De l’œil intrigué au regard oblique
Le passé est le domaine de l’historien, le futur celui de l’utopiste, le présent, lui, est à ceux qui le vivent. Mais à qui peuvent bien appartenir ces bribes de vie, ces instantanés qui ne sont pas encore d’hier et plus tout à fait d’aujourd’hui ?
L’œil intrigué du correspondant de presse les a fixés pour illustrer les jalons d’un itinéraire. Il nous a plu d’imaginer que ces maillons épars, en même temps qu’ils illustrent une chronique assez nettement circonscrite, puissent témoigner aussi, à leur manière, de l’ubiquité de certains universaux.
Si chaque élément de cette saga a une signification particulière, parfaitement intelligible pour les acteurs représentés, il n’est pas impossible qu’un autre regard soit en mesure de leur donner une dimension qui les transfigure.
C’est ce regard oblique qui nous a guidé tout au long de cette dérive parfaitement contrôlée.
Un premier tirage comportant environ un tiers des clichés ici présentés avait été effectué en 1997 pour le compte de la galerie sartenaise U Pitraghju. Les planches comportaient chacune un court texte en langue française. Les quelques centaines d’exemplaires furent rapidement épuisées et Joseph Nicolaï n’avait de cesse de me voir poursuivre, avec d’autres instantanés, une démarche qui l’avait séduit et, si possible, y ajouter des textes en langue corse.Alors que notre idée première était de proposer un même texte en version bilingue, il nous fallut renoncer à cette perspective. En effet, le fait générateur des créations poétiques proposées étant le cliché, il nous a semblé qu’en nous appuyant sur un texte source nous perdions le lien direct avec l’image. Nous avons donc opté pour le principe de textes originaux, indépendants mais reliés entre eux par une sorte de connivence. C’est le terme qui convient le mieux pour désigner cet ouvrage et cette amicale relation qui prit naissance un jour de septembre 1973 à Manichedda, l’épicentre du vieux Sartène.
Le lecteur ayant la maîtrise des deux codes découvrira ainsi deux textes pour un même cliché, deux manières d’explorer ce que le regard de l’autre a perçu et retenu. Celui ne maîtrisant pas le véhicule linguistique de notre île regardera le texte en langue corse comme un paysage à découvrir, un sentier pour l’instant inaccessible dont il connaît le point de départ et certaines circonvolutions. On ne peut de toute manière jamais tout embrasser et le plus important est, somme toute, d’avoir encore des rêves et des projets.
Notre projet commun voit donc le jour malgré de départ anticipé de celui qui en avait eu l’idée.
Nous avons fait en sorte que rien ne soit perdu.
N.P
© 2008 Norbert Paganelli. Tous droits réservés.
Préface
L’INTEMPOREL DANS LA BOITE NOIRE
Par Marie-Jean Vinciguerra
Par dessus l’épaule du lecteur,dans le journal d’aujourd’hui, déjà vieux, le poète déchiffre les éphémérides d’autres temps…
En chacune de ces images prises aux pièges des subtils cristaux du sel d’argent, Joseph Nicolaï a fixé pour l’éternité cette saga de scènes familières di u Sartè di tandu.
Séquences qui ne disent pas seulement ce qu’elles sont censées représenter dans l’instant. Le poète Norbert Paganelli, homme d’audace et de révérence, dans la grâce d’une intime connivence avec son ami photographe, nous fait pénétrer dans le labyrinthe de ces représentations domestiques, lourdes de secrets.Délicatesse du poète : il ne les dévoile pas, les laissant deviner. Le marché et l’agora, aussi vivants qu’ils paraissent et émouvants qu’ils soient pour ceux qui s’y reconnaissent encore, sont manège aux illusions. C’est à la balance du poème assurant l’instant de fondations arrimées à l’intemporel que se pèse le vrai prix des choses. D’où leur caractère d’invisibilité.
Les personnages sont dans l’attente. Il appartient au poète de mettre leur histoire en perspective. Au point de fuite, l’absolu donne sens à cette humble aventure humaine. Empruntons à l’enchanteur ses paroles de thaumaturge : Sourcier d’imperceptibles changements, Norbert ravit à la feuille son frémissement,à la libellule son battement d’ailes, aux fins de saisons leur extrême douceur.
Le poème fonde l’Ici et l’Ailleurs. Le chant se marie au silence et lui donne son suc, un suc qu’il a puisé au cœur de cet album des Travaux et des Jours, des riches et pauvres heures di a ghjenti sartinesa.
Don et contre-don de deux voyants !Cérémonies, drapeaux, officiels à la pose, joueurs de boules, pénitents, cris de révolte, harangues, images ordonnées selon des rites rythmant nos calendriers qui recommencent leur inlassable effacement. Tournés vers nous, voici des personnages aux gestes mesurés qui nous font entendre le passage du temps. Ils regardent sans le savoir l’invisible.
La langue du poète contrarie les boussoles pour nous faire entrevoir la terra incognita du mystère qui nimbe ces photographies. Lui-même se tient avec respect, à distance. Assemblant des fragments de feu, il délivre les ombres prisonnières des miroirs de quartz et de mica et s’institue maître de leur transhumance jusqu’à la lumière.
Généreux, descellant d’une paume de velours, les empreintes, secouant les poussières de l’habitude pour célébrer la sainte coutume, il établit une cartographie des songes embaumée par le nectar du poème.
Et les photographies, fleurs passées, resplendissent d’un éclat intemporel.Ces instantanés de scènes familières deviennent l’antichambre d’une dramaturgie de l’imaginaire. Ainsi le verbe du poète prolonge le regard du photographe. Il l’enrichit d’un autre regard. Solitude des personnages d’une communauté, solitude du photographe, solitude du poète. Et c’est le miracle de la confrontation de ces solitudes, miracle de l’altérité : ces hommes avancent leurs pas vers une lumière inextinguible, celle du partage du silence, pain de l’absolu, une durée qui échappe aux soupirs du temps.
Comment ne pas penser à l’allégorie de la caverne ? Le photographe a soustrait aux horloges le cheminement des ombres, le poète par la magie de son verbe les ressuscite à la lumière.
Grâces soient rendues à Joseph Nicolaï et à Norbert Paganelli pour nous avoir révélé, au-delà d’un authentique et émouvant reportage des choses qui ne sont plus, l’âme pérenne d’une communauté.
Un photographe et un poète,
reporters de l’absolu.MARIE-JEAN VINCIGUERRA
octobre 2009
Assurance
Espace où convergent les pas
Les regards et les parolesLarge place officialisant nos rites
Tu deviens tour à tour la foire et le forum
Ainsi que la borne précédant l’ultime départ
Une sorte de cartographie de nos lieux de passage
Sicura sicura…
Chè i trosta ùn si sèntini più
Ma stati ci sὸ stati
È ancu di più
A pudemu dì avali chè più chè no
Nimu ùn l’hà intesi
Chì ani da duvintà i trosta à u mumentu
Di l’ultimu viaghju
Fieru spaziu mancu ùn ti ni vulemu
Le verbe est ainsi fait
Car ici l’on ne se voit pas
Même si l’acuité du regard égratigne la pierreLa parole elle-même attise
Et intrigue e silence du verbe
Et l’oreille est partiale puisque tout est écrit
Toute cette vie ne sera donc qu’altérité
Parolla lintata
Eppὸ chì dinὸ
Sapeti bè chè quì nienti ùn sorti mai
Senza à essa curpartu
Di lana di tela o d’inchjostru
Quand’è no l’avemu lintata
Prighjuneri ùn ci n’era più
Firmàia sta vita disgraziata incatinata
In a so libartà
Puisque
Il nous fallait être présent
Pour dire clairement
Ce qu’est en définitive
Ce qu’il faut bien nommer
« La plus haute expression de l’ordre »
Ci èrati
È dì chè vo ci èrati
Socu chè vi ni seti scurdatu
Ma calcosa sempri vi dìvìa firmà
Stu versu chè vo t’avìati di circà u ghjustu
Quand’è u ghjustu
Dighjà si ni sdrughjìa
Da par iddu
Interstices
Entre leur absence
Et leur commémoration
Un court espace nous a trahis
Parfois avec notre complaisance
Souvent à notre insu
Mais jusqu’où devrait-on poursuivre
L’épuration de notre mémoire malheureuseAndatura
Quand’è no viaghjaremu
Par issi chjassa
Scuntraremu ogni tantu
L’ombra accrianzanta
Di a vistica urfanedda
Neci d’ùn cunnὸsciala ùn faremu
Ancu s’idda metti metti
À lintà vilenu
Nous savions
Avaient-ils conscience
De la manière dont nous les percevions
Car déjà en ce temps là
Nous savions fort bien
Qu’ils étaient devenus
Autre chose que l’apparence
Qu’ils s’efforçaient de présenter
Èrani
Èrani com’è no li vidìami
Ma iddi dinὸ ci vidìani
È ci fighjulàiani senza dì nudda
Senza mai alza a boci
Ci lintàiani di tantu in tantu
Un sgardu clandistinu
Una manera di faci sapè
Ch’ùn li scappàia nienti
Prélude
C’était la douceur extrême
De ces fins de saisons
Quand la terre en écho
Au jardin de la treille
Jetait des grains de lumière
Au devant de nos pas
Granedda
Granedda di soli lampati
D’una mani bravaccia
Annantu à u visu di i staghjoni
Quiddi chì finìani par una carezza
Dopu essa nati d’un brionu
V’emu accantati
Par ùn vèdavi parta
Incertitudes
Avec la certitude de ne pas
Etre compris
Avec la tristesse de ne pouvoir
Tout saisir
Comme si la tête n’avait que deux yeux
Comme si le feu se suffisait
A lui-mêmePassatu
Ùn agguantaremu mai tuttu ciὸ chì passa
Davanti à no
Mai mai ùn pudaremu
Meddu sarà à fanni u nosciu dolu
Eppὸ à chì hà da ghjuvà stu tuttu
Più vicinu di u nudda chè
D’altri cosi
Rayonnement
Il nous fallait y être
Isolés dans des castes poreuses
Qu’irradiaient parfois
Un bourdonnement
Un vol
L’apparence d’une danse nuptialeUchjata
Ci vulìa à vèdala par crèdala
Era nicissariu di crèdala par sèntala
È quand’è vo a sintìati
Vi ni surtìati stumacati
Una parti d’iddi s’era missa cù voscu
Jet
Et ils gardèrent longtemps
Le goût de la révolte
Celle qui unit les hommes
Autour du cri
Celui là même qui fut jeté jadis
Face aux horloges
De toutes les tyranniesFrumbulera
Avìani ghjittatu tuttu
U brionu u silenziu
È ancu u parfumu di l’acqua
Era par meddu cunnoscia
U sensu di a parolla arrutata
Cù a pisana
Di a pacienzia
Circulaire
Les années courtes enchâssent les haltes du temps
Années lumière
Années communes
Celles auxquelles on se réfère
En songeant à voix haute
Un peu comme si tout devait recommencerGhjuventu
Tuttu hè da ricummincià
Da u principiu sinu à u tempu d’oghji
Ma par fà chì à u ghjustu
I stessi sbaglii
Di sicuru l’avemu da fà
Ma à ricummincià ci vularìa
Jalons
Celui qui l’aime souffrira
De n’être comme lui
D’être à ce point différent de lui
D’être puisqu’il choisit de rester
Dans l’humble richesse de l’unité
Tremindui
Iddu mancu ùn dicìa nudda
È quiddu culà u suitàia
Ùn èrani listessi
Ma in calchi manera s’assumiddàiani
Purtàiani senza vulella è tremindùi
Stu carcu chè purtantu
Avìani sceltu
Origine
Et encore et toujours
Il demeure ce temps incommode
Celui qui n’en finit pas de s’épuiser
Les grottes les arbres arrachés
Le sel venu de la mer
Ont élu domicile sur cet itinéraireDinὸ
È u tempu ùn a finìa più
Cuminciatu da prima
Era sempri quì
Appughjatu à ciὸ chì firmàia
Arrimbatu à u smintecu
Ci lintàia un’ uchjata nera
Senza invidia
È a credu senza stizza
Trajectoire
Et l’impact du tir
Oui son impact lorsque la poudre est absente
De sa blessure
Naît un soleil fondant
Un chemin de verdure ou plus surement
Un espace de rectitude
Dans le bosquet des songesFrombu
U trostu di a saetta
Soca mai ùn l’aveti intesu
A saetta quand’idda si ficca in u legnu o i carri
Nanzi à u sangui nanzi à u brionu
Ghjustu quand’è i dita
Dopu ad avè lintata a funa
Sὸ stùpiti d’essa sempri insemu
Murmures
Pour nous les accents de la modernité
Boudaient les arbres centenaires
Ils en devenaient obèses et transis
Certains nous disaient qu’au fond
Les arbres les grands arbres
Les regardaient passer
Mais seules les fourmis semblaient les écouterOchja
Oghji fighjulemu
Fighjulemu ciὸ chì s’hè passatu
Ed iddi fighjulàiani u tempu scorsu
Quiddu di tandu
Ùn ci hè manera di purtà l’ochja
Versu ciὸ chè no semu
À tempu d’oghji è senza vultà in daretu
Troubles
Et si les tiroirs en regorgeaient
Elles n’en demeuraient point communes
Des noms des empreintes y figuraient
Les visages s’étaient dissipés
Et leurs ombres seules
Imprimaient le quartz et les micas
Des muraillesOmbra
Ombra chì scappa laca sempri calcosa
Idda ùn a sà ma hè cosa sicura
Ferma sempri l’ombra di l’ombra
Quidda chì mai ùn si stacca di i loca invistiti
Aggurgulata in i frondi
Si pὸ addurmintà in a petra
È una matina scitassi
In fiuminali
Rituel
Plus ils s’efforçaient de lui rendre hommage
Dissimulant
Derrière un veston de circonstance
Leurs rides innombrables
Plus ils apparaissaient comme les acteurs
D’une pièce insidieuse
L’auteur hésite à lui trouver un titre
Il n’en voit pas même la finNeci
Fendu neci di sbagliassi
Avìa trovu una meza virità
È circa è circa
L’altra mità li mancàia sempri
Più di una volta l’emu aiuttatu
Ma quidd’altra mità
Ùn emu pudutu
Metta a mani nantu
Complainte
Le hasard est l’emplacement de la pierre
Le nid du ruisseau devenu torrent
Et le vent lorsqu’il reprend sa place
Il est nécessaire qu’il en soit ainsi
Aria suttana
Ùn la vi possu micca dì
Ch’ùn l’aghju mai sapiuta
Eppὸ sapiuta o micca sapiuta
Par mè l’avarìu tinuta
À qual’ po serva una parolla lintata
Senza funa è senza locu sicuru
Retour
C’est alors que nous nous sommes parlé
A voix basse
Sans nous connaître
Sans vouloir oser nous reconnaître
Car au fond
Qu’étions-nous devenus
Dans le costume de la multitude
Dont nous défaisions lentement
Les couturesScusgitura
À rombu di scùsgia
A stofa s’era amminurita
Ùn firmàia quasgi nienti ùn firmàia
Ghjustu chè dui pezza di filu
Chì tinìani da par iddi
Hè tandu chè no avemu cumminsciatu
À parlaci
Sicuru ùn socu più ma mi pari
Atteintes
Il ne servait à rien d’envisager le pire
Seul l’imprévu posait parfois
Ses dents de chimèresur la trame du récit
Il en sortait déchiré amoindri
Mais la fragile étoffe en avait vu d’autres
De ce fait nous la pensions
Sans histoire et comme accessoire
A la course du tempsAltra bestia
Era una bestia strana
Una di quiddi chì si làmpani senza fami
Ùn ci era bisognu à circà di scappà
A bestia
Tuttu u mondu a sapìa
Ch’idda era di sti loca
Campendu à l’appiatu a parti maiὸ
Di a santa ghjurnata
Tristesse
L’aridité des sols est un luxe sans pareil
Il enfante une pauvreté
Visage de la noblesse
L’opulence ne fait que renforcer le vide
Avec peu de pigments
La toile se met à chanter
Mais que ferions- nous
Sans l’acuité du regardPuvartà
Missu à l’ingrossu u culori
Ùn facìa chè cantà
Senza l’aiutu di nimu
Canta puri culori
Canta
Sarè u solu à pudè fà creda
Chè a puvartà d’un visu
Hè l’ultima richezza chè no pudemu sempri
Avvicinà
Postures
Il fallait mettre en perspective
Les regards et les mimiques
Les soupirs et les mouvements brusques
C’est ainsi que l’on pouvait saisir
Le simple reflet du mur
Ainsi que l’ombre portée
Par les grands platanes
Ceux qu’on ne voyait jamais rireSenza rida
À dilla franca
Mai ùn l’avemu vistu rida
Com’iddu si tinìa rittu è sticchitu
Ci parìa maiuronu
Trinichendu di tantu in tantu u capu
Ùn dicìa nè iè nè nὸ
Ch’ùn vulìa fà dispettu
L’arburi iddi dinὸ ùn ridìani micca
Patience
Non c’était bien ainsi que passait le temps
Il ne sert à rien
De lui tailler un autre costume
De lui plaquer sur le flanc
Des attributs qui jamais ne furent
Non le temps passait de cette manière
Et bien savant
Qui en dira le coursAspittera
Calchi voltal’aspittera mancàia
Si n’andaghjia
Soca ùn li piacìa più d’essa cusì mansa
È vulìa veda d’altri cunfini
Spirendu ancu un antru mondu
Ma comu spirà senza aspittera
Sta longa è brava paciènzia
Doppiu di l’aria serena
Export
C’était la lenteur de certains gestes
Qu’accompagnait l’usure particulière d’une étoffe
Il n’était pas besoin de s’en émouvoir
Elle agrémentait l’ensemble
Faisant du nid trouvé une légende
Donnant un regard
A ce que l’œil percevait
Ici comme ailleursGesti
Una mani si pesa l’altra s'abbassa
Un bracciu porta l’aiutu
U fronti si ni stà bassu
Una bocca s’apri
Ê centu denti
Pàrtini à rida
Mai ùn hè statu cusì
A dicìani dighjà l’anziani
Palabres
Il y avait des paroles d’un autre âge
Celles qui accompagnaient les gestes mesurés
Les mimiques explicites
Qui valaient tous les discours
Il y avait aussi un trop plein de complicité
Dans les rides de l’œil
Ou la forme d’une main
Il y avait c’est sûr le sentiment de l’imparfait
Comme si le futur était du monde
Et le présent inconsolableDa sottu
Ciὸ chì vinìa vinìa
Da sottu
Piattatu trà leccia è listincu
Ùn era micca a parolla chì vinìa a prima
Era u gestu u smìmulu u silenziu di l’ochja
Calchi volta a paùra di a mani chì si ferma
Aggrunchjulatu in i nìvuli
Arisera spuntàia
Quand’è dumani iddu s’era firmatu
Entendre
J’entends nous entendons et vous
Pouvez- vous me dire si vous m’entendez
Il paraîtrait que oui
Vous semblez dire que non
Je ne sais que croire
J’ai tenté de vous entendre
Faites comme si
Vous ne m’aviez pas vueSenti ghjà
Ci era centu parolli accantati in i scagna
Centu canzoni mai compìi
Circhendu riposu mezu à falzuletta
L’àrburi maiὸ aspittàiani
Lintendu di tantu in tantu i lagni intesi
Versu culandi
Dopu à la punta
Ghjustu à l’ultima vadina
Défiance
Il nous arrivait d’en rire
Mais c’était surtout pour vous
L’occasion de médire
J’y étais associé comment le nier
Mais est-ce une raison pour vous disculper
Plaidons coupable
D’avoir savouré des instants de délices
Le soleil lui-même était en délire
Jaloux de nous voir rayonnerSfida
Sfidà ùn hè dispittosu
Chì si pὸ sfidà par rida
Andeti vo à fà listessi cù quidd’altra
A mosca u zinu a lumaca u varmu
Sfidani tant’è più
È si ni rìdini di a noscia pratinzioni
À crèdaci i soli à pudè
Purtà tistucciu
Impasse du vent
Je me souviens d’une façade qu’on découvrit un jour
Et d’une lampe à huile
Et d’un passage qu’une étrange pudeur
Avait enseveli dans l’éphémère
Il fallait y entrer mais c’était pour en sortir
Alors nous en sortions afin de pénétrer les entrelacs
Ils ne sont des impasses
Que pour ceux
Qui croient savoir où ils vontCrucivìa
Era u crucivìa di nanzi è di dopu
U locu scatinatu
Ch’ùn avìa mancu più locu
Una volta circhendu à fallu rinascia
Ci hà lintatu senza vulella
Pezza di tandu
È càtari murati
Mai ùn ci semu persi in u crucivìa di nanzi
Par quiddu di dopu ùn pudemu dì
Instance
![]()
Il n’était que lui
Mais cela suffisait bien
Curieuse association d’anachronisme et de silencieuse attenteComme un coup porté
Sans intention de nuire
Comme une fleur fanée qui soudain resplendit
Comme si ce n’était pas nous
Qui en faisions la demandeIddu
Falàia senza chè nimu ùn l’essi vistu
Par cuddà era l’inversu
Più mondu chè tandu ùn ci n’era
Altri tempa altri modi
Fàcini tanti anni chè u codda è fala
Ùn sὸ più aduniti
Ma quali hè chì si ni lagna
Epousailles
Il faut dire qu’il n’est jamais aisé de dire
Alors les postures y suppléent
Certains rites y trouvent refuge
Et la couleur des habits épouse ce qu’on croit être
La lueur et même la flamme d’un regard
Mais où sont donc les mots
Du temps d’avant
Ceux de nos lointains cousins
Dicendu
Quand’è u candeli si spinghji
Ferma sempri una speccia di fumu muscosu
Caldu caldu si pὸ infiarà è piccià loca
Quand’è a raghjoni hà missu à fughja
Ferma una speccia di parullaccia
È dritta dritta si pὸ metti à discorra
Capture
Et ils étaient étrangement muets malgré leurs discours
Des images insolites
Tournoyaient virevoltaient
Ils n’arrivaient pas à les capter
Alors ils s’accommodaient de ces compagnons de l’ineffable
Puisqu’à la longue l’erreur devient mystère
Et le mystère nourrit toute légende
Dans un habit d’apparat naissait la nôtreVistuta
Avìani presu sti vistuta
Ch’ùn èrani soii
Par dalli un nomu
È fà è rifà ci èrani quasgi riisciuti
Ma i vistuta firmàiani stichiti
Sὸ iddi ch’ùn vulìani scambià
I cosi ci moscini senza rimori
Ciὸ chè no ci ferma à fà
I cosi è i cristiani calchi volta
Zones
L’éclairage de la nuit
Ne dissipait pas le trouble
Loin de là
Il ne faisait que le souligner
Insistant même sur les zones d’ombre
Les interstices les fractures dont l’opacité ajoutait
Du scepticisme au trouble
Des questions aux points de suspensionLumu è notti
U lumu ùn pὸ sdrughja a notti
Di sti tempa
Pugna di fà pugna di dì
Ma quissa ùn basta micca par vadagnà
A notti stallata à l’ultimu mumentu
Ùn ci hè più nimu à pudella aziminà
È ci tocca à circà di capì
Senza aiutu
Parchì l’affari sὸ oghji cusì
Excellence
Lorsque nous disions là-bas
Nous pensions tout près
Tout près d’ici
Lorsque les mots entonnaient leur chanson
Nous entendions des pleurs
Et lorsque la faim se faisait sentir
C’était l’oubli qui menaçait
La cruauté de l’innocent
Peut elle aussi être sanctionnée
Par contumaceAltru versu
Quì o culà
Vicinu o luntanu
Ùn èrani chè i dui parti
Di a stessa stodia
Ci n’avidìami ma ùn a dicìami micca
Stancati di u viaghju ci ni stadìami da par quì
Sapiendu chè a noscia parintìa
S’era ferma da culandi
Vent
C’est non loin du foyer
Que l’antique
Avait sa source
La coutume bien sûr nous aidait à le débusquer
La coutume et non l’habitude
Cette dernière est trop pesante
Pour qu’importance lui soit accordée
L’extrême légèreté n’est détenue
Que par la race des dieuxBattèsimu
È l’ùn ci era nienti à fà
I visa cambìàiani di nomu
Ùn ci era mancu bisognu di ribattizalli
I noma di l’ultima carulata
Si buliàiani à l’antichi noma
È l’ùn ci era nienti à dì
No ci mittìami à circà d’altri noma
Par ghjucà
Pugnendu di fà senta quali era
U veru patronu
Eden
La première pensée était qu’il le fallait
On ne saura jamais le sens
De l’impérieuse nécessité
La répétition n’est pas son principe essentielSon ancrage est ailleurs
Au sein même d’une légende qui débute avec la pomme d’Adam
Et plus encore avec son unique pépinCusì era
A cì facìani creda
È no facìami neci di crèdala
À stu ghjocu
Ghjucàiami l’anni è l’anni
À tal puntu chè à rumba
Ùn era mancu più un ghjocu
Una cumèdia arranghjata par l’ochja
È chì si piddàia ancu idda par
A vita sana
Una di più à fà com’è l’altri
Entente
Ils étaient encore et toujours
Mais avec un flou persistant dans le regard
Comme une vague qui hésite et s’épuise
Avant même d’avoir atteint la grève
Le rivage pourtant était dans l’attenteSbagliu
Una stancàghjina maestra impidìa l’aghjenti
Di mὸvasi com’iddi vulìani
Èrani in calchi manera instantarati
In a pulvariccia chè ventu ghjunghjìa
Hè tandu chè no avemu capitu
Chè no ci sbagliàiami una volti
Iddi ùn socu s’è l’ani avvintata
Parcours
Quand le soleil brûlait
D’une lucidité sans faille
Il fallait néanmoins gravir les flancs rocailleuxPour engranger ensuite des descentes
De vertigeSeul le rectiligne nous était épargné
D’autres que nous évoqueraient la morne platitudeCuddà
Cuddà è falà
Ricuddà è rifalà
Par ricuddà un’antra volta
È u soli sempri rittu picciàia
Sbarsendu calori com’è mari sbarsa sciuma
Soli
Solu tistimoniu
Di a manera a più fàciuli d’andà
Da un puntu à un altru
Evocation
On y disait bien des choses sur ce temps qui défilait
Qu’il était dans le temps de meilleure texture
Qu’on en avait des preuves
Qu’il le reconnaissait lui-même
A peine les lieux abandonnés
On regrettait déjà de ne l’avoir saisi
Quitte à l’avoir monnayé
Au cours du marché et même un peu plus loinQuitte à voir encore un peu grimper son prix
Chjama
È u tempu à u tempu parlàia
Li parlàia di u tempu scorsu
È dinὸ di u tempu à vena
Ma tempu mancu cappìa
I parolli èrani listessi
U sensu iddu avìa cambiatu
Un’ antra lingua à pocu à pocu
S’era stallata in i lagna di a parolla
Passages
La scène représentait une autre scène que l’œil ne voyait pas
C’était une scène mille fois jouée
Sans jamais avoir été appriseOn pouvait l’imaginer contrainte
Mais elle laissait des marges de manœuvre des incertitudesElle semblait laisser ouverte
La fin d’une histoireMais ce n’était peut-être là qu’une illusion.
Tistucciu
Avà a pudemu dì
L’ochja ùn vidìani micca
L’arrechji mancu ùn sintìani
I sguardi è i parolli si scuntràiani
Ma mai ùn s’abbracciàiani
Parìani cusi vicinu è di a stessa sterpa
Ma s’èrani mossi par dassi u tistucciu
Vera o micca vera
À no cusì ci parìa
È piccatu sarìa à ùn dilla micca
Expectative
L’attente était devenue une manière d’être
Ni plus audacieuse ni plus perméable
Que l’éthique rigoriste
De je ne sais quel impératif
On s’en accommodait
Elle avait ses lettres de noblesse
Ses praticiens à la petite semaine
Et ses théoriciens à la haute staturePacienzia
Ci avìani dittu chè l’aspittera
Era gattiva roba
Era difesa di lintà
Tè t’aghju aspittatu
Aiὸ aspettami cinqui minuti
Quand’è l’omu si metti à bramà
Ùn vedi più a furtuna à bon pattu
Chì campa vicinu à iddu
Sarà par quissa chè v’aghju aspittatu
Echange
L’échange est une seconde nature
Il se construit dans un regard
Il se poursuit dans un propos
Il n’implique pas obligatoirement l’écoute
Mais il est bon que le clignement des yeux
Aille vers l’endroit
Où l’oreille se poseEchange des sucs des murmures des ombres fuyantes
Echange à la peau de pêche
Ou à l’épiderme d’oursin
J’ai goûté au musc qui est le tienMani tesi
Tindìani i mani par fàcili veda
Èrani mani imbruttati
È quasgi luzzinosi
Hè tandu chè no avemu capitu
Chè dui mani tesi
Fàcini deci dita in riposu
Un mumentu più cortu chè a sittimana
Un’itarnità più longa chè a dumènica
Absence
Pas une seule fois nous n’y avons cru
Ce que nous lisons appartient à un autre univers
Il peut ressembler au nôtre oui bien sûr
Mais nous sommes dans une autre dimension
Qui parfois nous éclaire
Nous fait sourire ou nous indispose
Il manquera toujours aux écrits
L’imperceptible bruissement de la feuille
L’imprécision de la branche
Et même le battement d’aile de la libelluleQuì ùn sarà
M’avìati dittu di crèdavi
Ma eiu ùn pudìu
Lachendu i parolli in un cantu
Ascultàiu u vosciu discorsu
Certi ani pinsatu à un libru
Ma i foglii ùn érani micca taddati
À dilla franca ùn èrani mancu stampati
È a parolla urfanedda aspittàia
A so sorti di malacedda
Sourire
Nous l’avions entendu plus d’une fois votre propos
Parfois il nous arrivait d’en rire
Nous poussions la perfidie jusqu’à nous en moquer
En vous imitant
Ce temps là n’est plus
C’est un sourire pressé qui le remplace
Il occupe la place laissée vacantVisu
Certi volti l’ochja
L’ochja stanchi ben intesu
Vidìani ciὸ chè vo pinsàiati
I cosi alluntanati chè vo t’avìati in capu
Ùn vi beffu micca
Cridìtila puri
A virità ancu idda hè cosa mischina
Permanence
On pourrait qualifier l’instant d’éphémère
Mais un éphémère de toutes les latitudes
Un peu comme le vieux rêve de l’homme sans limite
Un peu comme ce sentiment qui nous a toujours habités
Et qui nous fait qualifier l’ordre d’injusteEt le rêve de parfaitement fondé
Omu
Avarìami vulsutu fà nascia
L’omu di tarra rossa
Quiddu imbuffulatu à ventu
Altu è senza un appicciu
Rifrancu stu chjassu stiddatu
Chì l’hà vistu spuntà
L’avìami sunniatu cusì
A matina u ci hà cacciatu da quì
Ici
Ici c’était ici
Ailleurs n’avait aucun sens
Il concentrait son absence sur le point précis
Où les souvenirs s’échappent
S’absorbent et se mutilent
Il fallait dire à la clarté
Que même sans elle
Nous pouvions nous diriger
Mais à quel prix cependant
Circondu
Micca maiὸ micca maiὸ
U circondu tinutu in a mani
U cridìami tamantu
Ùn era chè mignoculu
Un mignoculu abbastanza luntanu
Di a funtana chì ci sirvìa d’appughjatoghju
Vestiges
Impossible de le nier
Désastreux de le cacher
Plus improbable l’évitement
Mieux valait l’assumer
Sans le revendiquer
Et dire que dans tout ce qui change
Et se meut
Seule l’impassibilité semble pétrifiée
La seule manière de relever le défi
Smintecu
Par crèdala
Mai ùn l’emu creta
Ma ci facìa piacè di ripidda sti parolli
Com’è no ripiddemu una vechja camisgia
Scurdata in calchidocu
Di tantu in tantu
Fàcini com’è una affacata
I cosi
Nanzi di vultàsini
Versu culà
Importance
Il y a aussi des moments qui s’imposent
On les dit d’importance
Alors qu’eux n’en demandent pas tant
Ils savent ce qu’ils sont
Mais cela les arrange
D’avoir une autre renommée
Un voile factice
Afin de rendre malléable
Ce qui ne l’est plus
Il n’est pas certain que dans notre misère
Nous nous y soyons accommodés
Scarpi novi
Metta una casacca par andà si facìa nanzi
È ancu un pantalonu stiratu
Cù lu so piegu allisciatu
Cusì vistuti
Ci vulìa dinὸ scarpi novi
Quiddi chì sculisciani annantu à i petri di i chjassa
Cliché
À force de l’observer nous l’avions effacé
La caresse de l’œil
Peut lisser la pierre
Il reste que rien n’interdit
De faire pour un temps
Le chemin à l’envers
Afin de poser sur le roc émoussé
La poussière dérobée
À la pierre d’à côté
Zuddu
Fighjulàiani sempri u stessu locu
L’ochja
È l’ùn ci era manera di falli scambià
Comu sarà ch’ùn emu mai sapiutu parchì
Stu locu s’inturcinàia cusì
Vicinu à l’ochja
Luntanu à u zuddu
Ils disaient
C’était parfois la paix
Ils le disaient
Nous ne pouvions y croire
Mais leur opposer le doute
C’était leur refuser l’écoute
Il n’en était pas question
Si la guerre elle-même possède ses lois
Il nous fallait en tirer
Toutes les conséquences
Calchi volta
Calchi volta iè
Calchi volta nὸ
Era sionti u tempu ch’iddu facìa
Vo vuleti cosi tutti listessi
Ma era tempu d’un antru tempu
I cosi s’assumiddàiani tandu ma
Dui petri pari pari ùn ci n’hè mai statu
Intrusion
L’étrange y était accepté
La tolérance n’était pas de mise
Cela pouvait se mesurer
A l’imminence des rires
Ceux qui accompagnaient les rites
Lorsque eux-mêmes
Abandonnaient leur robe de circonstance
Le regard était plus complexe que l’apparence
Qu’il présentait
Intrata
Quand’è vo seti intruti
Vi parìa una antru mondu
U soli ùn scaldàia micca
È l’acqua ùn currìa più
Hè tandu chè vo eti dittu
Ma quissu ùn hè soli
È quidda ùn hè acqua
Vi sbagliàiati
Èrani solamenti acqua è soli
Di l’altru pughjali
Contours
Ils avaient posé non loin de l’eau
Celle du fleuve ou de la mer
Ce poids qu’ils nommaient inertie
Ils le retrouvaient plus tard
Le lendemain
Le soir même
Lorsque les rayons du soleil
Avaient réveillé les façades coutumières
Cumplicita
Vo èrati
È no dinὸ èrami
È quand’è no dicìami ùn più senta
A longa stodia di a fola dighjà cuntata
Pinsàiati à un sbagliu è ancu
À un certu dispettu
Quand’ùn era chè fratiddenza
L’alta stima chì ci faci briunà
Colline
L’adoption d’un nouveau bruit
Revenait à la capture d’une nouvelle teinte
Une nouvelle donne pouvait en surgir
Sans que l’on puisse parler
D’une métamorphose
Un imperceptible changement
Tout au plus
Andatura
Cambiàiani i cosi
Com’iddi cambiàiani l’aghjenti
Pianamenti è bè
Senza ch’idda ci parìa
A cascia nasci è mora
U fiori cresci è casca
L’aceddu và è ghjira
Hè quand’iddu si volta chè no vidimu
Ch’ùn hè più listessi
Postures
Les gestes n’ont pas le changement facile
Ils évoluent dans un espace
Qui n’est à nul autre pareil
Brisez les montres
Peignez les vieilles façades
Vous les retrouverez
Ils sont comme une voix trahissant
Le flou des visagesAffacata
Sfassendu u vechju dissegnu
Era nata una mosca
Micca più maiὸ chè l’altri moschi
Ma sola ùn si vidìa chè idda
Ani vulsutu sfassà a mosca
Affaca una sarpa
Fendula fughja avemu intesu
I sameri cummiscià à runcà
Hè tandu chè u sangui hà missu à corra
Naturel
On était bien obligé d’admettre
Qu’en certaines occasions
Il fallait bien présenter
Est-il pour autant nécessaire
D’approfondir le long moment
Que pouvaient durer ce gel
Un peu comme s’il semblait avoir gagné
Pour un temps la partie
Le retour au galop n’était jamais bien loin
Micca luntanu
Un pocu di cotru appiccicatu
À i nosci mani
Vinìa di tantu in tantu à renda
I nosci dita com’è briachi
Ê i dita in a mani mittìani à ballà
Una saltaredda senza fini nè misura
Ùn duràia micca
U cottru si ni sdrughjìa
Piddendu u so tempu
Chè no ùn avìami più
Apparence
Il est des langages impassibles
Qui sont la terreur des grammaires
Aucun docte ne les a codifiés
Pas une norme ne les a sanctifiés
Ils indisposent donc
La blanche apparence
Ils témoignent qu’une insouciante arrogance
Est embusquée dans les plis du visage
Amparera
Quand’iddi miriaiani versu culà
Ùn vidìani mancu
I so braccia ci facìani sapè ciὸ ch’iddi
Pugnàiani d’agguantà
Ê quissa l’avemu amparata senza mancu
L’aiutu d’un maestru
En passant
Nul doute c’était dit sans vanité
Sans préambule aussi
Mais pourquoi faut-il toujours confronter
Ce qui passe au friable de la matière
Hors de la dureté de la pierre
La fragilité n’est pas une tare
En est-il ainsi des mots lâchés sans boussole
Ci voli
Quantu volti si sparghja a parolla
Senza misurà ciὸ chè libartà
Ci lenta
Mai ùn hà da bastà u tempu
Par rèndaci u parfumu svanitu
Stu culori innumatu
Di a pàgina bianca
Retour
Parfois les fondamentaux revenaient
Nous les pensions éteints
Ils n’étaient qu’assoupis
Se réveillant soudain ils drainaient avec eux
Un véritable cortège
Les composants n’en étaient pas toujours assurés
Cìrculu
Ê fà è fà è
In calchidocu turràiani sempri i cosi
Ùn ci era mezu di falli andà in altrὸ
À circà un antru visu
À veda d’altri paesa
Sempri s’hà da truvà sta manera
Di lampà dui avvèdaci
Par fà spuntà un picculu bonghjornu
Regard
Lorsqu’il se posait nul ne le percevait
Et pourtant
Qu’il était simple de le déceler
A croire qu’il était un mensonge
Un oubli
Ou de l’embarras une sorte de copie
À moins que la pudeur
Ne fut sa seule justification
Senza nomu
Quand’è tù mi diciarè ciὸ chè tu senti
Ti pudaraghju dì quali aspettu
Ciὸ chè aghju intensu
Quissa ùn a ti diciaraghju micca
Lacaremu i buciardi
Cuntà i parolli impristati
Sti foli ch’ùn ani mancu più casata
Alliance
Il y avait souvent une alliance du neuf et de l’ancien
Une sorte de mariage sans cérémonie
Nul officiel n’en scellait le pacte
L’accoutumance faisait bon ménage
Avec une sorte de désinvolture
Dont la noblesse n’échappait à personne
Matrimoniu
Quand’è l’acqua metti à corra
U focu iddu metti à pusà
Hè una manera di fà
Chì omu sà
U sgardu tandu iddu s’agguanta
U ventu chì sbocca
Fènduci creda
Chè l’hà vistu sparà
Moment
Elle semblait lui accorder un répit
Certains disaient une sorte de concession
Mais était-ce pour mieux rayonner ensuite
Lorsque l’exception devient règle
Il faut y voir autre chose
Qu’un simple élément fortuit
N’en déduisons pas toutefois
Une norme draconienne
Tempu
Ùn era micca u tempu chì si n’andàia
Èrani i cosi chì cambiàiani
U tempu iddu parìa sticchitu
Com’è natu d’un antra matina
Era a so brama di dici
Ùn andeti più
Steti puri quì
À mots couverts
Les empiètements ne sont pas les emprises
Les uns sont acceptables
Les autres génératrices de troubles
Il en va aussi de la promiscuité
Selon qu’elle est voulue
Ou subie
Etre tout près n’interdit pas la distance
Très réduite il va sans direÀ focu spintu
Chì hè stu focu ch’ùn sà brusgià
Quiddu di a cenara
À l’ora di mezanotti
Quand’è i tizzoni si ni sὸ sdruti
Scurdèndusini di a fiara
Di a casta
Di u fulminanti
Hè focu par cocia
Cocia senza arrusta
Sans le dire
Plus que la parole
Bien plus que le ton
Les doigts lorsqu’ils caressent
Ont un velours
Dont aucune langue n’a le secret
Ce n’est pas une raison pour se taire
Le silence lui aussi
N’est rien d’autre qu’un verbe
Dont il rehausse le son
Mutu
À pocu à pocu a petra duventa liscia
Si pὸ dà u casu chè a parolla sichi listessa
Ma arrutalla hè mondi più fàciuli
Talmenti fàciuli chè omu
Prifirisci à stàssini mutu
Ancu muta a parolla hè sempri quì
Attente
On attendait le feu comme on attend le soir
Impossible d’y échapper
On le savait présent
Et plus inquiétant encore lorsqu’il tardait
À renaître
Rien de bon dans cette attente
Qu’il se plaisait à nous faire subir
Une sorte d’arrogance pour nous rappeler
Son statut sans âge
Pacienzia
Nὸ è nὸ ùn aspittaremu micca
Par quali si pidda par faci aspittà
Ùn semu di quiddi chi frazani tempu
Apressu u tempu di l’altri
Vulemu è vulemu sùbitu è quì
Lacharemu a pacienzia
À quiddi chì vὸlini
Ombre
La somme des visages augmentée d’autres regards
Pouvait former l’ensemble
Un ensemble disparate
Dont l’unité ne pouvait s’appréhender
Au premier jour
Il fallait donc avoir recours à nos vieilles litanies
Pour en reconstituer les fragments
Afin que l’ombre elle-même
Puisse venir et être ainsi de la fête
Cunnoscia
Missi accantu è à unu è unu
Facìani una famidda talmenti maiὸ
Ch’ùn si pudìani tutti cunnoscia
Almenu di carrià tanti nutizii
Chè a funa di tutti sti loca
Ci era vulsuta
Duplicité
On avait beau leur expliquer
Qu’ils n’étaient que de passage
Ils n’en faisaient qu’à leur tête
Croyant sans aucun doute
Qu’ils avaient imprimé leurs mirages
Dans l’or noir de pierres de taille
C’est bien plus tard que nous avons compris
Le fondement de cette approche
Aussi rugueuse que subtile
Soca
Avemu pugnatu tanti volti
Chè no ci semu stancati
È dì è ripeta
È ripeta un’antra volta
Ùn ci ascultàiani micca
Ùn hè micca ch’ùn ci sintìani
Ma era u so versu
U nosciu soca ùn li cunvinìa
Ici et ailleurs
Le regard tourné vers la montagne
Ils se dirigeaient pourtant vers la plaine
Ils en avaient fait leur terre
Toute terre est pourtant provisoire
C’est la raison pour laquelle
Ils s’accommodaient d’être toujours
Peu ou prou
En transhumance
Stantu
Dopu d’avè accantatu
Mittìani à sparghja
Dendu quì lintendu culà
Ùn parìa mancu ch’idda fussi roba soia
Vi possu dì quantuqua
Chè sta roba l’avìani stantata
Ma ancu stantata a roba ùn sarà mai
Idda dinὸ
Chè roba imprestata
Socle
Comment penser le territoire sans son festival
De goûts et d’odeurs
Parfois les plus tenaces
Le musc est dans les choses
Il ne s’agit pas d’un ornement
D’un complément d’âme mais plus sûrement
D’un suc
Le socle même de la matière
Qui sans lui ne serait que
Pièce rapportée
Suchju
Ùn ci ni pὸ essa rochju senza suchju
U più mischinu t’hà u soiu
Spessu o lindu com’è l’acqua
Ci hè sempri stu calcosa
Chì corri corri senza rimisciu
Dendu fiatu à la stodia senza locu
È casa à u fiatu chì si cerca
Altérité
Nous ne garderons pas tout pour nous
La distribution fait partie
D’une possession d’un autre type
C’est un peu comme lorsqu’on prête attention
Lorsqu’on donne importance
Ou qu’on accorde sa confiance
Une volonté d’être
Par le truchement de l’autre
Idda
V’aghju parlatu d’idda ma vo
Ùn m’eti micca intesu
Ascultàiati un’ antra boci
Chì vi parlàia anch’idda
Mancu ùn hè un’affari merè
Ciὸ chè vo ditti sarà più sinatu
Chè ciὸ chè pensu
Ma ùn ditti micca chè d’idda
Ùn v’aghju micca parlatu
Empreintes
Si l’on scrute un peu vite les visages et les postures
Si l’on observe les parures
On pourrait être déçu d’une pénurie d’empreinte
À nulle autre pareille
Ce serait aller vite en besogne
Que d’en décréter l’absence
Les empreintes se débusquent se découvrent
Il n’est pas raisonnable de croire
Qu’elles s’exposent
Urgoliu
Hè quand’è vo pinsàiati ch’ùn ci era
Ch’idda vinìa lestra lestra
Hè quand’è vo dicìati ch’idda era culà
Versu l’altri pughjala
Ch’idda s’avvicinàia senza trostu
Ùn avìati micca capitu
Ch’idda era induva li parìa
È mancu stampa induv’è vo vulìati
Evasion
Il était aisé d’en décoder le sens
Non pour l’épuiser
Puisque c’est impossible
Mais pour l’effleurer
Pour lui faire saisir que son opacité
N’est que partielle
Quelque chose arrive à passer
Entre les mailles de tout filet
C’est ce nectar qu’il fallait rechercher
En lançant sans relâche
Un autre filet
Candelu
Ùn po micca fà mori lumu u candelu
Ghjustu un pucuchju
Ci moscià ch’ùn ci hè sempri bisognu
Di lumu à l’ingrossu
Ci dici dinὸ chè di a ritinuta
N’avaremu bisognu par misurà
L’acqua chì metti à scappà
Tain
Il ne faut pas aller voir derrière le miroir
Rien ne nous y autorise
Et tout laissez passer
Aurait la fraude pour estampille
Contentons-nous
De la face apparente
Quand bien même serait-elle
Incomplète ou méconnaissable
Ruloghju
U ruloghju rughjinosu era posu
Accantu à u rittratu
Cuntàia è ricuntàia l’ori
Sbaglii ùn ci n’era quasgi micca
Rifranca sti ghjorna
Quand’è u tempu mittìa à corra à l’affurtu
Senza dì nudda à u ruloghju
Chì facìa com’è sempri
Trait
C’est la rectitude que tu traces
Qui t’indispose le plus
Tu as beau être sûr
Tu ne sais trop pourquoi
Le centre de la cible accueille soudain la flèche
Probablement happée
Par ce cœur
Qui frappait ton regard
Drittu
Drittu u viaghju si facìa
Ma ci era un’antra manera di fallu
Più longa è menu dritta
Induva si vidìa chjassa è bosca
È valda è piaghji
Hè quidda chè no piddàiami
Quand’è l’aspittera si n’era scappata
Alvéoles
La main paisible qui se pose
N’a rien de l’errante abeille
Cette main ne recueille pas
Elle offre
Il reste
Qu’une suave douceur
Irrigue les deux univers
Jamais de cloisons étanches
Il n’y eut
Jamais l’eau et le feu
Ne se sont ignorés
Musu
A mani s’era missa nantu l’altra mani
Un ditu si pisàia pianu pianu
Nanzi di pὸnasi
Stancatu di u sforzu
Ch’iddu avìa compiu
Calchi volti una abba vinìa
À turnicà senza pizzicà
A mani è l’abba mai ùn si sὸ fattu
U musu
Fierté
L’arrière plan capturait le regard
Son omniprésence
N’était pas arrogance
Mais nul ne pouvait s’en affranchir
Il était du périmètre clos
L’indispensable ouverture
Rappelant en tout lieu
La permanence de sa masse
La fierté légitime de son souffle
Suspiru
U circondu si piattàia
Fendu neci d’ùn vèdaci
Aggrunchjulatu sottu à so ombra
Suspiràia
Mai ùn emu sapiutu parchì
A piattera era a so canzona prifirita
Iddu ch’ùn cantàia mai




































