culori è parolli
couleurs et paroles
Des entretiens avec le peintre Nicolas Cotton ont surgi des textes qui seront prochainement édités. Certains tableaux sont à l'origine directe de poèmes qui tentent de répondre à l'émoi graphique de la toile. Ils n'en sont ni le reflet, ni le prolongement: une sorte d'écho tout au plus. Il n'est pas certain que dissociés des pigments qui les ont vu naître, ils puissent longtemps conserver une vie autonome. C'est, me semble-t-il, une raison suffisante pour ne pas en faire des orphelins.
Des textes en langue corse sont actuellement en préparation et viendront compléter le dispositif.
AFRIQUE

N’essayez pas de nous expliquer pourquoi nous ne faisions pas
ou nous faisions mal.
Nous faisions, soyez en certains, nous faisions
mais le temps oublieux est passé par là,
ainsi que l’eau, le vent et une infinité de choses à la fois friables
et dérisoires….
C’est ainsi que se consume la mémoire,
sans que nous y prenions garde.
Mais, surtout, ne nous expliquez pas
car nous savons
et nous savons de longue date !
Oui, nous aussi avons pétri la glaise,
nous aussi avons caressé ces peaux tendues
en bariolant nos corps comme on cueille des fleurs.
Vous pensez peut-être à de la défiance, à l’arrogance du nouveau riche qui,
tout étonné, découvre la laque
et ne jure que par elle.
Soyez certains que la rugueuse matière revêtue de pigment
nous est parfaitement intelligible.
Il arrive que nous lui tournions le dos mais elle, au moins,
n’en est pas offusquée.
L’issue du parcours est à l’insu du regard.
Chinoiseries

On ne prend jamais entièrement fait et cause pour quelqu’un
car ce quelqu’un est autre
et la perfidie nous assoiffe.
La main dans la main, le regard s’indiffère de l’émoi des statues.
Il persiste dans le noir dessein d’un constat
alors que l’évaporation dissémine la graine.
Il résiste alors que la soumission s’impose.
Placé sur un lopin de verdure, le couple s’enlaçait
défendant son territoire.
Il arrive que, parfois, la terre puisse avoir une plus belle candeur
du côté de l’autre lopin.
Débauche

Nous aurions pu, nous aurions dû imaginer des villes, des artères
et des parterres fleuris.
Nous nous sommes résignés à accepter l’ardoise, le béton
et les trottoirs bitumés.
Nous aurions pu oser, au moins oser l’ivresse des matins
et la plénitude des soirées diaphanes, tout près du feu,
non loin du bois.
Nous avons accepté que la brume s’enlise,
envahissant un destin que n’avons pas, au final, voulu tracer.
Nous l’avions pourtant entrevu mais c’était trop de vouloir le rêver,
peut-être ne le désirions nous pas véritablement.
Voilà pourquoi le retard a épousé l’absence et l’absence
a endossé la robe de l’oubli.
C’est lui qui, furtivement s’est imposé à nous
sans que nous en ayons conscience,
envahissant l’enclos,
pénétrant les discrètes fêlures dans le marbre des façades
Lorsque nous baissions la garde,
c’était un peu comme si, dans leur arrogance de cache misère,
ils cherchaient à nous devancer.
Notre seule force fut de ne pas les imiter
Icare

Le ciel ne sera jamais le réceptacle des corps mutilés,
il ne connaît pas le sang des suppliciés.
La clarté vient de haut, de plus haut que la haute voute du ciel.
Le magma avec sa terrifiante brulure lui sera, à jamais, étranger.
La fin de ce qui fut ne lui appartient donc pas.
Il arrive que le vol, en ses eaux limpides, soit un compromis
Il reste, toutefois, que les ténèbres peuvent aussi avoir un parti pris.
La préférence s’expose, elle ne s’affiche pas.
Que ceux qui n’ont jamais observé marquent le pas,
les yeux malicieux, eux seuls, savent ce que clarté veut dire.
La nuit nous appelle

Ne la sous estimez pas elle plus forte que vous croyez.
Tapie dans la ténébreuse opacité du voisinage,
elle sommeille mais ne dort pas,
elle s’épuise mais ne rompt pas.
Vous ne la possèderez jamais tout à fait,
elle ne vous appartient pas.
Vous deviendrez sa chose et elle n’en saura rien.
Ils auraient dû le dire.
Vous auriez pu en rire.
Elle n’a jamais pensé partir.
Elle vient, sans un mot, de vous laisser sortir.
Vous la rendez, sans le vouloir, encore plus forte
que vous le pensiez.
Ligne rouge

Le rouge ne nous a pas envahi,
il nous a transpercé dans un affront aussi bref que soudain.
Nous ne lui avons pas fait remarquer cette incursion délibérée
dans le sanctuaire non gardé.
Nous n’avons rien dit, nous n’avons rien fait.
Admettrons-nous alors la hauteur de sa cause ?
Celle qui sépare les blocs journaliers,
qui investit l’espace et l’encombre de sa seule présence ?
En établissant sans scrupule la seule hiérarchie qui nous ait été donné
de respecter, nous avons admis.
Que le rouge clairon de l’enfant soldat s’annonce !
Il vaut bien mieux que l’absence en ses habits de soie.
Palimpseste

A trop gratter le vert, il nous en reste la trace, un ton délavé
que nous ne pouvions plus cerner.
Il s’apparente au gris,mais il n’en a la trame.
Il pourrait-être rose mais il a d’autres vues.
En effeuillant un fatras de lignes et de nuances, il surgit tout à coup.
C’est le sourire infernal de l’écarlate.
C’est la balafre qui stigmatise par contumace.
Comment lui dire de se taire ou, simplement, de faire un peu silence ?
Il impose, de sa seule présence, les tractations nocives.
Celles qui libèrent les traces, assèchent les étangs….
Elles font miroiter que sans elles, rien n’est impossible
mais qu’il faut tout de même,
savoir les supplier.
Quien eres

Moi je n’aurai jamais voulu cela :
cette profusion de chaleur et ces éclats de guerre.
Les affres de la bataille que se livrent les éléments
n’ont jamais acquis ma sympathie profonde.
Je connais, certes, les bruits rapportés des combats
et les plumes recouvrant les casques ciselés.
Ainsi que les armes dont les couleurs de feu m’avaient jadis envouté
mais jamais je n’ai succombé à l’or des trophées
On m’avait dit que le miel était ailleurs et j’ai fait comme si,
comme si cela devait durer
dans l’éclat sobre d’une grande quiétude.
Il m’est arrivé de ne pas suivre ma propre trace,
ce n’est pas une raison suffisante
pour m’exiler loin de mon serment.
Silhouettes
C’était un peu comme si nous avions pu les importuner Que le monde semble vain, lorsqu’ un court instant,
C’était dans le glacis bleu des formes connues
évoluant, à leur manière,
sans se soucier du regard droit venu d’en haut
qui menaçait de les toiser.
en insistant de notre regard pour mieux les contenir.
A la première frayeur de les avoir surprises
avait succédé la crainte de les voir s’en aller
au rythme lent du pas des étrangers.
il s’en profile un autre
avec lequel il ne saurait y avoir
une quelconque soumission.
Une sorte de doublure aux coutures mal ajustées.