre se fait mère
Le savez- vous
Et alors par ces temps de malédiction
L’eau et l’écume se sont rapprochées
Nous apportant une bonne nouvelle

Oui la bonne nouvelle nous l’avons songée la nuit dernière
Il y avait tant de chevaux gris
Que nous n’avons pu
Dire non
Oui nous l’avons songée
Et nous l’avons vue
Comme si c’était hier

Nous n’avons pas pu
Il n’y avait rien à faire
Nous étions exténués avant même de commencer
Et vous qui savez
Nous n’avons pas besoin de vous expliquer


Forza ch ùn pudemu tena
Forza senza anni è senza culori
Di quidda chì spirda a noscia menti cusì salvatica

Iè ancu più salvatica chè no

Iè à tè u ringraziamentu
O Forza

Rivinuta
È ancu più dolci
Rivinuta
Senza mai essa andata
Rivinuta
Chì ci voli bè à vultà
Quandu u troppu ghjira
Ci faci perda l’invidia di ghjirà
Quand’eddu hè l’ora
È chè tuttu u mondu à sà
Quand’è ùn si pò fà
Altru

Avà a brumaccia si sparghji
Affacani soli è venta
Si fermani scodda è parfuma di tarra
Si pò ancu senta i basgia tra petri è acqua
È cusi nasci una nuttata d’aprili
A fronda ciuffuta chì cerca à copra
I nosci cunfini

È li laricii sticchiti par sempri
È la filetta chi tadda è ritadda
È lu murzu di sti muraddi arrutati
È ancu la scopa culori di vaghjimu
Ch’accrianzani li ziteddi


Force incontrôlée
Force sans âge et sans couleur
Celle qui rend folle notre pensée pourtant sauvage

Oui plus sauvage encore que nous


Pour toi la reconnaissance
Pour toi ô Force

Revenue
Et plus douce encore
Revenue
Sans jamais être partie
Revenue
Puisqu’il faut bien revenir
Lorsque l’excès d’errance
Nous fait perdre l’envie d’errer
Lorsqu’il est l’heure
Et que tout le monde le sait
Lorsqu’on ne peut faire
Autrement

Maintenant la brume s’étend
Le soleil et les vents apparaissent
Les rochers et les parfums de terre font escale
On peut même entendre l’eau et les pierres s’embrasser
Et ainsi par une nuit d’avril naît
La flore échevelée qui s’entête à envahir
Notre horizon

Et les pins laricio éternellement droits
Et la fougère qui coupe et qui tranche
Et la mousse de ces murailles aiguisées
Et même la bruyère aux teintes d’automne
Qu’apprivoisent les enfants


Scopa scupinetta
Fiori di machja è di machjetta
Dimmi una bucietta
Par fammi rida una stundetta

Scoppa scupinuchja
Missa in a so manuchja
Salt’è ghjira ghjiranduchja
Com’ è bedda righjinuchja

Scopa scupinona
A piddati par dunnona
T’assumiddi à pantalona
È duventi calavrona

Forza ch’ùn emu pudutu tena
Forza antica culori di tempu frazatu
Forza suredda di a noscia menti salvatica

Iè salvatica cum’è no

Salvatica cum’è no
È nienti di più

À tè Forza u salutu
Più chè u ringraziamentu.

Avali
Avemu cunvinutu



Bruyère petite bruyère
Fleur petite fleur du maquis
Raconte moi un mensonge
Pour me faire rire un peu

Bruyère petite et mignonne
Tu es dans sa menotte
Tu sautes et tournicotes
Comme la belle rainette

Bruyère grande bruyère
Tu te prends pour dame fière
Tu ressembles à la rombière
Et tu perds ta manière

Force que nous n’avons pu contenir
Force antique couleur du temps passé
Force sœur de notre pensée sauvage

Oui sauvage comme nous

Sauvage comme nous
Et rien de plus

A toi Force le salut
Plus que la reconnaissance

Maintenant
Nous avons admis





ANIMA CUMUNA


« Farè di l’anima chì ùn asisti micca un omu più bonu chè idda »
René Char

anima cumuna

Anima meia cusì vistuta
Cù manteddu d’aria marina
È baretta di focu
Tu chì ùn cunnosci nè laziu nè riposu
Cansati un’di sti ghjorna
In punta di Capu maiò
Avemu ghjiratu tantu
Cù i venta di barbaria
Chè i nosci canzoni
Vinuti da culandi
Si ni sò sdrutri una volta par sempri
In u buliaciumu di sti cunfina

Anima meìa sempri sfiurita
Di galona è di parolli santi
Tu chì ridii à bocca spalancata
Di a furtuna di l’omu senza turmentu
Fatti puri una calata
Par piacè o par duveru
Versu i veghji ughjinchi
Di i nosci sirati sculuriti
Ringraziarè à tutti
Mi scusarè d’ùn essa andatu

Anima meìa purtendu rivolta
Suredda di i schiavi chì stani par issi loca
Di tutti i braccimozzi
Di tutti i sanguineri
La me cummari cusì fidata
Chì mi lintaia indarru
Fà cusì è fà da bè
È richjara li to parolli
È rinfresca lu to focu
Veni puri una sera dopu cena
À pusatini accant’à mè.




ÂME COMMUNE


« Tu feras de l’âme qui n’existe pas un homme meilleur qu’elle »
R. Char


anima cumuna

Âme mon âme ainsi vêtue
D’une pelisse de vent de mer
Et d’une coiffe de feu
Toi qui ne connais ni désir ni repos
Arrête toi un de ces jours
Sur la pointe du Grand Cap
Nous avons tant et tant erré
Avec les vents de barbarie
Que nos chants
Venus du lointain
Ont disparu à tout jamais
Dans la mélasse de ces contrées

Âme mon âme toujours dépouillée
De galons et de saintes paroles
Toi qui riais à gorge déployée
Du bonheur de l’homme sans tourment
Prends le temps de t’arrêter
Par plaisir ou par devoir
Vers les nouvelles veillées
De nos soirées diaphanes
Tu remercieras l’assemblée
Tu m’excuseras de ne pas y être

Âme mon âme charriant la révolte
Sœur des esclaves demeurant par ici
De tous les bras coupés
Et des pestiférés
Mon amie si fidèle
Qui me lançait en vain
Fais comme ceci et fais pour le mieux
Radoucis tes propos
Calme un peu ton feu
Viens donc un soir à la veillée
T’asseoir à mes côtés

Anima meìa mal’accrianzata
Chì mi facia senta
Ciò ch’ ùn vuliu veda
Aggantendu lu me sgardu
Dirighjendu lu me spirdu
Aiò raccontami li to scherza
Ti mandaraghju li me guaia
L’acqua linda di la to parolla cantarina
À tengu in alta stima
Ancu s’è più chè mè
D’altri l’ani ludata


Anima meìa stancata
Di sti ghjorna di dolu
Quandu d’altri animi vinuti
D’issi monti
Purtaiani l’aiutu di la ghjenti di culà
È mi ni possu invena
Di l’ochja scuntenti ch’erani toì
Quand’è più d’una volta
La to mani s’hè mossa
Pugnendu di tuccà bracciu drittu o spadda manca


Anima meìa fatta di quasgi nienti
È di ventu frisculinu
Dà una richjaratta à i nosci menti sticchiti
Di tanta salamughja
I nosci canneddi rughjinosi
Poni ancu fà risposta
Lintenduti una parullaccia
Purtenduti u tistucciu
Stupenduti un ghjuramentu
Aiò anima ùn ti fà pricà


Âme mon âme si mal éduquée
Tu me faisais entendre
Ce que je ne pouvais voir
Capturant mon regard
Contrôlant ma pensée
Allez raconte tes feintes
Je te dirai ma peine
L’eau douce du chant de ta voix
Je la tiens en haute estime
Même si mieux que moi
D’autres ont su la louer

Âme mon âme épuisée
De ces jours de deuil
Lorsque d’autres âmes venues
De ces monts
Nous apportaient l’aide des gens de là-bas
Je me rappelle
Ton regard grondeur
Lorsque plus d’une fois
Ta main s’est approchée
Frôlant mon bras droit ou mon épaule gauche

Âme mon âme faite de trois fois rien
Et du petit vent frais
Viens ressourcer nos pensées fossiles
D’un excès de saumure
Nos voix pleines de rouille
Peuvent te répondre
Lançant un mot grossier
Portant contradiction
Te crachant un juron
Allez âme ne te fais pas prier



Anima meia anima toia
Anima di tutti sti cosi è di tutti sti loca
Di lu mondu chì stà
Di lu fiatu chì va
Arrimbati un pocu
À la petra carca à murzu
À la còtula bianca è liscia
Nanzi di lintà l’avvedaci chè tu sa

Avvedaci
Nemici di sempri
Quand’è u sempri s’assumidda à l’oramai
Coppiu di l’avali
È fiddolu d’andaccianu


Âme qui est mienne âme qui est tienne
Âme de toutes ces choses et de tous ces lieux-dits
Du monde qui est
Du souffle qui va
Accouple-toi
À la pierre couverte de mousse
Au galet blanc et lisse
Avant cet adieu que tu connais si bien

Au revoir
Ennemi de toujours
Lorsque toujours ressemble à désormais
Double de maintenant
Et fils d’itinérant





DISCORSU


canta à i sarri

« Semu a vita è nienti ùn ci scuraghja »
X. Diem



U scoddu ùn hè chè polvera
Dubbitosa
Micca tantu luntanu di u farru
È di l’ossu tuttu mundatu

Picciafocu iè
Ma sminuzzevulu indinò
L’acqua u ventu
A carezza di l’omu
U si turnani à l’arruina

A malavia di a petra
Hè u tempu di l’ora
U tempu chjamatu in amicizia
Par fà sopratuttu
Scapà sti venta
Venta dritti
Venta gobbi
Venta di tutti i staghjoni
E di tutti i cunfina
Venta di stu mondu mai finitu

Iè pisemuci
È piddemu ancu no
Fucila è pistoli
I chjassa sò bioti
È i catara aparti

Avemu dighjà vintu
Senza aspittà l’aiutu
Spartimuci tutta sta roba
Tra suldata senza galona
Poni sempri fà focu issi spirdati

DISCOURS
canta à i sarri

« Nous sommes la vie que rien ne décourage »
X. Diem


Le rocher n’est que poudre
Incertaine
Assez voisine du fer
Et de l’os décharné

Incendiaire oui
Mais divisible aussi
L’eau le vent
La caresse de l’homme
En arrivent à l’éroder

Le malheur de la pierre
Est la cadence du temps
Ce temps imploré en amitié
Pour faire avant tout
S’enfuir les vents
Vents droits
Vents mal fichus
Vents de toutes saisons
Vents de toutes régions
Vents de ce monde inaccompli

Oui pensons-y
Et prenons nous aussi
Fusils et armes de poing
Les chemins sont déserts
Et les barrières ouvertes

Nous avons déjà vaincu
Sans avoir attendu d’aide
Partageons ce butin
Entre soldats sans galons
Ils peuvent bien tirer ces affolés


Poni ancu culpà
Ma pudemu indinò fighjulàlli fughja
Sti stodii senza biddezza
Induva a menti
Si calcineghja

Populu
Sentu da quì i to lagna
È ancu i to parolli
Tu chì calciteghji cum’è un ziteddu
Tu chì ti piddi par stodia toia
Andemu à tempu d’oghji
A purtà calcosa di novu

Aspittà era u me cantu
Ùn aghju fattu nienti par abulìscialu
Ma avali una musica inumata
À da bastà
Par fà fughja i Rè

Sritti
Leghji
Credenza in u puderi di tutti sti maiò
Vulemu fà calcosa
Cù un altru lumu

Bisognu à dà à l’omu
Un di sti canta d’alta rinumata
Un cantu mai intesu
Un cantu chì canta da par iddu
Senza l’aiutu
Di tutti issi campanetti
È di i ziffuleddi par criaturi

Vidaremu
À vi dicu
Brusgià d’altri casteddi
È ancu tutti sti barretti infrisgiulati
Eccu chì spunta stamani
A funtana
Spatrunata


Ils peuvent même faire mouche
Mais nous pouvons aussi
Les voir s’enfuir
Ces histoires sans beauté
Où l’esprit se consume

Peuple
J’entends d’ici ta plainte
Ainsi que tes paroles
Toi qui frappe du pied comme un enfant
Toi qui te prends pour ta propre légende
Allons à compter de ce jour
Porter quelque chose de nouveau

Attendre était mon chant
Je n’ai rien fait pour l’abolir
Aujourd’hui une musique inconnue
Peut bien suffire
A faire s’enfuir les rois

Ecrits
Lois
Croyance en la toute puissance des rois
Revenons faire quelque chose
Avec une autre lumière

Il faut créer pour l’homme
Un chant de haute renommée
Un chant jamais entendu
Mais connu de tous
Un chant qui par lui-même chante
Sans besoin de grelots
Et autre fanfreluches

Nous verrons
Je vous l’assure
Flamber les châteaux
Et les casquettes galonnées
Voici que coule ce matin
La fontaine
Indomptée



Sola
Mezu à l’algui
Eccu una donna nudda è freta
Lintendu dinò idda
Ch’ùn ci hè più nimu in u rughjonu
Rifranca una buledda
Vinuta à pienghjulà

Tarra mòviti
Hè tempu
È vo òminin muvìtivi ancu vo
Sò ghjunti i tempa d’alti dirrucatoghja
L’acula à missu à ghjirà
È u novu sbucca da culandi
I scodda à sani
Chè à m’ani dittu

Ed eiu
Ùn’cì socu par nienti
Ùn facciu chè ripeta
È à quiddi chì mi mandani
U parchì
Ùn possu chè risponda
Cusi hè

Fetila sapè


Seule
Au milieu des algues
Voici une femme froide et nue
Lançant elle aussi
Qu’il n’y a plus personne dans la contrée
Sauf un insecte
Venu larmoyer

Terre mets-toi en route il est temps
Et vous hommes mettez vous en marche
Il est venu le temps des grandes perditions
L’aigle s’est mis à tournoyer
Et le nouveau commence à poindre
Les rochers le savent
Puisqu’ils me l’ont dit

Et moi
Je n’y suis pour rien
Je ne fais que répéter
Et à ceux qui me demandent
Pourquoi
Je ne peux que répondre
C’est ainsi

Faites le savoir




DICINI


« A raghjoni imparullata ùn hè a raghjoni eterna »
F. Toussaint

canta à i sarri
Omu dici
Avà ci voli ad andà
Donna dici
Iè ma aspetta un pocu
Pronta ùn socu ancu
Dammi
Cinqui minuti è pò andaremu

Omu dici
Ascolta eiu partu ch’e socu prontu
Mi cansaraghju indè Paulu
È t’aspittaraghju culà
Dopu andaremu à veda
Quissa ghjenti chì partini dumani
Donna dici
Fà puri cum’è tu voli
Ma cinqui minuti mi bastani
È sarà meddu à falà insemu
Chì ani da dì
S’è no ghjughjimu cum’è i frata

Omu dici
T’aghju u passarinetu
Ùn possu più stà
Eiu mi ni vogu capunanzi è falaraghju
Pianamenti è bè
In cinqui minuti
Mi pò riunghja
Nanzi chè ghjughjissi
Indè Paulu
È cusì ci cansaremu insemu
Dona dici
Tuttu quissa par micca aspittà cinqui minuti
Ùn vuleti micca rida
Fà puri cum’idda ti pari


ILS DISENT

« La raison qui s’exprime par la parole n’est pas la raison éternelle »
F. Toussaint


canta à i sarri

Homme dit
Maintenant il faut y aller
Femme dit
Oui mais attends un peu
Je ne suis pas encore prête
Donne moi
Cinq minutes et nous irons

Homme dit
Ecoute je pars car je suis prêt
Je m’arrêterai chez Paul
Et je t’attendrai là bas
Ensuite nous irons voir
Ces gens qui partent demain
Femme dit
Fais comme tu veux
Mais cinq minutes me suffisent
Et ce serait mieux de descendre ensemble
Que vont - ils dire
Si nous arrivons comme des pèlerins

Homme dit
J’ai envie de bouger
Je ne tiens plus en place
Je m’en vais le premier et je descendrai
Tout doucement
En cinq minutes
Tu peux me rejoindre
Avant que j’arrive
Chez Paul
Et comme cela nous nous y rendrons ensemble
Femme dit
Tout ça pour ne pas attendre cinq minutes
Laisse moi rire
Tu n’as qu’à faire comme tu veux

Omu dici
Ma chì ti po fà chè stessi quì ad aspittati
O chè falessi nanzi à tè
Par tè ùn cambia nienti
Donna dici
Ùn cambia nienti par mè sionti à tè
Ma par mè ùn hè listessa
Quantu n’ha visti donni falà soli cù omu nanzi
Tuttu quissa par avè raghjoni

Omu dici
Saristi a prima donna à falà sola mi
Ciò chè si pò sentà cum’è tuntii
Mi ni falgu
Dona dici
Fala fala è diruccati nanzi di ghjunghja
Ghjustu supr’à u punticeddu tè
Un’ si po discora
Và ventu in puppa
È diruccati puri

Omu dici
Faci bè cinqui minuti
Chè tu smaniatteghji
Tutti i to strumenta
Dii essà pronta avà
O allora ùn sò più cinqui minuti
Ch’iddi ti ci volini
Ma trè ori
Dona dici
Vargugnosu chè tu sè
Ùn vedi mancu u travaddu ch’e t’aghju
S’è tu eri più attinziunatu
Ùn m’avarè micca lacatu
Tutti sti pani à stirà
È i tò scarpa bruti mezu à a stanza
Ùn sò micca trè ori
Ch’eddi mi ci volini
Ma o mancu trè ghjorna par fà tuttu
Ciò chè tu mi lachi



Homme dit
Mais qu’est-ce que ça peut bien faire
Que je reste là à t’attendre
Ou que je descende avec toi
Pour toi il n’y a rien qui change
Femme dit
Cela ne change rien d’après toi
Mais pour moi ce n’est pas la même chose
Tu en as vu beaucoup des femmes descendre seules
L’homme devant
Tout ça pour avoir raison

Homme dit
Tu serais sans aucun doute la première femme à descendre seule
Ce qu’on peut entendre comme stupidité
Je descends
Femme dit
Descends et casse-toi les reins avant d’arriver
Tiens juste avant le petit pont
On ne peut pas discuter
Bon vent
Et va donc à la ruine

Homme dit
Cela fait maintenant cinq minutes
Que tu manipules
Tous tes ustensiles
Tu dois être prête maintenant
Où alors ce n’est plus cinq minutes
Qu’il te faut
Mais trois heures
Femme dit
Tu devrais être honteux
Tu ne vois pas tout le travail que j’ai
Si tu étais plus attentionné
Tu ne m’aurais pas laissé
Tout ce linge à repasser
Et tes souliers crottés au milieu de la chambre
Ce n’est pas trois heures
Qu’il me faudrait
Mais au moins trois jours pour faire tout
Ce que tu me laisses



Omu dici
Ci semu
Ci semu à senta sempri i stessi cosi
U rumbecu d’ogni ghjornu
Par mè hè una malatia
Allora ùn aghju micca da discuta
Statini quì
È canta puri a to canzona
Eiu ùn l’ascolotu mancu
Ch’e l’aghju dighjà intesa più di une volta
È à ti dicu
Avali mi rompi i stacchi
Dona dici
Ùn rispondu mancu
Và puri à tirati dui passa

Omu dici

Mì ch’iddu ci hè à Paulu chì codda
O Pà
Un pocu di più è falaiami à salutati
Nanzi di
Cansaci par dà l’avvedaci à quiddi disgraziati
Chì ani da parta dumani

Paulu dici
Socu vinutu à divvi
Ch’iddu ci hè statu un tracidiu à mumentu
Avemu intesu una spluzioni
È vistu fiari è fumu
Da la me casa si vedi tuttu
È sò morti tutt’ è trè
Ùn aveti più bisognu
Di falà



Homme dit
Ça y est
Nous allons entendre le même refrain
Les reproches de chaque jour
Je crois que c’est une maladie
Je ne vais pas palabrer
Reste ici
Et chante ta chanson si tu le veux
Moi je ne veux même pas l’écouter
Car je l’ai déjà entendue cent fois
Et je te dis
Maintenant tu me casses les oreilles
Femme dit
Je préfère ne pas répondre
Vas-y va donc en promenade
Homme dit
Tiens
Tiens il y a Paul qui monte
Paul
Quelques minutes de plus et nous descendions te saluer
Avant de
Nous arrêter pour dire au revoir à ces malheureux
Qui vont partir demain

Paul dit
Je suis venu vous dire
Qu’il y a eu une catastrophe il y a quelques instants
Nous avons entendu une explosion
Nous avons vu des flammes et de la fumée
De chez moi on voit tout
Ils sont morts tous les trois
Vous n’avez plus besoin
De descendre




A MORTI DI L’OMU


« U to nomu sicretu ùn si pò micca dì tuttu »
J. Malrieu

invistita norbert paganelli

Ci voli à metta fora
I parolli à bon pattu
Sò bucciardi sti parolli
Ùn ani primura di verità
È ùn cercani ch’à inganavi

Mittimu fora sti parolli di poca feda
Cacciemuli di paesi
Sò gattiva roba
Ùn vàlini tanti cosi

Ci era falata à dossu
Cum’è pichjata di soli
Dopu ghjurnata di piombu
Hè mortu
Iè hè mortu

À ci aviani dittu i venta
È ancu l’arba nascenti
À ci aviani dittu ma quand’iddi parlani
Arba è venta
Ùn facini micca senta
Com’é a parolla
Ùn scurticani micca
Sò tutti di u stessu casonu è si poni capì
Senza mancu lintà boci




LA MORT DE L’HOMME


« Ton nom secret ne se prononce pas en entier »
Jean Malrieu


a morti di l'omu

Il faut mettre à la porte
Les paroles sans valeur
Ces paroles mentent
Elles n’ont cure de vérité
Et ne cherchent qu’à tromper

Jetons dehors ces paroles sans foi ni loi
Chassons-les d’ici
Elles ne sont pas fréquentables
Elles ne valent rien

Il nous était tombé
Comme un coup de chaleur
Après un journée de plomb
Il est mort
Oui il est mort

Les vents nous l’avaient dit
Et même l’herbe nouvelle
Ils nous l’avaient dit mais quand ils parlent
Herbe et vents
Ne font pas souffrir
Comme la parole
Ils n’écorchent pas
Ils sont voisins et peuvent se comprendre
Sans même piper mot

Hè mortu
È a petra ùn sarà più listessa
Hè mortu
È l’acqua ùn hè più vagabonda
Hè mortu
È u rimisciu s’hè stallatu in ciarbeddu
Hè mortu
È u ventu s’hè pisatu
Più forti chè sempri
Pugnendu di dì à l’arba calcosa
Ch’ùn pudemu senta

Mittimu fora sti parolli di poca feda
Cacciemuli di paesi
Sò gattiva roba
Ùn valini tanti cosi

È chì ni sapeti vo
Vo chì piddeti tuttu par straccii
In i vo mani di ruspulaghji
Vo chì piatteti i vosci denti
Da daretu faccia mustavata
Iè vo chì ni sapeti

Pudeti dì o lu tintu
Pudeti andà à licinziavi
Pudeti smimulà è figurà
Ma oghji
Hè mortu l’omu
È ùn vi possu più senta

Rena chì scurtica a peddi
Spaventu di l’ossu
Quand’è l’ossu hè senza patronu
Denti
Lingui
Nasa
Ascultetimi
Hè mortu l’omu



Il est mort
Et la pierre ne sera plus la même
Il est mort
Et l’eau n’est plus vagabonde
Il est mort
Et un bruit d’enfer assaille la tête
Il est mort
Et le vent s’est levé
Plus fort que d’ordinaire
Essayant de dire à l’herbe quelque chose
Que nous ne pouvons comprendre

Jetons dehors ces paroles sans foi ni loi
Chassons- les d’ici
Elles ne sont pas fréquentables
Elles ne valent rien

Et vous qu’en savez-vous
Vous qui prenez tout pour menu fretin
En vos mains de prédateurs
Vous qui cachez vos dents acérées
Derrière une face maquillée
Oui vous qu’en savez-vous

Vous pouvez dire ô le pauvre
Vous pouvez aller faire vos adieux
Vous pouvez grimacer et faire semblant
Mais aujourd’hui
L’homme est mort
Et je ne peux plus vous voir

Sable qui écorche la peau
Epouvante de l’os
Lorsque l’os n’a plus de maître
Dents
Langues
Nez
Ecoutez-moi
L’homme est mort


Adori di i cascii
Sapori di i zina
Ombra lacata par u fenu taddatu
Pula di a nivi
Quand’è u tempu hè friscu è siccu
Granu di soli
Arrubatu à l’istatina
Granu d’orzu abandunatu
Chì cresci in orta pitricaghjoli
Muscu di u ghjativulpi
Ascultetimi
Hè mortu l’omu

Mimoria di a mimoria di riscuntra
Sonniu di a prima matina
Quand’è a matina hè pagna è a notti linda
Mimoria sfiurita
Mimoria sculurita
Mimoria
Hè mortu l’omu


Hè mortu l’omu
È ùn sapemu chì fà
Hè mortu l’omu
È i rundinelli bulani sempri
Hè mortu l’omu
È bruddicani i radichi di u cipressu
Iè com’è à vi dicu

Mittimu fora sti parolli
È femuli rivultà ghjustu dopu


Senteur des feuilles
Saveurs d’oursins
Ombre laissée par le foin coupé
Poussière de neige
Lorsque le temps est sec et frais
Grain de soleil
Dérobés au dernier été
Grain d’orge abandonné
Poussant dans les jardin de rocaille
Odeur du chat sauvage
Ecoutez moi
L’homme est mort

Mémoire du souvenir de seconde main
Songe du premier matin
Quand le matin est sombre après une nuit claire
Mémoire qui s’efface
Mémoire sans couleur
Mémoire
L’homme est mort

L’homme est mort
Et nous ne savons que faire
L’homme est mort
Et les hirondelles volent toujours
L’homme est mort
Et les racines du cyprès s’agitent
Oui comme que je vous le dis

Mettons dehors ces paroles
Et faisons les revenir de suite

Sti parolli di poca fedi
S’aiùtani trà iddi
È ci ferma sempri u sò stracinumu
Cum’è fumaccia grisgia
Culori chì fughji
È quasgi sminticatu

Si ni svènini
Quand’è ùn ci semu
Quissa à sapemu tutti

Nivuli purtetici sti tizzona
Senza allegria
È pò senza stizza

Ci hè statu l’omu
Oghji è dumani
Tremindui
U cantaremu

À pocu à pocu
S’hè sparsu un linzulonu di soli mansu
Calchi volti
Tonu veni à pichjà
È acqua à asirinà

È vo o bestii curruti
Feti cum’idda vi pari
Andeti è bulietivi

Anch’eiu v’aghjiu da ludà

Cusì faraghju




Ces paroles sans foi ni loi
Se portent assistance
Et il nous reste leur trace
Comme une brume grise
Couleur incertaine
Et presque passée

Elles s’estompent
Lorsque nous nous absentons
Nous le savons tous

Nuages apportez nous ces tisons
Sans allégresse
Mais surtout sans colère
L’homme a été
Aujourd’hui et demain
Ensemble
Nous le chanterons

Peu à peu
Un grand carré de soleil familier s’est déployé
Parfois
Le tonnerre vient frapper
Et l’eau rasséréner

Et vous bêtes cornues
Faites comme il vous semble
Allez et multipliez vous

Moi aussi je vais vous chanter

Je ferai ainsi




PRICHERA SALVATICA

« Tanti altri volti sò africanu
Sò l’africanu u più neru di l’Africa nera »
Ghj.Ghj.Franchi


invistita

È mi ni vocu sempri più lestru
Versu stradi puzzinosi
Versu loca aluntanati
Ch’ùn ani mancu più nomu

I parolli arrutati
V’ani ferti
Ma d’altri parolli vinarani
Par scusalli
Dopudumani spuntarà un altru soli
Più maiò chè u bisognu
Più caldu chè u tizzonu

Andaremu
À vi dicu
Andaremu tremindui
Versu l’avveni senza traditori
È vo chì dicìati
Tuttu hè finitu
Ùn si pò più fà nudda
Vidareti
Davanti à vò
U farru è u lignu
Infini adunitti

Scupriti puri
I vechji rittrati
Buligheti in i vosci scagni
Aranghjaceti l’anticha verità
I tempa ùn sò sicuri
È l’andaciani dà partuttu
Sarà ancu meddu à muscià tuttu
Chè di piattà
Dui cosa di nudda
È trè pezza di nienti






PRIERE SAUVAGE

« D’autres fois je suis africain
Je suis l’africain le plus noir de l’Afrique noire »
J.J. Franchi


canta à i sarri

Et je m’en vais toujours plus vite
Vers des routes immondes
Vers des endroits lointains
Qui n’ont même plus de noms

Les mots acérés
Vous ont blessés
Mais d’autres paroles viendront
Les effacer
Après demain naîtra un autre jour
Plus grand que le désir
Plus brûlant que la braise

Nous irons
Je vous l’assure
Nous irons tous ensemble
Vers un futur sans parjure
Et vous qui disiez
Tout est fini
On ne peut plus rien faire
Vous verrez
Devant vous
Le fer et le bois
Enfin réconciliés

Sortez de l’oubli
Les vieux portraits
Fouillez tous vos tiroirs
Rectifiez l’ancienne vérité
L’époque est incertaine
Et les vagabonds omniprésents
Il serait préférable de tout exposer
Plutôt que de cacher
Juste un peu de rien
Et quelque pas grand chose


Andemu à veda a criatura
È prichemu par idda
Chì hè sempri affanata
Prichemu ancu di più
Par l’asdiperu
È u smintecu
Chè à rombu di briunà
Ùn avemu mancu più laziu

Bizzicha rossi
Bizzicha neri
Bizzicha pizzicaghjoli
Di quiddi chì s’appiccicani à tutti sti carri
Bizzichi falsi è torti
Turnetivi un pocu
Voddu veda à quali
V’assumideti

È mi ni stocu
Par avè calchi nutizii

Iè ci aveti datu u dafà
Incu tutti sti lingui pinzuti
È avali u pardonu s’hè stancatu anch’iddu
Misericordia ùn ci ni sarà
Faremu cio chè no t’avemu à fà
Nienti di più.

Signori chì asculteti
Fighjuleti cum’è no semu
Di menu ùn pudemu fà

L’avemu visti
Strapiddà sti povari fiati
Minuzzà lingui è punta di dita
Ùn à cì ani micca ditta
L’avemu visti
Cum’è no pudemu veda ogni ghjornu chì passa
Funtana mezzu à paesi
È piddàiani forza à scalzà denti
Par metta in i bochi
Calcina rena o cenari


Allons voir le nouveau né
Et prions pour lui
Puisqu’il est toujours supplicié
Prions en plus
Pour le désespoir
Et pour l’oubli
Puisqu’à force de crier
Nous n’avons même plus de souffle

Becs rouges
Becs noirs
Becs aux formes acérées
Semblables à ceux qui s’agrippent aux chairs
Becs tordus et crochus
Tournez vous légèrement
Je veux voir à qui
Vous ressemblez

Et j’attends
Pour avoir quelques nouvelles

Oui vous nous avez donné bien des tracas
Avec vos paroles cinglantes
Aujourd’hui le pardon lui-même s’est essouflé
Il n’y aura pas de miséricorde
Nous ferons ce que nous avons à faire
Rien de plus

Seigneur qui écoutez
Regardez ce que nous sommes
Nous ne pouvons rien faire de moins

Nous les avons vus
Déchiqueter ces pauvres vies
Couper langues et pointes de doigts
Nous les avons vus
Comme nous voyons passer les jours
Et la fontaine au milieu du village
Et ils prenaient force en arrachant les dents
Afin de remplir les bouches
De chaux de sable ou de cendres


Ma tuttu quissu ùn era nudda
Cì era indinò i so risa i so sgarda
Com’è quiddi di l’animali
In i nutati di spaventu
Quand’è vo Signori
Vi tinìati da culandi
Sicretu
Quasgi vintu

Oghji à dicu à vo
Com’è à mi pensu
Tuttu quissu ùn hè nudda
Sti carri brusgiati
È st’occhja tafunati
Sò u nosciu aiutu
Piddetili è
multiplichetili

Fetila
Tocca à no
A ringraziavi
Iddi ùn l’ani micca
Pinsata

I cosi sò quì
Inpauriti è agurguliti
U mondu pari smizatu
È nimu ùn cì pò dì
Ciò chì si passa
Da daretu
Vicinu à u fiuminali
Ancu più vicinu chè
A brusgiatura

I stradi
M’ani ghjuntu
In un rumizzulaghju



Mais tout cela n’était rien
Il y avait aussi leurs rires et leurs regards
Pareils à ceux des animaux
Les soirs de cauchemars
Lorsque vous Seigneur
Vous demeuriez au loin
Muet
Presque vaincu

Aujourd’hui je tiens à vous dire
Ma manière de penser
Tout cela n’était rien
Ces chairs brûlées
Et ces yeux crevés
Nous viennent en aide
Prenez les et
Multipliez les

Faites le
Il nous revient
De vous remercier
Eux n’y ont pas
Pensé.

Les choses sont là
Terrées et meurtries
Le monde semble coupé en deux
Et personne ne peut dire
Ce qui se passe
Derrière
Près du lit du fleuve
Encore plus près que
La brûlure

Les routes
M’ont conduit
Dans un dépotoir




MI INVENGU

“ Scavà hè u me mistieru
pò dà si ancu a me rilighjoni “
F.M. Durazzo

mi invengu norbert paganelli

Mi n’invengu
Avà iè ch’e mi n’invengu
À m’aviati dittu
Ed eiu ùn v’aghju micca intesu
Ùn socu parchì
Ùn voddu sapè

Mi n’invengu
Di sti filari dritti dritti
Chè vò dìciati
Ugni mumenta
Lintati cum’è un frisciu
Si mittiani à scappà
Cum’è lattri una sera di luna morta
Ié avà mi n’invengu

Hè meddu l’ovu à a mani chè a ghjaddina à u tempu
Ghjacaru chi abbaghja ùn mursica micca
Dà tempu à u tempu

Mi n’invengu ancu di a voscia suredda
Quidda chè vo strascinaiati
Tantu in tantu
Quidda ch’ùn dicia nudda
Quidda ch’ùn facìa sempri chè fighjulà
Cumu si chjamaia dighjà
Di quissa ùn mi n’invengu

Fetila cum’è vo vuleti
Ma mi n’invengu
È ancu à dilla franca
Mi n’invengu
Cum’è s’è da fussi arisera
Quand’è vo ghjughjiati senza fiatu
À piddà forza è aiutu
È à senta i parolli
Chè vo vuliati senta
Iè mi n’invengu


JE ME SOUVIENS

« Creuser est mon métier
Peut-être même ma religion »
François.Michel. Durazzo


mi invengu norbert paganelli

Je me souviens
Oui maintenant je me souviens
Vous me l’aviez dit
Et je ne vous ai pas entendu
Je ne sais pas pourquoi
Je ne veux pas savoir

Je me souviens
De ces propos à la froide raideur
Que vous prononciez
A tout moment
Lâchés comme on siffle
Ils s’enfuyaient
Comme des voleurs par une nuit sans lune
Oui maintenant je m’en souviens

Mieux vaut un tiens que deux tu l’auras
Chien qui hurle ne mord pas
Donner du temps au temps

Je me souviens même de votre sœur
Celle que vous traîniez
De temps en temps
Celle qui ne disait rien
Celle qui ne faisait que regarder
Comment s’appelait-elle au juste
De cela je ne m’en souviens plus

Comprenne qui voudra
Mais je me souviens
Et à vrai dire
Je m’en souviens
Comme si c’était hier
Lorsque vous arriviez épuisé
Pour reprendre force recueillir de l’aide
Et entendre les mots
Que vous vouliez entendre
Oui je m’en souviens

È pò ci era stu lumu
Lumu di sittembri
Cum’è un muscu
Ch’ùn si pò agguantà
Si sintia a caspa d’uva
È ancu un affari di piumi
Piumi abandunati in a busgiaca
Appicicati calchi volti
À sti pantalona strasciati

È pò ci era indinò a scola
Vultà à a scola
Pusà tutta à ghjurnata mezu à sti mura sculuriti
Pusà è ascultà
Ascultà è risponda
Risponda è imparà
Si lacaia fora
A dulcezza di u vaghjimu
Par la freta stoffa di u scusali neru
Anc’ assai ch’idda ci era a pulizìa di u fogliu
A bianca manera di a pagina
Ch’idda fussi di u libru o di u quadernu
Era apartura
È i piumi abandunati rinasciani

Piumi fetimi disegna è macaciona
Feti lettari è feti filari
Seti quì par fà u mondu
Iè chì mi n’invengu

Mi n’invengu indinò
Di quiddi chì sapiani
T’aviani tutti a stessa chjocca
Ci vulia à fà cussi
Ci vulia à fà culà
Ci vulia è pò basta

Quiddi ùn cambiarani mai
Ùn ci hè bisognu
Ch’e mi n’invinissi


Et puis il y avait aussi cette lumière
Cette lumière de septembre
Pareille à un parfum
Impossible à saisir
L’odeur du raisin était partout
Et aussi un souvenir de plume
Plumes abandonnées dans la carnassière
S’accrochant par moments
Aux pantalons déchirés

Et puis il y avait aussi l’école
Retourner à l’école
Etre assis toute la journée entre ces murs sans couleurs
Etre assis et écouter
Répondre et apprendre
On laissait au dehors
La douceur de l’automne
Pour la froide étoffe du tablier noir
Heureusement qu’il y avait la feuille virginale
La blanche apparence de la page
Qu’elle fut du livre ou du cahier
Elle était ouverture
Et les plumes laissées renaissaient

Plumes faites moi dessins et gribouillages
Faites des lettres et faites moi des lignes
Vous êtres ici pour construire le monde
Oui je m’en souviens

Je me souviens aussi
De ceux qui savaient tout
Ils avaient tous la même tête
Ils fallait faire comme ceci
Il fallait faire comme cela
Il fallait un point c’est tout

Ceux là ne changeront jamais
Il n’est pas utile
Que je m’en souvienne

 

 




GHJACUMONI


È vo cantaiati issa canzona una sera di luna piena
T’aviati a svrinbatura par apoghju
T’aviati steddi par curona


canta à i sarri


Erani i so spoddi senza anni
Di quiddi chì vistiani braccia è anchi scanguerati
Carri sicchi sicconi
Ch’ùn ani mai scuntru l’oliu
Ni quiddu di l’accomidu
È ancu menu quiddu di u bagnu

Nudicosi i so mani
Nudicosu u so polsu
Corri di malavia appiccicatu à stu lumu inciaparidatu

Erani i so ochja negri fumu
Soca intiacati da prima cum’è sapari
Di quiddi di nanzi i filarati è i stazzoni
Sapari maiò sapari minò
Sapari
Strappaturi di petra
Senza bisogna di nienti
Rifranca dui fichi da manghjà
È una notta d’aspittera

Nudicosa i so mani
Nudicosu u so polsu
Corri di malavia appiccicatu à stu lumu inciaparidatu


Erani i so parolli lampati à l’ingrossu
Cum’è fiumu chì sbarsa
È vo nivuli strasciati muscheti puri
Muscheti l’ora d’un altru tempu
Quand’è u tempu era di funa
È a funa una furtuna
Nivuli aggrunchjati
Ùn vi scurdeti di u zapponu è di a pisana
Feti puri cum’è fiuminali
Carrieti quant’è vo pudeti
Carrieti matina è sera
Carrieti puri chè mai ùn empiareti
A strasciatura di sti loca




GIACOMONI


Et vous chantiez cette mélodie un soir de pleine lune
Vous aviez pour abri la fêlure
Vous aviez pour couronne les étoiles



C’étaient ses vêtements sans âge
De ceux qui habillaient bras et jambes déglingués
Chairs asséchées
N’ayant jamais fréquenté l’huile
Ni celle du repas
Et encore moins celle du bain

Noueuses ses mains
Noueux son pouls
Cœur qui s’affole agrippé à cette lueur de braise

C’étaient ses yeux d’un noir de suie
Enfouis peut-être comme les grottes des origines
Celles d’avant les alignements et les pierres couchées
Grandes grottes petites grottes
Grottes
Déchirure de la pierre
Sans autre besoin
Que deux figues pour festin
Et une longue nuit d’attente

Noueuses ses mains
Noueux son pouls
Cœur qui s’affole agrippé à cette lueur de braise

C’étaient ses propos déversés à foison
Comme flot qui déborde
Et vous nuées effilochées allez-y humez
Humez le temps d’un autre temps
Lorsque l’époque était de corde
Et la corde chose précieuse
Nuées blotties
Gardez souvenance de la pioche et de l’aiguisoir
Faîtes comme le lit du fleuve
Charriez ce que vous pouvez
Charriez matin et soir
Charriez encore jamais vous ne comblerez
La déchirure de ces lieux

.
Nudicosi i so mani
Nidicosu u so polsu
Corri di malavia appiccicatu à stu lumu inciaparidatu


Erani sti versa di longa litania
Sbarsati è misurati
Taddati è minuzzati
Trosci matri la matina
Asciuti à meziornu
Versa cantati indarru è indarru ripresi
Versa di poca furtuna
Ch’ùn vuliani campà soli
Presi ch’eddi erani par artificiu
Quand’è ùn erani chè cosa cumuna
Pueta tu chì sà
Chjuddi puri a to bocca
A parlera ùn hè a to roba
U silenziu u ti sè aguantatu
A forza di mursicà pula è rena di fiumu
Ma comu fà par impidì
U cantu di cantà

Nudicosi i so mani
Nidicosu u so polsu
Corri di malavia appiccicatu à stu lumu inciaparidatu



E u cantu vinia
Senza chè nimu ùn l’essi circatu
Era cusì chè si facia musica
Rossu tafunatu di verdu
Ghjaddu imbuliecatu à turchinu
I parolli trè eddi mittiiani à discora
Mani è bochi à cunvirsà
Meli è notti circaiani à rivedasi
Ma comu veda
Incù l’ochja verci è cechi
Incù l’ochja ch’ùn ani mai vistu
Riffranca certi culori vinuti da luntanu
Culori di u mari senza acqua
O di u ghjacaru chì metti à scappà
A pudeti creda sta fola
Socu bè chè nò
Ancu si vo mi ditti chè si



Noueuses ses mains
Noueux son pouls
En débâcle son cœur agrippé à cette lueur de braise


C’étaient aussi ces vers de longue litanie
Lâchés et comptés
Coupés et tranchés
Inondés le matin
Asséchés dès midi
Ces vers chantés en vain et en vain repris
Ces vers de peu de valeur
Qui ne voulaient vivre seuls
Puisqu’on les prenait pour artifice
Alors qu’ils n’étaient que chose commune
Poète toi qui sait
Ferme donc la bouche
La palabre n’est pas ton fort
Toi tu as su apprivoiser le silence
A force de mordre poussière et sable de rivière
Mais comment faire pour empêcher
Le chant de chanter

Noueuses ses mains
Noueux son pouls
Cœur qui s’affole agrippé à cette lueur de braise

Et le chant parvenait
Sans que nul ne l’ait requis
C’était ainsi que naissait la musique
Rouge troué de vert
Jaune panaché de bleu
Les mots entre eux se mettaient à parler
Les mains et les bouches à converser
Le miel et l’obscur cherchaient à se revoir
Mais comment voir avec
Ces yeux aveugles ou borgnes
Avec ces yeux qui jamais n’ont vu
Mis à part ces couleurs venues du lointain
Couleur de la mer sans eau
Ou du chien qui prépare sa fuite
Pouvez vous croire à cette légende
Je sais bien que non
Même si vous me dites que oui


Nudicosi i so mani
Nidicosu u so polsu
Corri di malavia appiccicatu à stu lumu inciaparidatu


Erani i tempa di bassi luma
Ancu s’è luma ci n’era è ci n’era
Ci n’era in i casi ci n’era in i stachi
Ci n’era in i capa
E in tutti i loca
Ci n’era talmenti
Chè lumu ùn era mai statu
Cusì cumunu
Ma era indinò lumu frazzuleghju
Di poca furtuna è di menu qualità
Facia lucia da fora
È lacaia u neru dentru
Scaldaia un pocu da vicinu
Ma rinfriscaia da luntanu

Erani i tempa strana
O par bè fighjulà
Era meddu à spinghja
Par sciuttassi in u bughju

Erani tempa di ciuncaghjina maestra
E di bassa ascultera
Tempa pinserosi
Quand’è ci era abbastanza tempu
Tempa di fratiddenza
Quand’idda si puddia scriva è stampà

Erani supratuttu
Tempa di smintichera
Chè a smintichera ùn custaia nienti
Ancu menu chè lumu cusì à bon pattu



Noueuses ses mains
Noueux son pouls
Cœur qui s’affole agrippé à cette lueur de braise


C’était le temps des faibles lumières
Même si des lumières ne manquaient pas
Il y en avait dans les maisons il y en avait dans toutes les poches
Il y en avait dans les têtes
Et en tous les lieux
Il y en avait tellement
Que la lumière n’avait jamais été
Si courante
Mais c’était aussi une lumière très fuyante
De peu de valeur et de moindre qualité
Elle éclairait du dehors
Et laissait l’intérieur dans l’ombre
Elle réchauffait un peu de près
Mais elle réfrigérait de loin
C’était une étrange époque
Où pour bien observer
Il valait mieux éteindre
Et s’engouffrer dans le noir
C’était un temps de grande surdité
Et d’une faible attention
Une époque soucieuse
Lorsqu’il y avait assez de temps
Une époque de fraternité
Lorsque celle-ci pouvait s’écrire et s’imprimer

C’était avant tout
Le temps de l’oubli
Puisque l’oubli ne coûtait rien
Encore moins que la lumière pourtant si bon marché.

 




STANCÀGHJINA


« U mondu hè un locu induva s’impara chè par essa
ùn ci hè bisognu di locu. »
Rubertu Juarroz


À romba di sfurzà Forza s’era stancata
Si sintia u so fiatu iè
Ma com’è nanzi ùn era più
U celi s’era assirinatu
L’aria amansita
È di u murzu spuntaia un adori di vaghjimu

Hè cusi
A petra anch’idda duventa pulvariccia
In loca nustrali
In ogni cunfina
L’acqua a so cugina à vi po dì
Dumandetila puri

È stu ghjornu chì partia
Svarsaia paci
Par tutti sti mondi

Paci par tè o mondu bughju
Africa di i nosci principii
Populu sbattizatu è ribattizatu
Rivindutu è scambiatu
Sbiancatu è richjaratu
Imbruttatu è spullizatu

Paci par tè Palistinianu
Scurticatu di a storia sminticosa
Lintatu nuddu in Cristu
In u ghjacciu di un focu
Senza fumu

Paci o Ghjudè
Stampiddatu da luntanu
Strapiddatu da vicinu
Arruinatu d’essa ciò chè no semu

Paci ancu par vo tradditori è assassini
Latri senza raghjò



FATIGUE


« Le monde est le lieu où l’on apprend que pour être
Il n’est pas besoin de lieu. »
Roberto Juarroz



A force de forcer Force s’était éreintée
On percevait son souffle oui
Mais il n’était plus comme avant
Le ciel s’était rasséréné
L’air s’était adouci
Et un parfum d’automne s’échappait de la mousse

C’est ainsi
Même la pierre devient poussière
Chez nous
Comme ailleurs
L’eau sa cousine peut vous le dire
Allez donc le lui demander

Et ce jour qui finissait
Inondait de paix
Le grand univers

Paix pour toi ô monde obscur
Afrique de nos origines
Monde excommunié et rebaptisé
Vendu et échangé
Blanchi et rincé
Sali et nettoyé

Paix pour toi Palestinien
Ecorché de l’Histoire oublieuse
Abandonné sans habit
Dans le gel d’un feu
Sans fumée

Paix ô Juif
Marqué de loin
Ecartelé de près
Ruiné d’être ce que nous sommes

Paix pour vous traîtres et assassins
Voleurs sans mobile



Paladini appinsiunati
Paci chè Forza l’hà vulsutu
Senza mai dumandalla
Com’è vo à sapareti

Paci par stasera chè dumani forza ripidaremu

È un altru tempu à missu à affacà
Un tempu di tarri tondi
È di silenziu schiettu
Cambiendu a frebba di l’andà
Par a brama di u stà

Pardunemu dicia l’omu
Pardunemu ripiddaia a donna
Pardonu dicia a pistola
Ed eiu faraghju com’è tè
Lintaia u stilettu
U razzicuddutu iddu ùn dicia nudda

A rombu di sfurzà Forza s’era stancata
D’un’ alta stancàghjina s’è vo vuleti sapè
Stancata d’essa andata è sempri vultata
D’essa cuddata senza rifalà
D’avè ghjiratu par tutti issi chjassa
Spusendu marini
Abbraciendu circonda
Si sdrughjendu in ogni fiumu
Iè stanca era d’ùn essa mai stanca Forza
Hè cusi chè i foci l’ani chjamata
Par falla vena
È vedala pusà accanta à iddi

O stancàghjina quand’è tu veni
Ch’idda fussi
Biniditta a to canzona
Fatta di parolli cantarini arrimbatti l’una à l’altra
Com’è petri di ripa
S’è a vita hè culandi
Culandi s’avvicina
Culandi hè par quì è no andemu nantu

È cusi
In un fiatu di larga straziera
Par una notti senza luna
È à l’antica manera
Forza à missu à pusà


Guerriers rétribués
Paix puisque Force l’a voulue
Sans jamais le demander
Vous le savez bien

Paix pour ce soir car demain nous reprendrons vigueur

Et un nouvel âge est apparu
Un âge de terres rondes
Et de silence pur
Changeant la fièvre d’aller
Par le désir de rester

Pardonnons disait l’homme
Pardonnons reprenait la femme
Je pardonne disait le pistolet
Et moi je ferai comme toi
Lâchait le stylet
La chauve souris elle ne disait rien

A force de forcer Force s’était épuisée
Une immense fatigue si vous voulez savoir
Epuisée d’être allée et toujours revenue
D’être montée sans redescendre
D’avoir tourné par tous ces monts
Epousant les rivages
Enlaçant les contrées
Se coulant dans chaque fleuve
Oui elle était éreintée d’être infatigable Force
C’est ainsi que les cols l’ont appelée
Pour la faire venir
Et la voir s’asseoir près d’eux

Ô fatigue lorsque tu viens
Qu’elle soit
Bénie ta chanson
Paroles mélodieuses unies l’une à l’autre
Comme pierres de rive
Si la vie est ailleurs
Ailleurs se rapproche
Ailleurs est par ici et nous marchons dessus

Et ainsi
En un soupir douloureux
Par une nuit sans lune
Et à la mode ancienne
Force est venue s’asseoir


Omini
Steti bassi aveti intesu

Erani canta
Erani sarri
Erani mari
Erani canta à sarri di mari



Hommes
Ne dites rien vous avez entendu

C’étaient des chants
C’étaient des crêtes
C’étaient des mers
C’étaient des chants aux crêtes de mer