Parcours

norbert paganelli


Né en 1954, Norbert Paganelli, a publié son premier recueil, "Soleil Entropique", en 1973, aux éditions
«Les Paragraphes littéraires».
Ses textes, empreints d'une mélancolie narquoise et d'un modernisme calculé lui vaudront d'être sélectionné pour le prix François Villon et repris dans plusieurs revues poétiques.
Le poème introductif donne le ton d'un recueil dont le titre a fait dire à un critique: «La définition de l'entropie est suffisamment abstruse pour tenter un poète mais suffisamment explicite pour nous permettre d'en saisir la démarche.»

Je ne fais que pétrir le monde
De mes mains inexpertes
Je le broie je le malaxe
Je le tords et le retourne
Mais à chaque fois
Au retour de toutes mes promenades
Le monde ne change pas
Il me regarde et me défie
Et c'est toujours du sang de ma défaite
Que se font mes poèmes


On aurait pu espérer d'autres textes du même style mais l'auteur change brutalement d'orientation, du moins en apparence. A partir du milieu des années 70, le mouvement culturel insulaire prend son essor. De nombreux groupes de chanteurs sont créés, la production littéraire prend son envol. Norbert Paganelli choisit alors de s'exprimer dans sa langue maternelle et publie en 1977: "A Strada, a vulpi è u banditu" dont l'un des textes sera repris dans le remarquable album du groupe mythique Canta u populu corsu et intitulé : Festa Zitellina.
Ce recueil témoigne de la volonté de l'auteur de se réapproprier une culture qui semble, peu à peu, s'évanouir. En cela, il est parfaitement représentatif de ce mouvement, dit du «riacquistu», qui irrigue une grande partie de la production culturelle et qu'il ne faut pas confondre avec une vision passéiste et figée de la création.

U me paesi hè fattu di petri
Di petri grisgi
È d'acqua di funtana
I casi si toccani
Cum'e possu tucca l'arba è a tarra
Senza pinsà
Ad imbruttammi i mani

Un vecchju passa
S'assumidda à missiàvu
T'ha calcosa d'iddu
Ma a socu
Iddu ùn hè
Quali sarà
(...)

traduction

Mon village est fait de pierres
De pierres grises
Et d'eau de fontaine

Les maisons se touchent
Comme je touche l'herbe et la terre
Sans avoir
A me salir les mains

Un vieux passe
Il ressemble à Grand-père
Il a quelque chose de lui
Mais je m'en doute
Ce n'est pas lui
(...)



Il a tenté d'expliciter sa démarche dans l'introduction de son second recueil en langue corse: "A Petra Ferta", publié en 1980: «La poésie vient du fond des âges et donc du fond de l'être tout entier.Son propos est de suggérer qu'en marge de tout discours existe une entité indivise, un non-dit fondamental qui s'apparente aux questions que la métaphysique soulève. Ce no-mans land du savoir, la poésie en fait son royaume. Elle se complait dans les paysages arides de l'interrogation perpétuelle parce que l'homme, lui-même, n'aspire à s'en dégager que par intermittence, lors de fugitives et vaines tentations dogmatiques»

On ne trouvera pas dans ses écrits, de textes militants ou ouvertement patriotiques et comme certains s'en étonnent, il n'hésite pas à écrire: «Soyons clair, on ne saluera pas le drapeau, on ne marchera pas au pas, on profanera même ces sanctuaires trop limités qui entravent de mille liens la conscience du petit homme sans galon et la soif de diversité de la grande humanité».

Norbert Paganelli a choisi de s'exprimer dans sa langue maternelle, non pas pour glorifier une idéologie ou vanter les traits spécifiques d'une supposée «personnalité de base» mais parce qu'avant tout, ce choix est une contrainte qui stimule et exacerbe sa créativité. L'idée de servir une cause est pour lui secondaire : «Refuser la morale de la tradition figée ou le slogan venu de la tribune, ce n'est pas refuser le Réel et se retrancher dans une tour d'ivoire. C'est seulement interdire aux croyances qui passent le droit detout dire sur le Monde qui persiste».

Ces propos lui ont valu le qualificatif de "poète de l'intransigeance", ce dont il s'accomode fort bien étant entendu que pour lui, la création ne doit faire allégeance à aucune autre autorité qu'elle même. Ceci étant, il ne s'interdit nullement le plaidoyer en faveur des langues minoritaires et des cultures périphériques, pratique qu'il associe au droit imprescriptible à la différence d'être, dès lors que cette différence ne revendique aucune prétention à l'hégémonie et donc à la tyrannie.

Reconnaissant sa dette envers Apollinaire et les surréalistes, Norbert Paganelli qui s'exprime dans la langue du sud insulaire, plus âpre et plus rugueuse que celle du Nord de l'île, semble lier sa démarche créative à une réflexion plus large et plus profonde débouchant sur une analyse du social, ce qui ne semble guère étonnant pour un docteur es Science politique ayant enseigné le droit et les sciences humaines.