La belle rencontre d’un peintre berrichon et d’un poète corse.

Les éditions de La Bouinotte viennent de publier (enfin !) un magnifique ouvrage consacré à la connaissance –j’allais dire à la gloire- d’un peintre berrichon, Nicolas Cotton, et d’un poète corse, Norbert Paganelli, ou, disons, de deux artistes de tous les temps, de tous les lieux.
 

Le second s’est penché sur l’œuvre du premier, l’a observée, pénétrée, fort de son érudition et de son empathie si large, inlassable, afin de l’offrir à notre appétit, à notre amour. Aussi dévorons-nous l’ouvrage des yeux, du cœur, d’autant plus que le poète se double d’un pédagogue.
Pour ceux que l’art abstrait effraye, il précise les séquences : « la tendance rupestre », « Color field », « la tendance lyrique », la phase « cryptocalligraphique ». Il étudie les matériaux et surprend l’instant d’une apparition ou cible une métamorphose.
 
Enfin, flambant à son tour, comme à son insu, Norbert Paganelli nous fait de temps à autre, l’offrande d’un poème : « Que le monde semble vain/Lorsqu’un court instant il s’en profile un autre… »
Et parce que vous m’avez généreusement contaminée, je vous quitte pour aller écrire !

Eliane Aubert-Colombani
L’Echo du Berry



Saisir le mystère de la création...

cotton

 

 Saisir l’énigme de la création

 

Je reçus il y a quelques semaines des éditions La Bouinotte un bel album intitulé Paroles et Couleurs : sur une couverture aux teintes éclatantes deux noms propres complétaient le titre, celui du peintre Cotton, qui m’était inconnu, et celui du poète Paganelli, dont nous connaissons tout au moins les publications poétiques récentes. Dès les premières pages, on comprend pourtant qu’il s’agit ici d’un ouvrage peu cummun, car non seulement il propose de marier astucieusement des œuvres picturales et des écrits, mais sa conception d’ensemble surprend plus encore : en introduction d’abord lorsque le journaliste Michel Duterme indique fort justement que le choix d’étudier le travail d’un peintre reposerait davantage sur quelque chose « d’impalpable » ou « d’irrationnel » que sur des questions de technique ou de maîtrise qui ne seraient selon lui que les « prémices » de la réelle conviction esthétique à venir. Le propos du livre est donc bien de « saisir l’énigme de la création », projet ambitieux mais ô combien séduisant en effet.


La règle du jeu de cette démarche originale entraîne le lecteur lui-même à la découverte d’une œuvre et du tempérament d’un artiste. Pour cela le guide Paganelli éclaire l’itinéraire, non à la manière d’un professeur pontifiant mais avec une délicatesse, un respect et une admiration qui nous aident à mieux connaître et apprécier progressivement le caractère du peintre, ses hésitations, ses doutes tout au long de l’émergence de l’œuvre. Ce n’était pas une tâche si facile pour le poète qui fait alors montre d’une patience explicative et d’un remarquable sens pédagogique en construisant pas à pas un chemin de découverte d’un réel intérêt.

Ainsi organise-t-il après un utile « préambule » comme première étape, une intelligente déclinaison en cinq phases essentielles : « Dialogue » propose un entretien direct sur la manière de procéder choisie par le peintre où il est expliqué que, même dans une œuvre non figurative, « l’imprévu » n’est pas tout à fait le « hasard ». La phase suivante, « Aux origines était la terre », indique la propre approche du découvreur face à l’impression rupestre reçue au premier contact, couleur terre, formes simples comme « paléolithiques ». « Nuit blanche », aborde ensuite la question du possible échec, du tourment d’avoir manqué le geste, de n’avoir pas atteint le but qui hante tout créateur : belles et vraies formules comme  « les artisans ont leur noblesse, les artistes ont leurs tourments ».

La phase « Recherche » s’inscrit alors logiquement à la suite s’il s’agit de démontrer concrètement combien l’écriture et le travail de la toile se ressemblent dans leur obstination, leur fièvre, leurs doutes, y compris lorsque l’œuvre semble échapper à son créateur. « Source » permet à Paganelli de suggérer quelques artistes de réelle influence sur son ami peintre. Quant au développement suivant, « Situation », il propose de retracer à grandes lignes l’histoire de la peinture contemporaine et d’expliciter comment elle s’est progressivement éloignée du figuratif sans perdre pour autant sa qualité de représentation du réel. Puis « Périodes » dresse ce que l’on pourrait discerner comme étapes majeures dans l’œuvre du peintre en prenant la précaution de ne point trop les séquencer de manière simplement chronologique. La dernière phase, « Itinéraire », date avec précision des éléments biographiques sur l’artiste Nicolas Cotton. C’est à ce point déjà un bel essai dont ce peintre a tout lieu d’être satisfait, nous semble-t-il, mais l’ensemble est encore plus riche et diversifié qu’indiqué jusque là.

Car chaque étape énumérée ci-dessus est en effet ponctuée par non seulement d’excellentes reproductions en couleur des travaux du peintre mais aussi par des pauses poétiques qui permettent à Norbert Paganelli de créer lui-même de fort beaux poèmes qu’il intitule comme les peintures observées. En exergue, brillants cailloux offerts sur ce parcours de découverte, des vers éclairants où scintillent des noms de poètes célèbres. Quelques photos enfin de l’atelier du peintre en plein travail et du poète, carnet en main, prenant des notes, complètent le tout de façon on ne peut plus concrète.

D’avoir longé ainsi ce chemin initiatique, gagné par cette sympathie bienveillante qui émane des deux protagonistes, le lecteur ne peut qu’être convaincu par l’expérience, autant par les commentaires éclairés du guide que par le foisonnement harmonieux des couleurs qu’il nous donne à voir. Rencontre de deux créateurs, de deux artistes généreux, réussite éditoriale qu’il faut également saluer en regrettant toutefois que de tels ouvrages ne soient pas plus nombreux sur le marché du livre.
                                                                                        

Jacques Fusina (mars 2012)


Cotton-peintures/Norbert Paganelli-textes, Paroles & Couleurs, (préface Michel Duterme), Chateauroux, éditions La Bouinotte, 2012.  

 


 

Paroles et couleurs de Norbert Paganelli

 

paroles et couleurs Paroles & couleurs, superbe ouvrage consacré à Nicolas Cotton est plus qu'un livre d'art : c'est un livre sur l'art dans lequel, au fil d'une visite intelligemment guidée, Norbert Paganelli fait découvrir le peintre et ses toiles, pénétrant jusque dans son atelier pour croiser le geste créateur de l'artiste avec son propre regard sur l'oeuvre en train de se faire, avec son émotion.

Et l'auteur, poète et donc à la fois créateur et spectateur, parvient à approcher cette quête de l'invisible «derrière l'apparence», cette recherche d'un «autre tableau sous le tableau», cette "vérité" oubliée que l'artiste fait surgir. Un livre qui interroge sur l'énigme de l'art tant au niveau de la création que de la perception.

Ce beau livre nous convie à une exposition remarquablement mise en espace, mise en scène par le talentueux – et mystérieux - maquettiste ayant prêté son concours aux éditions La Bouinotte qui joue sur les couleurs, les graphismes et la typographie en parfaite osmose avec l'oeuvre de Nicolas Cotton, reprenant ses ocres primitives et ses noirs ainsi que certains de ses éléments graphiques.

C'est un véritable ouvrage à trois mêlant harmonieusement images et textes dans une pertinente mise en page, un ouvrage dont toutes les composantes dialoguent entre elles pour notre plus grand bonheur.

Le texte riche et varié de Norbert Paganelli "retrace le processus créatif avec ses fulgurances et ses hésitations", répond par des poèmes aux tableaux qui l'ont particulièrement interpellé, questionne l'artiste sur ses sources et sa démarche et rapporte ses propos tout en situant l'oeuvre picturale dans son contexte historique. Et il éclaire le parcours de Nicolas Cotton  sans jamais recourir à la facilité, à la lisibilité trompeuse d'une classification réductrice ou d'une progression linéaire univoque. Les nombreux commentaires et réflexions de l'auteur induits par la fréquentation du peintre ou la contemplation de ses toiles et rédigés dans un langage subjectif, poétique et non froid et technique, n'étouffent pas l'oeuvre de l'artiste mais au contraire la laissent respirer, respectant de pair la liberté du lecteur en se contentant de lui ouvrir des pistes.

Paroles & couleurs  fait appel à l'intelligence et à la sensibilité, et même à la sensualité du lecteur. D'un format maniable, suffisamment grand sans être lourd, ce livre ajoute à la qualité des reproductions et de la présentation un papier doux et lisse au toucher et un délicieux parfum de livre neuf qui en font un véritable plaisir de lecture. Un beau livre à offrir !

Emmanuelle Caminade

L'or des livres

http://l-or-des-livres-blog-de-critique-litteraire.over-blog.com/article-paroles-couleurs-peintures-de-n-cotton-textes-de-n-paganelli-9384015


Paganelli sublime la fibre de Cotton

"Paroles & couleurs" , de Norbert Paganelli. La Bouinotte. 128 pages

 


paroles et couleurs  Il est des rencontres qui offrent de très belles surprises. Celle entre le plus Berrichon des poètes corses avec sa verve tout en accent et l'artiste levrousain établi à Châteauroux offre un résultat inattendu. La Bouinotte, à fond dans les nouvelles collections, édite cette fois un livre d'art estampillé Paroles & couleurs après avoir lancé Black Berry côté polars en 2010, puis ses guides Berry en poche, côté patrimoine, cette année.

La palette de l'éditeur Gilles Boizeau et de son équipe a désormais une nouvelle couleur. Riche, à l'image des oeuvres de Nicolas Cotton qui, entre ses envols façon Zao Wou-Ki et ses droppings à la Pollock, nous renvoie, avec ses techniques mixtes, aux lettres échappées des Dada, aux ocres cubistes et à cette intelligence surréaliste qui explorait nos pensées primitives.

D'ailleurs, « parcourir l'oeuvre de Nicolas Cotton, c'est voyager dans le temps de l'art depuis les premiers humains conscients, dans la forme de l'art dans sa propre tête aujourd'hui et dans ce que pourrait être l'art demain. Cotton ne s'évertue pas à l'originalité par souci de singularité mais fait ce qu'il a à faire. Il se trouve que c'est universel, spirituel et superbe », écrit avec justesse le journaliste Michel Duterme, préfacier de ce beau livre.

L'écriture tient ici une place de choix. Le tricotage des mots signé Norbert Paganelli, qui partage sa vie entre la Corse et le Berry, est la conséquence de sa rencontre avec le peintre, voici une dizaine d'années. Rehaussé de citations, le texte déborde de couleurs, lui aussi. Et de subtiles nuances poétiques. En somme, un vrai travail de « rechercheur », comme il dit.

Sébastien Acker

La Nouvelle République

 


le dernier Paganelli.

 


 
a notti aspetta
Avant de connaître l’homme, j’ai pu connaître et apprécier ses écrits. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle je les avais tout naturellement mentionnés dans la synthèse du Mémoriel des Corses paru en 1999 avant de préfacer son recueil Canta à i sarri, édité en 2099.
   
Depuis son retour sur l’île le poète est sur tous les fronts puisqu’il publie nombre d’ouvrages et anime avec vigueur et intelligence la revue littéraire en ligne : INVISTITA. Je m’en réjouis car cette présence plus assidue apporte un nouveau souffle à l’expression poétique insulaire. Grace à un discours informatif, optimiste, paisible et ouvert sur le monde le site distille sur le web une approche bénéfique qui apprend aux différents auteurs à mieux se connaître et à œuvrer ensemble. Je me suis rendu compte de ce souffle nouveau en participant à de nombreux salons littéraires ou l’auteur animait des tables rondes. J’en suis d’autant plus content que l’univers de la poésie, nous nous en rendons tous compte, n’est pas celui qui reçoit l’accueil le plus enthousiaste, que ce soit de la part des éditeurs ou de la part du grand public lui-même.
   
Le recueil de Norbert Paganelli porte un titre étrange : A notti aspetta/La nuit attend. « Mais de quelle nuit s’agit-il donc ? » Se demande l’éditeur dans sa présentation…je tiens à reprendre dans son entier la réponse apportée, tant elle me paraît juste. « Celle qui nous fait découvrir les étoiles ? Celle que chacun attend après la brûlure d’un feu intense ? Ou celle dont l’insolente beauté est un défi permanent à la vanité du monde visible ? Les textes du recueil semblent renvoyer à cette intuition d’une grande étendue nocturne, source de vie et de plénitude dont la poésie tente d’en recueillir le suc. » C’est, d’une certaine manière une sorte de déclaration de paix qui d’ailleurs, correspond bien à ce que nous mentionnions un peu plus haut. L’écriture poétique, avec ses mystères et ses évidences, son désir de séduire un public, sa volonté de répandre la lumière avec son ombre sont inscrits sur une bannière que le poète érige fièrement comme pour braver un monde toujours plus complexe et souvent plus injuste. Cet engagement, cet enthousiasme nous le rend infiniment sympathique et nous souscrivons tout à fait a cette démarche d’autant plus que les textes, eux-mêmes sont largement empreints de cette force et de cette conviction.
   
Avec une mise en page soignée, une soixantaine de textes nous sont donc proposés, en langue corse avec une version française. Le tout est articulé en quatre parties et comporte de nombreuses citations que l’auteur à souhaité placer en exergue de ses propres textes.
   
Avec une fidèle traductrice, Dumenica Colonna, qui a su , comme à l’accoutumée nous offrir le ton juste et adapté qu’on lui connaît, le livre est à lire sans tarder, sans attendre la nuit…

                                                                            Jacques Fusina (Corse Matin)
 

A la poésie sied la pénombre

A notti aspetta/La nuit attend de Norbert Paganelli.

Poèmes en langue corse traduits par Dominique Colonna.

Colonna Edition, 137 pages, 10 €.

a notti aspetta« Steddi in a notti, bramu di a notti » (Etoiles de la nuit, Espoir de la nuit), les têtes de chapitre du dernier recueil de Norbert Paganelli jettent un voile de mystère sur un univers intime afffranchi des stéréotypes et des lieux communs, offrant une poésie qui se reçoit d’abord comme un jaillissement d’émotion. Le poète a présenté son dernier livre « A notti aspetta » au Point de rencontre à Bastia lors d’une rencontre littéraire animée par Hélène Mamberti.

Une soixantaine de poèmes dans une langue corse maîtrisée qui bénéficie de la traduction inspirée de Dominique Colonna. Norbert Paganelli y évoque aussi bien la fuite du temps (Tempa) que la la langue qui se perd (Era scritta), des thèmes qui n’ont rien de réjouissant mais qui confirment le poète dans son rôle de passeur d’émotions et d’éveilleur de conscience. « Le rôle du poète est de dire les choses qui sont derrière les choses, nous vivons le temps des désillusions et nous attendons tous quelque chose de nouveau ». Néanmoins il se défend de toute amertume : « Je ne suis ni excessivement pessimiste, ni exagérément mélancolique ». Chez lui, gravité rime avec lucidité : « On a pensé le monde avec des moyens conceptuels qui n’étaient pas les bons. » Le poète , lui, essaie de « pétrir ce monde »  mais le monde, lui, ne change pas.
« Semu tutti populi in agunia/Quand’è vo vi pirditi in u lagnu di u ventu… » (Nous sommes topus des peuples à l’agonie/Tandis que vous vous égarez dans la plainte du vent…).

Le poète ne peut se prétendre l’exégète de sa propre poésie et Norbert Paganelli se défend de tout message univoque, laissant le lecteur libre d’interpréter le texte, cet assemblage insolite de mots de la tribu se prêtant à une pluralité de sens. Chacun lira « Ghjastemu » (Malédiction) à l’aune de son vécu et en appréciera les qualités de ton ou de musicalité sans avoir besoin de connaître l’idée qui donné naissance au texte et que révèle l’auteur lui-même, à savoir la détention d’Ingrid Betancourt dans la jungle.
Cocteau exprimait déjà cette ambiguïté à sa manière : « il est aussi difficile à un poète de parler poésie qu’à une plante de parler horticulture. »

Entré en littérature en 1973 avec « Soleil Entropique », Norbert Paganelli saisi par le mouvement culturel du « riacquistu » publie en 1977 « A strada, a vulpi è u banditu » dont un texte sera repris par le groupe « Canta u Populu corsu » sous le titre « Festa zitellina ».
Sur la question du militantisme qui lui est souvent posée, il répond qu’il ne « salue pas les drapeaux mais qu’il n’est pas enfermé dans une tour d’ivoire ». C’est néanmoins en défenseur de la langue corse comme patrimoine immatériel, qu’il a créé depuis 2007 le site littéraire www.invistita.fr. Norbert Paganelli estime que sur cette question « les responsabilités ne viennent pas toujours d’ailleurs et que nous avons aussi les nôtres. »

La nuit attend, mais quelle nuit ? Cette obscure clarté qui tombe des étoiles et que l’on peut considérer comme un des beaux arts ou la nuit de l’esprit, celle qui nous entraîne vers la mort et l’oubli ? Chacun cherchera sa réponse dans le dernier recueil de Norbert Paganelli qui, comme toute poésie se respectant, gagne à être lue à haute voix.

Jean Pierre Girolami

Corse Matin


Norbert Paganelli : un pueta in a notte

 

Propos recueillis par Eva Mattei

 



La poésie nous interpelle. Peu lue, elle est pourtant présente dans les collections des éditeurs et l’on fait souvent appel à elle pour émerveiller les enfants et les initier à cette pratique littéraire qui possède ses fidèles. Multipliant les interventions auprès des écoles et des bibliothèques dans le cadre du Printemps des poètes, Norbert Paganelli vient de publier son nouveau recueil aux éditions Colonna : A notti aspetta (La nuit attend). Des poèmes écrits en langue corse avec une élégante traduction de Dominique Colonna, professeur de langue et de civilisation.

Entretien avec l'auteur...

Un titre n’est jamais choisi par hasard… Pourquoi avoir choisi «A notti aspetta» (La nuit attend) comme titre à votre nouveau recueil de poèmes ?

J’ai un peu le sentiment que la poésie est assez étrangère à la lumière du jour et à l’illusion de l’apparence. Elle cherche une autre clarté et se plaît à révéler un autre monde, parallèle à celui dans
lequel nous évoluons que, faute de temps et d’outils, nous ignorons ou feignons d’ignorer. La nuit est une autre face du monde, une face faite de plénitude où les vérités révélées n’ont pas cours. Vous noterez que la nuit est en attente ce qui peut signifier qu’elle nous attend  à charge pour nous de faire l’effort d’y entrer - ou qu’elle attend son heure car, de toute manière, elle emportera la victoire finale…


L’ouvrage est, de plus, découpé en quatre parties dont chacune est une déclinaison du titre… C’est une véritable ode à la nuit !


J’ai voulu explorer cette vaste étendue et en présenter différents aspects. La première partie, Steddi in a notti (Etoiles dans la nuit) s’intéresse aux clartés perceptibles dans toute nuit; la seconde,
Bramu di a notti (Espoir de la nuit), met en relief l’attente d’un avenir;
la troisième, Suchju di a notti (Suc de la nuit), tente d’en saisir la substance; tandis que la quatrième partie, A notti più bedda chè a notti (La nuit plus belle que la nuit), suggère l’idée que les nuits ne sont pas toutes semblables, qu’elles peuvent se comparer, s’évaluer.


La thématique de votre ouvrage est donc empreinte de nostalgie, de tristesse même…


Je ne le crois pas. On reproche souvent à la poésie d’être triste et de se complaire dans cette tristesse mais, très honnêtement, je crois que l’on confond tristesse et gravité. Je n’ai pas le sentiment d’écrire des choses tristes mais plutôt des choses graves et cette gravité se manifeste souvent derrière les choses très simples, presque anodines de la vie quotidienne.

J’ai pu lire sur votre site qu’on reprochait à votre poésie un non engagement, qu’en pensez-vous ?


Je crois qu’un texte est poétique par sa manière de dire et non pour ce qu’il dit. Nous ne sommes pas dans l’univers de l’essai où il s’agit de démontrer une thèse mais dans un univers assez proche de la
peinture ou de la musique où l’essentiel est de suggérer, de faire sentir, d’émouvoir… Il reste que rien n’interdit à la poésie de s’appuyer sur l’Histoire ou l’actualité mais en la transfigurant. C’est
d’ailleurs ce que je tente de faire dans plusieurs textes : Ciò ch’è possu dì (Ce que je peux dire) a été écrit lorsqu’une talentueuse chanteuse a été inquiétée pour avoir hébergé un homme en fuite, Ghjastemu (Malédiction) a été inspiré par la détention d’Ingrid Betancourt, Sta sera (Ce soir) fait directement référence à la lutte des moines tibétains fasse à la dictature chinoise… Vous voyez bien que la poésie ne s’affranchit pas du réel, le poète n’est pas un être éthéré qui vit dans les limbes, il prend simplement une certaine distance avec ce réel afin de le faire percevoir d’une autre manière.


Je comprends parfaitement mais on pourrait s’attendre à une référence plus explicite à la réalité insulaire puisque vous écrivez en langue corse…


L’explicite n’est pas le registre favori de la poésie qui préfère l’implicite. J’ai le sentiment qu’en disant trop, on dit mal, et qu’en ménageant son propos, on en dit bien plus. Le texte sur la langue corse intitulé Era scritta tente de dire l’agonie de notre véhicule linguistique qui, s’il ne disparaît pas véritablement, s’étiole un peu plus chaque jour, à mesure que le discours sur la langue se renforce.
Par ailleurs, la fonction de la poésie, me semble-t-il, n’est pas d’illustrer un fait dans sa singularité mais bel et bien de le transcender en lui donnant une portée universelle et intemporelle. Le Dormeur du val d’Arthur Rimbaud n’est pas simplement un texte sur un jeune soldat mort durant la guerre de 1870, il est le symbole de la sauvagerie de toutes les guerres. Le Temps de cerises n’est pas seulement une référence aux événements tragiques de la Commune de Paris, c’est aussi le chant de toutes les désillusions, qu’elles soient amoureuses ou politiques et c’est précisément pour cela que la chanson nous touche encore aujourd’hui…


Peut-on réellement écrire de la poésie sans s’interroger sur sa spécificité ?


Je ne peux répondre pour tout le monde mais j’observe que de nombreux poètes ont tenté de percer le mystère de la création. Pour ma part, il s’agit d’une interrogation permanente car je ne suis toujours pas parvenu à un niveau de certitude satisfaisant. D’ailleurs, cette interrogation sur la nature même de la poésie imprègne de nombreux textes du présent recueil : je pense à Pàgina
(Page) qui évoque la fameuse angoisse de la page blanche, à Certi volti (Certaines fois) qui tente d’ explorer l’état créatif lui-même ou à Prighjuneri (Prisonnier) dont la thématique est la liberté du créateur… Ainsi, l’interrogation sur l’acte d’écrire peut, elle-même, alimenter la création poétique…


Beaucoup de vos textes comportent des exergues d’autres poètes… Est-ce une manière de leur rendre hommage ?


Bien sûr ! Lorsque je lis un texte qui me plaît, je le note, j’en suis fier pour l’auteur et je me dis toujours qu’il doit avoir une incidence sur ce que je vais écrire. Je ne sais ni quand ni comment mais l’émotion que je reçois à la lecture d’un texte ne se perd pas, elle fait son chemin et est nécessairement à l’origine de certains de mes poèmes.
«Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme…», Lavoisier était certainement un poète à moins que les poètes ne soient quelque part des chimistes…. Les chimistes de l’âme.



L’informateur corse du 8 juillet 2011

 



"A notti aspetta / La nuit attend", chronique d'une partielle non rencontre

 


  Livre après livre, Norbert Paganelli trace modestement et patiemment sa route, obstinément. «Route de l'oiseau» qui s'élève au-dessus des abysses imprimant son furtif sillage entre hier et demain, passerelle fragile entre l'ici et l'ailleurs, le poète lui-même se fait route. Il est ce pont, cet entre-deux : un pied sur terre et le second dans «l'autre monde», un monde obscur et immuable au «temps pétrifié», un «monde qui nous échappe».

 A notti aspetta / La nuit attend vibre de voix muettes, de murmures et de chants que seule semble entendre l'oreille attentive du poète. Des voix qu'il sollicite aussi, qu'il tente de mettre en mots ou auxquelles il cherche  à répondre. Car ce recueil débutant par une «adresse» s'avère avant tout dialogue. Un dialogue éclairant avec l'autre monde mais aussi avec les oeuvres d'autres poètes, la majeure partie de ces poèmes  étant introduits par une citation. Un dialogue dont le je, «pétri de tous les hommes», s'efface le plus souvent devant le nous car le poète, né des mots «de tous les temps» prête sa bouche «au monde entier».

Modestie encore de ce dernier quand, tel un enfant tentant de «jeter un petit rien», il jette ses vers «comme des gouttes d'eau». Des gouttes s'additionnant les unes aux autres qui peut-être feront naître «une lueur faible et (...) ténue / Mais une lueur tout de même». «Sait-on jamais ?»

Un beau recueil, peut-être un peu trop foisonnant, dont j'avoue ne pas avoir bien saisi la cohérence de la structuration et dans lequel je n'ai malheureusement pas pu rentrer totalement.

Il m'a notamment été parfois difficile de faire coïncider pleinement le sens des citations en exergue  - souvent elliptiques et renvoyant majoritairement à un répertoire peu connu - et celui qui me semblait émaner du poème. Et je me suis sentie alors exclue d'un dialogue de poète à poète.

 De cette partielle non-rencontre naquit un échange avec Norbert Paganelli .

Sans doute étais-je peu réceptive et me suis-je trop fixée sur ces citations  qui ne sont pour lui  que des "saluts fraternels" adressés  aux poètes. Et si ces vers sont "probablement à l'origine du texte présenté, le rapport n'est pas toujours évident" car "le texte est resté en sommeil un certain temps, il a ensuite été modifié, gratté, enrichi, lavé [et] parfois des éléments d'un autre texte sont venus s'y adjoindre", l'auteur ayant "l'habitude de procéder comme un peintre qui modifie le jet primitif". Il reste que "l'étincelle qui l'a fait naître demeure".

Il m'a surtout d'emblée manqué une clé car l'épigraphe du livre  «Pour le lointain pays d'où sont venus mes pères soupire / mon âme dans la prison de son corps» "éclaire certains aspects de l'ouvrage". Mais la citation de C. Mac Kay, ce poète jamaïcain au nom gaélique inconnu de moi, ne pouvait m'évoquer l'Afrique, alors que pour l'auteur "le peuplement originel de la Corse est d'origine africaine et c'est bien là l'un des problèmes de la Corse actuelle: celui de ne pas admettre l'externalité de ses origines ! " Une citation qui  personnellement me renvoyait uniquement au mystère des origines de l'homme.

Je n'ai donc pas décelé toute la dimension corse de ces textes – et notamment les références à la langue - , me situant sur un plan beaucoup plus large.

Norbert Paganelli tente toujours dans ses poèmes "de faire sentir que ce qui est ici est aussi ailleurs, que l'aire culturelle qui est la [sienne] n'est qu'une partie de l'ensemble et rien de plus" et c'est peut-être aussi ce  non-enfermement  insulaire qui m'a fait délaisser trop la partie pour ne voir que l'ensemble !

Emmanuelle Caminade

L'Or des livres

http://l-or-des-livres-blog-de-critique-litteraire.over-blog.com/article-a-notti-aspetta-la-nuit-attend-chronique-d-une-partielle-non-rencontre-84276414.html

 


Une mémoire en noir et blanc

Disparu en 2007, Joseph Nicolaï était une figure sartenaise. derrière lui, bien vivante, il a laissé une œuvre du plus haut intérêt : des milliers d’images, en noir et blanc, qui portent témoignage de la vie quotidienne de ses concitoyens. Un livre lui rend hommage et la municipalité de sa ville natale vient de donner son nom au pôle culturel de la ville.

Un dicton corse assure qu’hè megliu ghjenti qu’arghjentu. Il vaut mieux avoir des gens que de l’argent. Cela était peut-être vrai à l’époque où il fallait soutenir des guerres, vis-à-vis de l’extérieur ou de tribu à tribu, et où de grosses réserves d’hommes valaient toutes les fortunes. De nos jours est-ce encore vrai ? N’y a-t-il de richesse que d’hommes ? Peu importe. Les photos de Joseph Nicolaï ont le mérite d’associer les gens et l’argent.

L’argent c’est le révélateur des pellicules employées par notre homme pour photographier la vie quotidienne de la sous-préfecture du Sud. Après une carrière dans le football qui l’a mené sous d’autres cieux, c’est en effet dans sa ville natale qu’il a été, pendant plusieurs décennies, correspondant local du Provençal-Corse.
«  Tous les matins, se souvient sa fille Paule, il partait, son appareil en bandoulière, à la rencontre de la ville. il la connaissait sur le bout des doigts mais il en était inlassablement curieux. » Au fil du temps, des milliers de clichés ont été accumulés : ils constituent une mine inépuisable qui pourrait donner des idées à des historiens, des sociologues, des romanciers. Sans parler des organisateurs d’expositions de photographies.

Les gens, ce sont précisément les habitants de Sartène, dans les années 1960, 1970, 1980, période si proche et déjà bien loin de nous. Notre homme les a saisis, ces habitants, jour après jour, avec le souci de témoigner de ce qu’ils firent et de ce qu’ils furent, et avec le projet, non écrit, jamais avoué –sans doute était-il informulable- d’exprimer, à travers ces clichés, l’amour de son prochain. Les personnes photographiées -rarement les lieux sont vides - sont représentées dans les instants les plus humbles de la vie quotidienne. L’un livre sa marchandise, l’autre garde ses bêtes, le troisième flâne, ne fait rien, discute, attend, prend la pose devant l’objectif ou pour une cérémonie devant un monument aux morts. Manifestations, sports, traintrain : la banalité est étonnante, avec le recul du temps - déjà étrangère - , et rassurante.

Toutes ces personnes chacune à leur manière, du collégien au député, du gendarme au retraité ou au pénitent encagoulé, tous sont Sartenais. C'est-à-dire qu’ils sont à la fois acteurs et spectateurs de leur propre ville, à la fois Corses, certainement, mais profitant, dans « la plus corse des villes corses », d’un statut d’extraterritorialité, comme s’ils appartenaient à une nation distincte : leur patrie c’est Sartène, monde à part, au cœur du monde. Ce sentiment de singularité, Joseph Nicolaï l’avait parfaitement compris et, jour après jour, image après image, patiemment, discrètement, il a fidèlement su en rendre compte.

Son travail, il l’avait publié. D’abord, évidemment, dans le journal qui l’avait employé. Ensuite dans la galerie qu’il avait créée et animée dans la maison familiale : U Pitraghju.
Aujourd’hui, c’est mieux que cela : un livre lui est consacré. Les images de Joseph Nicolaï ont en effet inspiré au poète Norbert Paganelli de beaux textes, en corse et en français, remplis de sensibilité et de nostalgie : du quotidien, ils permettent d’accéder à l’intemporel.

A la fin du mois de juillet, hommage suprême, le pôle culturel municipal attenant au centre d’art polyphonique de la région portera le nom de Joseph Nicolaï. Il n’y aura plus, là ou ailleurs, qu’à organiser une grande exposition de ses œuvres photographiques : elles en valent la peine.

Robert Colonna d’Istria
Magazine CORSICA
Hors série 2010



"Mimoria Arghjintina":  Une poésie de l'amitié

Un recueil de poème en langue corse et française -de clichés en noir et blanc, né d’une histoire d’amitié d’origine sartenaise, entre le poète Norbert Paganelli, et Joseph Nicolaï, longtemps correspondant de presse dans le Sud de la Corse à la fin des Trente Glorieuses. Le regard du photographe, saisissant l’instant opportun - complémentaire à la plume du poète faisant revivre les scènes du passé. Mort en 2007, Joseph Nicolaï ; son ami poète a tenu à mener à son terme ce recueil, en hommage à son vieil ami. Parole d’homme. « Un sel d’argent » ou « Mimoria arghjintina » fait revivre les représentations domestiques lourdes de secrets en poésie et pellicule argentique. Un ouvrage authentique. Des instants de la vie quotidienne rendus intemporel et poignants. Coédition La Gare, A fior di carta, en vente au prix de 14 euros.

24 Ore. Vanessa Vucak

 



Mimoria arghjintina/Un sel d’argent de Norbert Paganelli

Un sel d'argent ou Mimoria arghjintina – je préfère le titre corse qui ajoute la mémoire à la pellicule argentique – est un livre dont la démarche m'a séduite.

Il est né du projet de deux amis d'origine sartenaise, le poète Norbert Paganelli et Joseph Nicolaï qui, longtemps correspondant de presse dans le sud de la Corse, avait pris des milliers de clichés illustrant le quotidien de cette île dans le dernier tiers du XXème siècle.

Il s'agissait de choisir quelques unes de ces photos en noir et blanc - lieux, portraits ou scènes de groupe – et de leur associer un texte bilingue en français et en corse.
Ainsi s'ajouterait à «l'oeil intrigué » du photographe qui avait su saisir l'instant, le « regard oblique  » complémentaire du poète qui ferait revivre ce passé encore proche en en révélant une autre dimension...
Un projet malheureusement interrompu par la mort de Joseph Nicolaï en juillet 2007, que Norbert Paganelli a tenu à mener à son terme en hommage à son vieil ami.

J'ai été fascinée par cette portée symbolique du cliché sur laquelle me semble bâti tout le livre , dans une belle adéquation du fond à la forme.
En effet, ces simples  clichés  fixant l'instant, dans sa banalité quotidienne, sur la pellicule argentique, arrêtent le temps et révèlent cette réalité éphémère en permettant à notre regard , au travers de ces photos , de pénétrer le mystère, de saisir une autre signification de ce réel.
Magie de l'image émergeant de son bain, quand le blanc et le noir s'inversent dans la pénombre : comme une seconde naissance !

Et la « foliographie » inventive de Xavier Casanova prolonge cette symbolique jouant sur l'ombre et la lumière : doubles pages inversées, fond noir et texte blanc se muant en fond blanc et texte noir. Le tout souligné par une modification du regard – zoom sur un détail de la photo puis recul réintégrant celui-ci dans son cadre initial – cherchant l'invisible sous le visible, tourné tel Janus aux
deux visages, dieu des passages et des croisements, des portes et des seuils, à la fois vers l'avant et l'après, vers l'intérieur et l'extérieur : deux aspects d'une même réalité.

Nous avons tous, plus ou moins, ce « regard oblique » qui sait entrevoir la vérité derrière l'apparence, l'universel derrière l'anecdotique, le passé derrière le présent , mais seul le poète peut le traduire avec des mots.
Encore fallait-il que ces derniers acceptent de se plier à l'image, que le poète leur donne libre cours.
Ainsi, quand Norbert Paganelli eut achevé d'écrire ses textes en français, ne réussit-il pas à les traduire en corse : « la texture » de la version française rendait « pauvre et prétentieuse » la version corse! Il comprit alors qu'il devait conserver un lien direct avec l'image et écrire en gardant seulement à l'esprit « l'émotion qui avait suscité le premier jet ».

Le livre présente donc finalement, à partir d'un cliché générateur  unique, deux textes " en connivence "  nés d'une même émotion.
C'est d'ailleurs sous ce titre, Connivences, que Norbert Paganelli a mis en ligne ces derniers poèmes sur son site Invistita.
Un sel d'argent est un ouvrage dans lequel l'art du photographe et du poète, véritables «  reporters de l'absolu* », transfigure la réalité quotidienne en lui donnant un « éclat intemporel * ».

* expressions du préfacier: Marie -Jean Vinciguerra

Emmanuelle Caminade
L’or des livres

http://l-or-des-livres-blog-de-critique-litteraire.over-blog.com/article--un-sel-d-argent-de-norbert-paganelli-43066766.html

 


 

Sartène à travers l’objectif
Il était une fois dans les années 1970

 

Norbert Paganelli retrace à travers des textes en corse et en français,illustrés par les photos de Joseph Nicolaï, la chronique de la vie quotidienne sartenaise.Un témoignage poignant, d’une belle vivacité.

 

Sartène et ses habitants se prêtent au jeu de l’autobiographie. Dans cet exercice, les étapes ordinaires du quotidien et l’ambiance des années 1970 tiennent une place essentielle. Non pas à la manière d’une anecdote nostalgique ou pittoresque mais comme une matière vivante, un legs insolent et digressif, satiné de lyrisme élémentaire, d’associations d’idées et d’émotions tenaces. La démarche prend la forme d’une succession d’images en noir et blanc d’une belle vivacité, emprunte à la poésie l’élan du vers libre. La succession de portraits est savoureuse et attachante.

C’est le cœur, la respiration, le regard de Joseph Nicolaï, photographe de presse et de Norbert Paganelli, écrivain, qui jalonnent cette captivante histoire. Leur amitié les a poussés à accaparer, ensemble, l’espace de leur cité. Très vite, la thématique autorise une réflexion littéraire. Il en résultera l’ouvrage « Un sel d’argent/Mimoria arghjintina ». Entretemps, la complicité entre les deux hommes s’est métamorphosée en promesse, faussement désinvolte, secrètement mélancolique.
«Joseph a disparu en 2007, alors même que le principe de cet ouvrage venait d’être fixé » rappelle Norbert Paganelli.

La langue corse à la rescousse

L’écrivain poursuivra seul. Le chapitre commun reste beau et crée une urgence. « Un jour, Joseph me montra quelques dizaines de clichés prises tout au long de sa carrière de correspondant de presse en me demandant d’en faire quelque chose ». L’art du journaliste tient à l’authenticité, à la fidélité, à la vérité des sujets qu’il photographie. Il relève du devoir professionnel, fait résonner des familiarités avec la population de « la plus corse des villes corses ». Au passage il déclenche une volonté généreuse. « Joseph avait la conviction qu’il fallait partager les photos avec la population. La méthode pour y parvenir consistait à associer dans une parution ses clichés et mes commentaires ».
Norbert Paganelli se montra au départ réticent. La saga intime et collective de la ville possède ses propres équilibres.

L’écriture ne lui semblait apporter à l’ensemble qu’une dimension superflue. Bientôt pourtant la puissance évocatrice de l’image l’emporta sur le raisonnement. « Les clichés ne n’avaient pas laissé indifférent. Ils avaient déclenché une curiosité, suscité une forme d’engouement. Alors je me suis mis à écrire. »
Norbert Paganelli et Joseph Nicolaï établissent une liste d’une trentaine d’images assorties de leur texte en langue française. Ce travail de sélection débouche sur une petite édition en 1997 pour le compte de la galerie d’art « U Pitraghju ».

Le témoignage à coups de portraits individuels, de contre-plongées, de groupes et de grand-angle rencontre un beau succès. « Les quelques centaines d’exemplaires furent rapidement épuisées » se souvient l’auteur. L’expérience est réussie. Elle fait toutefois naître une tension parce qu’elle révèle un filon qu’il serait bon de creuser. Les deux hommes éprouvent le besoin d’ajouter du sens à la démarche. « Joseph n’avait de cesse de me voir continuer. Il avait d’autres instantanés et il voulait ajouter des traductions en langue corse ».
« Notre première idée était donc de proposer le même texte en version bilingue ». Cette option est vite abandonnée car « en nous appuyant sur un texte source, nous perdions le lien direct avec l’image. ». Suit un revirement. Les textes en langue corse seront des originaux, indépendants mais reliés « par une sorte de connivence ». La prise de position déteint sur le traitement de l’image. Il faut trouver une forme d’expression singulière. Elle passe par une mise en scène astucieuse. « Nous avons donc choisi de faire figurer la même photo mais à travers des cadrages différents.»

Pour le lycée Clémenceau

Dans tous les cas, les instantanés éveillent des réminiscences sur une cérémonie officielle, sur une manifestation de lycéens avides d’avenir qui « gardèrent longtemps le gout de la révolte, celle qui unit les hommes autour du cri. » Les convictions se forgent sous la banderole ‘le lycée doit rester à Sartène ». Pour toujours. Ce sont encore des cyclistes, des enfants sur un char de carnaval qui surgissent au premier plan. Les images ramènent à la place Porta : « espace où convergent les pas, les regards, les paroles », accompagnent les gestes d’une vieille dame en noir, ceux de joueurs de pétanque, ou de vendeurs sur un marché improvisé. Chacune de ces images parle de l’humain, de ses rêves, des activités et des rites sociaux qui le définissent.
De l’autre côté de l’objectif de Joseph Nicolaî et des textes de Norbert Paganelli, il y a aussi bien des enfants, des anciens, que le Catenacciu ou le prêtre de la paroisse. Celui qui « A dilla franca, mai ùn l’avemu vistu rida. Com’iddu si tinia rittu è sticchitu, ci paria maiuronu. » Le photographe déambule à travers les ruelles de la cité et capte ainsi la grâce éphémère de la banalité quotidienne.

Une démarche documentaire et humaniste avec, de plus, une valeur artistique.

Véronique Emmanuelli
La Corse votre Hebdo
Janvier 2010

 


 

 

Sartène au fil d’une poésie d’images et de mots

 

Ce n’est pas un livre, c’est une promesse. Celle que Norbert Paganelli avait faite il y a de cela plusieurs années à l’ancien correspondant du Provençal dans le Sartenais : Joseph Nicolaï.A savoir, commenter à sa manière une sélection de photos extraites de ses archives de journaliste localier. Un voyage dans le temps, dans l’intimité d’une scène captée place Porta ou dans l’énergie d’un événement qui a laissé son empreinte patinée dans les mémoires.

Un sel d’argent/Mimoria arghjintina est un recueil de poèmes. Il y a les mots, le phrasé court et subtil de Norbert Paganelli mais aussi l’émotion qui transpire de chaque cliché. Et l’un ne va pas sans l’autre. Devant ces images, le poète a attendu le déclic, comme le photographe avait patienté pour saisir une scène. Le résultat : des textes qui ravivent et prolongent ce que Joseph Nicolaï avait fixé. Des visages, des lieux, des atmosphères qui racontent Sartène et sa région par petites touches.

L’ancien du Provençal est décédé en juillet 2007, alors que le principe de cet ouvrage avait été arrêté. Mais, Norbert Paganelli a respecté les détails dont il avait longuement discuté avec son coauteur. Comme ces textes en langue corse.

Pas de simples traductions. La poésie française et celle qui se décline in lingua nustrale ne prennent pas leur source dans le même imaginaire, dans le même vécu. Pour chaque photo, ou presque, le lecteur, bilingue ou non, se laisse bercer par des inspirations différentes, mêlées de curieuses connivences. Comme ces images que l’éditeur a cadrées, puis recadrées pour faire surgir un personnage qui sommeillait à l’arrière-plan.

Un magnifique travail que signe là un nouvel éditeur corse, partenariat avec une maison plus installée : A Fior di Carta. La Gare, référence à celle, désaffectée de Ghisonaccia, marque son entrée à travers une œuvre de qualité. Pas étonnant pour ceux qui connaissent Xavier Casanova, l’heureux papa.

Désaffectée la Gare ? Avec Un sel d’argent/Mimoria arghjintina, elle vient de repeupler l’esprit des sartenais de mille figures familières. Les autres apprécieront également. Car ce livre témoigne de l’ubiquité de certains universaux.

Une chronique sensible. Une promesse tenue.

 

Sébastien Pisani
Corse Matin
Décembre 2009



 

Literatura

Arrunderi puetichi di Paganelli

 

Dici Nurbertu Paganelli in un puema u so attaccamentu è a so cridenza in un mondu fattu di tarra èd’eternità : « Tamanta fedi in a tarra vechja ». È po più luntanu ci dici dinὸ a so ingoscia di vedala vana oramai, ‘ssa cridenza : « A virità di i nosci loca…Quantu firmaremu/À pudella spiicà ».

Cridimu chì sta fatalità di a rumpera di i mondi hè oghji una tematica maiori di a literatura corsa, hè ancu forsa a tematica ussessiunali di ‘ssu principiu di seculu. I scrittori corsi t’ani menu l’accentu di a nustalgia di u seculu passatu, menu ‘ssu didideriu d’impignassi à prὸ di l’identità chè mentri u Riacquistu, ma inveci lacani bulà una parolla ingusciata, una dilusioni, faccia à u biotu svirsatu chì pari solu di rimpiazzà ‘ssa perdita.
Cù Paganelli semu pὸ dassi cù unu di i pueta subrani di ‘ssu neru ciconu annunciatu à una cumunità à a malavia.

Innamuratu di u so locu è di a so lingua sartinesa, l’autori laca viaghjà st’attaccamentu putenti in dui ricolti bislingui ch’iddu ci voli à mintuvà è leghja : « Errance », stampatu en 2007 è « Canta à i sarri » chì Fior di Carta hà publicatu quist’annu. In a prima ricolta i puemi sὸ d’un versu più direttu è curtu, sempri in ghjiru à ‘ssu tema di a sfraiatura culturali è di a dilusioni di l’omu solu ch’ùn sà più comu tramandà è comu ritruvassi in i sfraiaturi di u so mondu. Un mondu à qualissu hè firmatu fideli, ma chì forsa l’hà sbagliatu : « Una stodia carca à bucci/ Chì ti vulia compia ». Hè certu u maldistinu di a Corsica chì ci hè cuntatu quì, ma d’altri puemi com’è « l’ondici di sittembri » o « Pudemu senta » dicini ancu a cronica bughja di l’universu interu.
« Canta à i sarri » sceddi una forma più longa pà i so puisii, ma a tematica ci pari d’essa sfruttatta sempri à u culmu di a suffrenza è d’un addisperu briunatu, addisperu cullitivu ma chì si sprimi sempri in a sulitudina di a puisia. Tandu l’autori hè una spezia d’arrundu senza distinazioni, persu in i vii ughjinchi è chì l’affirma certi volti cù a rabbia :

« Versu i veghji ughjinchi
Di i nosci sirati sculuriti
Ringraziarè à tutti
Mi scusarè d’ùn essa andatu »


Pὸ ancu scummudà di i volti a puisia di Paganelli, com’è quandu i rispunsevuli di u fraiu ùn sὸ numinati chè cù una terza parsona imparsunali è dispittosa (« dicini… »). O chì certi punti d’ira sbolani quà è dà, guasgi in un sonniu di viulenza, di vindicanza : «  I parolli facini senta mirè/Poni tafunà u ciarbeddu/Peghju chè una badda…. ». Ma ind’è Paganelli a collara hè quidda d’un bravu, d’un pacificu chì hà levu è ch’ùn hà pὸ dasi chè a scrittura com’è ultimu attu di difesa.

Allora par difiniscialu, ‘ssu pueta chì ci piaci è ci frastunighja, u vidaremu infini à traversu a i so proprii versi dannati :
« Culori di notti quì davanti
Adori di petra culà daretu ».


Marcu Biancarelli

La Corse votre hebdo novembre 2009



Litterature

Les vagabondages poétiques de Paganelli


Norbert Paganelli proclame dans un poème son attachement et son espoir en un monde fait de terre et d’éternité : « Quelle grande foi dans la vieille terre ». Puis, un peu plus loin il nous révèle son inquiétude de  voir s’évanouir à tout jamais cet espoir : « La vérité de chez nous….Combien serons nous/ A pouvoir l’expliquer ».

Nous pensons que cette idée d’une fracture de l’univers est aujourd’hui devenue une thématique majeure de la littérature corse, peut-être même la thématique obsessionnelle de ce début de siècle. Les écrivains corses ont beaucoup moins de nostalgie pour le siècle passé, moins de désir d’implication dans le thème de l’identité qu’à l’époque du Riacquistu, ils  laissent plutôt transparaître un discours  angoissé, une désillusion, face à ce que véhicule le monde et sa culture, face aussi au vide prégnant qui, seul, semble pouvoir replacer cette perte.

Avec Paganelli, nous sommes peut-être avec un des poètes qui fait retentir le plus haut le glas d’ une communauté en désespérance. Amoureux de sa terre et de sa langue sartenaise, l’auteur laisse poindre cet attachement viscéral dans deux recueils bilingues qu’il convient de lire et de retenir : "Errance" publié en 2007 et « Chants aux crêtes » que les éditions A Fior di Carta ont publiés cette année. Dans le premier recueil, les poèmes sont d’un tour plus direct et plus court, ils tournent toujours autour du thème central de l’écroulement culturel et de la désillusion de l’homme seul qui ne sait plus comment transmettre et comment se situer dans l’effondrement de tous les possibles. Ce monde auquel il est demeuré fidèle mais qui peut-être l’a trahi : « Une histoire pleine de mensonges /Qui voulait ta ruine ». Il s’agit certainement de l’infortune de la Corse  qui nous est ici contée mais d’autres poèmes comme « le Onze septembre » ou « Nous pouvons entendre » disent aussi la sombre chronique de l’univers dans son ensemble.

« Chants aux crêtes » choisit une forme plus longue pour les poésies mais la thématique nous semble toujours empreinte d’une même souffrance extrême et d’un même désespoir chanté à voix haute, désespoir collectif mais s’exprimant toujours dans cette solitude qu’est la poésie. Ainsi l’auteur, semble être une sorte de voyageur sans destination, perdu sur les routes du temps présent et qui l’affirme parfois avec véhémence

« Vers les veillées nouvelles
De nos soirées diaphanes
Tu remercieras tout le monde
Tu m’excuseras de ne pas en être »


La poésie de Paganelli peut parfois déranger, par exemple lorsque les responsables du désastre ne sont désignés qu’à la troisième personne, impersonnelle et dédaigneuse « Ils disent… », ou lorsque certains accès de colère explosent par intermittence, comme dans un rêve de violence, de vengeance : « Les paroles peuvent faire mal voyez-vous/Elles peuvent perforer le cerveau/ Pire qu’une balle… » Mais chez Paganelli, la colère est celle d’un brave, d’un pacifique qui a enduré et qui n’a peut-être que l’écriture comme ultime moyen de défense.

Alors pour définir, ce poète qui nous séduit et qui nous trouble, nous le peindrions volontiers avec le désespoir de ses propres vers :
« Couleur de nuit ici devant
Odeur de pierre là-bas derrière ».

Marcu Biancarelli

La Corse votre hebdo novembre 2009

 

 


 

 

Poésie à la une

Pour avoir découvert la poésie dès l'adolescence, s'y être tenu, et avoir entrepris de soutenir sa langue natale qu'il maîtrise parfaitement, Norbert Paganelli, Castelroussin de longue date, a continué d'écrire des poèmes.
Son dernier recueil « Chants aux crêtes » paru chez l'éditeur corse « a fior di carta » a reçu le premier prix de poésie Lungoni de Santa Teresa Gallura, en Sardaigne, le nord de l'île parlant également cette langue. www.invistita.fr.

La Nouvelle république du 11. 11. 2009


Norbert Paganelli: poète des crêtes
article d'Emmanuelle Caminade dans Médiapart:www.mediapart.fr/club/edition/votre-rentree-litteraire/article/261009/

et sur son blog L'or des livres:l-or-des-livres-blog-de-critique-litteraire.over-blog.com/article--canta-a-i-sarri-

 

 

Canta à i sarri, c'est d'abord ce titre, emprunté à la poétesse chilienne Gabriela Mistral, qui m'a ravie en pénétrant sur Invistita, le site de Norbert Paganelli qui, dans un grand souci d'ouverture, met en ligne l'intégralité de son oeuvre poétique en version bilingue ( l'auteur s'exprime en corse, sa langue maternelle, et a confié la traduction de ses poèmes à Dominique Colonna).

Ce titre associe en effet le chant, pour moi l'expression la plus intense et la plus intime de la douleur ou de la joie, de l'espoir et de la révolte , à la symbolique des crêtes, ligne de partage, porte ouverte sur l'au-delà...

Chants aux crêtes est à la fois un chant au monde et le chant du monde car la nature n'est pas muette pour le poète qui sait l'entendre. Et j'ai été particulièrement sensible à ces chants mêlés, à la communion d'un homme avec sa terre, à l'harmonie de l'homme avec la terre, qui émane de ce recueil.

On ressent l'humilité de l'homme construisant son identité en s'insérant entre terre et mers, entre terre et ciel : une sorte d'identité cosmique. Homme et monde s'interpénètrent ainsi dans le mouvement cyclique de la vie, de la mort et de l'éternel recommencement , la vie humaine épousant la dynamique des forces telluriques antagonistes qui perpétuent l'univers.Un climat qui m'a souvent évoqué la philosophie et l'esthétique asiatique et m'a fait revenir en mémoire des vers aimés de René Char.

 Le charme de la poésie de Norbert Paganelli réside aussi dans sa simplicité.
C'est une poésie qui exalte la beauté des choses humbles, à la portée de tous, odeur du raisin, rondeur d'un galet, chant d'un ruiseau ou mousse sur les murailles, et aspire à la sincérité des rapports humains.
Une poésie sans recherche d'effets artificiels qui résonne avec beaucoup de fraîcheur et d'authenticité.

 La poésie n'ayant, à mon sens, rien à gagner à l'exégèse, je préfère m'effacer devant les textes .

Pour tous ceux - dont je suis - qui ne parlent pas corse mais possèdent des rudiments d'italien , voire d'espagnol, je conseille de lire d'abord la traduction , puis de dire le texte corse à voix haute pour tenter de retrouver les rythmes et les sonorités qu'aucune traduction ne pourra jamais restituer.

 

 



 

Entretien accordé à L’Informateur corse (extraits)

(édition du 26 juin au 2 juillet 2009)

 

http://www.corse-information.info/ARCHIVES/6271%20Complet.pdf

Les éditions À Fior di Carta,  créées il y a deux ans par Jean-Pierre Santini,  au cœur du Cap Corse et du joli village de Barrettali viennent de faire paraître « Canta à i Sarri », le nouveau recueil de Nurbertu Paganelli, lauréat du 1° prix Lungoni de poésie corse. Un auteur qui emprunte avec brio ses mots à la langue du sud de notre île et se voit ici honoré par Ghjacumu Fusina dont la préface salue toute l’élégance « paganellienne »

(…)

Quelle est aujourd’hui l’état de la poésie, en Corse, en Europe et ailleurs ?
Je ne peux en brosser un tableau exhaustif, car il faudrait pour cela des connaissances que je n’ai pas obligatoirement, mais il me semble qu’au sein de l’espace français la poésie n’occupe pas la place qu’elle mérite. Les tirages sont faibles et le lectorat presque confidentiel. Curieusement, la poésie en langue corse se défend plutôt bien. Elle n’occupe pas le devant de la scène mais les ouvrages réussissent, bon an mal an, à se vendre.
En Europe la situation est assez comparable à la situation française sauf pour le Portugal où les poètes jouissent d’un prestige qui étonne les observateurs.
La poésie est également assez présente et vivante en Amérique latine mais c’est dans le Maghreb et au Moyen Orient qu’elle jouit d’une incroyable notoriété. A titre d’exemple : le poète palestinien Mahmoud Darwich, décédé récemment, pouvait rassembler des milliers de personnes, lors de récitals poétiques…C’est incroyable !


Avez-vous une explication sur ces disparités ?
La Palestine, le Portugal, l’Amérique latine voici trois espaces où la vie est difficile, le malheur tout proche… On dirait que lorsque les choses se passent assez bien, les hommes se détournent de la poésie un peu comme ils se détournent de la prière. Nous avons connu en France une période difficile : l’occupation allemande ; la poésie connaissait à cette époque une grande notoriété. Mon propos est un peu abrupt mais non dénué de fondements….On a comme l’impression que, dans le malheur, les hommes deviennent plus sensibles aux choses fondamentales…

L’homme heureux ne serait donc pas sensible à la poésie ?
 C’est probable Pour être encore plus abrupt,  je dirais même que la poésie ne s’adresse pas aux imbéciles heureux mais aux esprits simples, ce qui est fort différent…On va y voir une analogie avec un autre discours   structurant notre aire culturelle mais qui a dit que cet autre discours était dénué de poésie et de perspicacité   ?   Au début était le verbe, ceci demeure toujours vrai…




 

 

INVISTITA


Uriginariu di d’Alta Rocca, Norbert Paganelli hà principiatu à scrive e so puesie in l’annate settanta. Dipoi sti trent’anni, l’autore ci hà datu quattru opere: “A strada, a vulpi è u banditu”, “A petra ferta”, A fiara”, “Cosi è altri”. Oghje sti puemi sò racolti, inseme, in un librettu chjamatu “Invistita” chì ci face caminà nant’à u chjassu seguitatu da Norbert Paganelli, da a so giuventù fin’à oghje.
“Invistita” hè u so testimone chì ci face scopre e so parolle per dì è parlà di i so sentimenti è sogni. Una scrittura viva, schietta è bella, chì piglia forza in e radiche di a nostra cultura, ma dinò aperta à u mondu. Iè, perchè e brame di u pueta supraneghjanu e fruntiere è ùn ponu stà chjuse à e cunfine di un territoriu. Scrivendu, u populu corsu sparghje incù l’altru, è quandu si cantanu e parolle, Norbert Paganelli ci mostra chì u populu hè sempre vivu, capace di creazione. Citatinu di u mondu hè, cuscente di ciò ch’ellu hè, di a so terra è di a so cultura. Ùn hè minuratu in u so estru, chì li permette di cunnosce i valori di e culture di u mondu chì facenu a ricchezza di l’omi.
Cù Norbert Paganelli, a Corsica diventa attrice universale in u sensu veru è bellu, senza turmenti è incù sperenze.

U Ribombu. Maghju 2009


INVISTITA

Originaire de l’Alta Rocca, Norbert Paganelli a commencé à écrire ses poésies dans les années soixante. Depuis ces trente années, l’auteur nous a donné quatre ouvrages : « La route, le renard et le bandit », « La pierre blessée », « La flamme », « Choses et autres. Aujourd’hui ces poèmes sont réunis dans un petit livre intitulé « Invistita » qui nous fait parcourir le chemin suivi par Norbert Paganelli, de sa jeunesse jusqu’à aujourd’hui.
« Invistita » est son témoignage qui nous fait découvrir ses propos, ses sentiments, ses songes.
Une écriture alerte, pure et belle, qui prend sa vigueur dans les racines même de notre culture, mais qui est aussi ouverte sur le monde. Oui, les espérances du poète dépassent les frontières et ne peuvent demeurer dans les limites d’un territoire. En écrivant, le peuple corse partage avec autrui, et lorsqu’on chante les paroles, Norbert Paganelli nous démontre que le peuple est toujours vivant, capable de création. Il est citoyen du monde, conscient de ce qu’il est, de sa terre et de sa culture. Il n’est en aucune manière enfermé en lui-même, ce qui lui permet d’appréhender les valeurs des autres cultures du monde qui font la richesse humaine.
Avec Norbert Paganelli, la Corse devient actrice universelle dans le sens le plus authentique et le plus beau, sans tourments et avec quelques espérances.

U Ribombu. Mai 2009

 



 

Une poésie visuelle, textuelle et sonore

Le FX STUDIO LA GARE vient de réaliser, avec Norbert Paganelli (et la complicité de Roland Ferrandi, pour l'un d'entre eux) deux spots 100% poésie : textuelle, visuelle et sonore. Et, si l'on en croit le vebumaestru de la chaîne qui les a mis en ligne, qui dit n'avoir jamais vu un démarrage aussi sec, il semblerait que cette association de mots, d'images et de sons, concentrés dans un spot, ait des effets fulgurants, éminemment contagieux.

Qualè chi dice ch'è morta a lingua ? U quellu chi vole esse pagatu cumme s'ellu fusse anesthésiste-réanimateur pratiquant, vu l'urgence, hors tarifs conventionnés. Damuci una musica, mica une gramatica. Une musica chi imbulighjeghje pieghe e piaghja, libecciu e siroccu… Quale simu ? Petites girouettes qui flairent du nez les raffales du moment pour offrir sur le champ leurs postérieurs aux coups de vent dominants ? O soffiu internu chi nasce e cresce in capu e chi si sparte, da cui e da cula, in armunie e cunnivenze…
Ch'ellu sia cusi !

isularama.canalblog.com


 

La poésie corse à l’heure du vidéo-clip

La question de la diffusion culturelle de la langue corse passe obligatoirement par une adaptation de ces modes d’usage à l’air du temps, c’est une conclusion qui peut expliquer la mise en ligne de deux vidéos clips de textes de poésie en lingua nustrale.

Fruits du travail de Xavier Casanova, le responsable de FX STUDIO LA GARE à Ghisonaccia, ces vidéos clips qui peuvent-être visionnés gratuitement sur le site de partage de vidéos Dailymotion mettent en valeur des textes de poésie corse œuvres de Norbert Paganelli (Invistita.fr).

Une manière de gouter la poésie corse en dehors des contraintes de la page écrite, un peu comme s’il s’agissait d’un nouveau langage.


www.corsicanews.net

 


En Corse quelle poésie fait-il ?


Extrait de l’interview publiée sur le site d’André Chenet: www.poesie danger


Poésie corse, poésie corse…comment peut-il exister une poésie corse ?

Personne ne remet en cause l’existence d’une île en méditerranée qui portait jadis le nom de Kyrn, puis de Kyrnos avant de devenir Corsica en latin et Corse en français. Pourquoi diable cette île, sur laquelle les gens parlent une langue, n’aurait-elle pas, elle aussi, sa poésie ?

Je veux bien mais on entend parler de la chanson corse, de la revendication politique corse mais je n’ai jamais entendu parler de la poésie corse.

Si l’on devait compter les articles de presse ou les émissions consacrées à la poésie on ferait rapidement le constat qu’elle n’intéresse pas les grands médias…Que ce soit en France, en Italie, en Espagne ou en Allemagne…D’une manière générale la poésie ne suscite plus beaucoup d’intérêt. Pourtant, elle continue d’exister dans toutes les langues que je viens de citer, elle existe difficilement certes, mais elle n’a pas disparu. C’est exactement pareil en Corse. Si tu consultes les publications grand public, tu n’en entendras jamais parler et pourtant, je peux te  certifier qu’il existe des poètes, que des plaquettes de poésie sont éditées et qu’elles se vendent plutôt mieux que dans l’ensemble de l’Hexagone…La poésie est donc présente en Corse et, si elle n’est pas dans une forme florissante, n’a pas pour autant disparu du paysage littéraire.


Création poétique et société

Le site Corsicanova a mis en ligne une interview de Norbert Paganelli par le site berbère: www.afriquedu-nord.com L’intégralité du texte est accessible à partir de ce lien : www.corsicanova.com

En voici quelques extraits :

Quelle est la situation de la langue aujourd’hui ?
Les études les plus récentes montrent que de nombreux adolescents possèdent les rudiments de la langue, sont capables d’écrire et de lire en corse mais, sur le plan de l’oralité, la langue recule. Par ailleurs, ceux qui la parlaient naguère la parlent mieux aujourd’hui, réussissent à l’écrire et à la lire mais au final il y a chaque année de moins en moins de personnes pour la parler véritablement

Pourtant le succès de la chanson en langue corse ne se dément pas …
Qui s’intéresse aux paroles des chansons ? Combien de personnes sont capables d’ « entendre » les paroles des chansons ? Le petit cercle des personnes de qualité qui écrivent les textes des chansons a quelques difficultés à masquer le désintérêt massif pour le « sens » des mots. Il ne faut donc pas se fier à l’apparence et bien comprendre que le succès médiatique de certains groupes est l’arbre qui cache malheureusement la forêt.

Il existe aussi une littérature en langue corse et on est parfois surpris de voir la qualité des textes qui paraissent souvent en édition bilingue…
C’est exact, mais sur ce point également mieux vaut être lucide : le nombre de personnes s’intéressant à la littérature en langue corse n’a pratiquement pas évolué depuis une trentaine d’année. Il y a aujourd’hui davantage de personnes qui écrivent mais pas obligatoirement plus de lecteurs…

 


Extrait de l'interview accordée à L'Invitu en Mars 2009 (www.l-invitu.net)

Tu as fait le choix, depuis longtemps déjà, d’écrire en langue corse, et même dans la langue du sud de l’île. Peux-tu exposer les raisons de ce choix ?
Comment conjugues-tu cette volonté identitaire avec ton ouverture sur le monde ?

 
Mais si le monde était complètement uniforme (et c'est un risque sérieux), à quoi donc servirait l'ouverture puisqu'on y trouverait que du standard ? L'Universel ne peut se comprendre qu'au travers d'un dépassement de la diversité, mais encore faut-il que diversité il y ait ....

J'observe que le public est mieux sensibilisé à la nécessaire diversité des cultures du sol que des cultures de l'esprit, or, c'est bien du même problème qu'il s'agit... Le temps où l'Universel était synonyme d'uniformité est révolu et c'est tant mieux. Aujourd'hui, cette notion porteuse doit se combiner avec le respect des particularismes, non pas pour que rien ne bouge, mais pour accepter un changement négocié et non imposé. Edgar Morin a eu une magnifique formule en déclarant que le progrès véritable résultait du changement et de la résistance au changement, ce qui veut dire que sans cette faculté de résister nous ne sommes rien, nous perdons notre qualité d'être humain capable de modifier le cours des choses.

Je n'ai pas choisi de parler corse, mais je choisis de défendre une manière de dire, de crier et de chanter qui ne porte préjudice à aucune autre manière de le faire. Par contre si je ne résiste pas, je deviens le complice du rouleau compresseur. Je n'ai aucune vocation à devenir le complice de causes qui me sont étrangères !"


 

INVISTITA

di Nurbertu Paganelli


Nurbertu Paganelli, hè unu di quiddi pueti nati in i buddori di a Corsica di u Sittanta, in cori à u Riacquistu culturali di tandu. Omu di a parola ghjusta è di u pinsamentu assinnatu, l'amori di a so terra si leghji in a scrittura soia, ma senza ch'eddu lachi in disparti unu sguardu acutu è esigenti. Ci rigala quì una racolta di testi puetichi chì i dui virsuri, corsa è francesa, al di là di a solita traduzzioni, si spechjani è s'allargani à l'infinitu.

Marceddu Jureczek
AVALI

 


 

 

INVISTITA

de Norbert Paganelli


Norbert Paganelli fait partie de ces poètes issus du bouillonnement de la Corse des années soixante-dix, en plein cœur de ce mouvement de réappropriation culturelle que l'on a nommé le " Riacquistu ". Auteur à la parole juste et au jugement assuré, l'amour de sa terre est présent dans ses écrits sans pour autant qu'il abandonne une vision subtile et exigeante du monde. Il nous offre, dans cet ouvrage, un ensemble de textes poétiques dont les deux versions, corse et française, au-delà de la simple traduction, s'éclairent et se prolongent jusqu'à l'infini.

Marceddu Jureczek
AVALI

 


 

 

UNE POESIE DE L'INEFFABLE.

A Petra ferta, de Norbert Paganelli (Ed. La Maison Rhodanienne de poésie)


«A l'école de la poésie, on n'apprend pas. On se bat » chante Léo Férré. On se montre aussi élégiaque, tant il est vrai que l'usage de la langue et l'utilisation de symboles propres révèlent un écrivain.

Longtemps le dogme a voulu que l'élaboration poétique se fasse dans la souffrance pour que fût atteint le paroxysme de la beauté. Norbert Paganelli, dans «A Petra ferta» qui est un recueil de poésies d'expression corse, traduit par lui-même en langue française, définit dans un avant-propos quel est, selon lui, le sens profond de la poésie. «..elle n'est pas faite pour ordonner le monde, elle haït l'organisation, la routine, la tradition que l'on respecte sans trop savoir pourquoi... »

L'auteur est né en 1954 d'une famille originaire de Sartène. Cependant sa vie est imprégnée de trois paysages: la Corse, l'Afrique du Nord et la région parisienne. En dépit de sa formation de juriste, se manifeste dès son plus jeune âge, son goût pour la poésie, ce qui le conduit à participer à diverses revues artistiques. Sans complaisance et afin d'éviter toutes les récupérations , il explique: «En utilisant ma langue maternelle pour l'écriture poétique, j'ai le sentiment de participer à cette universelle création dont la culture insulaire fait partie. Je repousse avec la même véhémence l'esprit stérile du vieil homme rivé à l'horizon de son clôcher et l'esprit partisan qui tente de m'enrôler son sa bannière.»

Une précision utile en un temps où les opportunismes affluent car la première mission du poète n'est-elle pas d'enseigner la signification du mot liberté ?

Françoise Bozzi
(La Corse des livres)

 


 

 

A Petra Ferta: une poésie du fond des âges


En édition bilingue, voici un ouvrage intéressant qui affirme tout haut le droit à l'expression de la différence. Malgré le cloisonnement auquel l'a condamné l'usage du français, la langue corse continue à rire, à chanter et à pleurer.

Sa musicalité s'accorde à la sensibilité du poète et le bilinguisme semble contribuer à renforcer une nostalgie identitaire dont l'auteur en est le chantre habile et intransigeant. Il s'agit à coup sûr d'une poésie lyrique tentant une démarche de la profondeur intérieure afin d'embrasser le visage de l'aventure humaine.

Une aventure dont l'histoire n'est ni triste ni tendre mais dont la dimension est ineffable. C'est la raison pour laquelle elle prend parfois l'apparence d'un cri: «A qui est-il ce cri qui passe/Il m'a touché l'épaule et s'est mis à tourner/Ce n'est pas le plus méchant/Il y a même un oiseau qui vient à sa rencontre/ Mais le bruit qu'il provoque/Eloigne les enfants qui jouent dans le coin/ »

Octave Prour

(Prométhée)

 


 

 

A Fiara de Norbert Paganelli


«La poésie vient du fond des âges et donc du fond de l' être tout entier. Son propos est de suggérer qu'en marge de tout discours existe une entité indivise, un non-dit fondamental qui s'apparente aux questions que la métaphysique soulève»
Cette phrase introductive de la préface écrite par Norbert Paganelli pour son recueil de vers «A Petra Ferta» aide à comprendre sa poésie.

Il y a quelquechose de paléolithique dans cette poésie écrite avec les mots durs et mal équarris comme les pierres de nos «gaglini» dans la langue frustre et belle de l'Alta Rocca dont le poète Natali affirmait qu'elle est l'expression la plus pure et la plus authentique de la langue corse. Comment ne pas goûter la sauvage saveur de ces textes granitiques dont la dureté laisse échapper parfois, comme l'étincelle jaillie du choc entre deux îles, une plainte, une nostalgie ou un chant humain ?

Silence des glaciers, clameurs de nos torrents, poussée des sèves, dialogue élémentaire des éléments mais aussi maisons en pierre de taille, simples objets de la campagne, mélopée du berger dans les montagnes, connivence de l'homme avec la nature, angoisse du même homme face à l'infini:

Nice Matin
-La Corse-

 


 

UNE PIERRE BLESSEE

poèmes en langue corse traduits par Dominique Colonna


Né en 1954, Norbert Paganelli a passé toute son enfance à Sartène, élevé par des grands-parents qui resteront pour lui les dépositaires de son identité. Malgré des études de juriste (Licence en droit et doctorat es Science politique), il est attiré très jeune par la création poétique et publie son pemier recueil à l'âge dix neuf ans.

Enseignant en sciences humaines et en psycho-pédagogie (CESI, ING, OBEA) il à publié depuis 1977 de nombreux recueils poétiques en langue corse. Loin de refuser les tournures archaïques et idiomatiques du Sud-insulaire, il les utilise en les intégrant dans une facture qui n'est pas sans rappeler les fondateurs de la poétique contemporaine: Apollinaire et les surréalistes mais en conservant toujours une certaine préoccupation concrête. Malgré les images parfois déroutantes et le caractère hermétique de certains textes, il aime à rappeler le propos d'Eluard: «le poète est celui qui inspire, bien plus que celui qui est inspiré.»

La puissance de rêve qui se dégage de ses textes ne laisse jamais indifférent et témoigne du caractère profondément interrogatif et non dogmatique de sa démarche.. Le recueil est incontestablement une véritable flamme qui brille, éclaire et réchauffe le coeur et l'esprit. Elle touchera d'autant plus de monde que la traduction, en langue française, confiée à Dominique Colonna restitue, à merveille, sans jamais le trahir, le frisson de l'auteur

L'Informateur corse