Mimoria arghjintina/Un sel d’argent de Norbert Paganelli

Un sel d'argent ou Mimoria arghjintina – je préfère le titre corse qui ajoute la mémoire à la pellicule argentique – est un livre dont la démarche m'a séduite.

Il est né du projet de deux amis d'origine sartenaise, le poète Norbert Paganelli et Joseph Nicolaï qui, longtemps correspondant de presse dans le sud de la Corse, avait pris des milliers de clichés illustrant le quotidien de cette île dans le dernier tiers du XXème siècle.

Il s'agissait de choisir quelques unes de ces photos en noir et blanc - lieux, portraits ou scènes de groupe – et de leur associer un texte bilingue en français et en corse.
Ainsi s'ajouterait à «l'oeil intrigué » du photographe qui avait su saisir l'instant, le « regard oblique  » complémentaire du poète qui ferait revivre ce passé encore proche en en révélant une autre dimension...
Un projet malheureusement interrompu par la mort de Joseph Nicolaï en juillet 2007, que Norbert Paganelli a tenu à mener à son terme en hommage à son vieil ami.

J'ai été fascinée par cette portée symbolique du cliché sur laquelle me semble bâti tout le livre , dans une belle adéquation du fond à la forme.
En effet, ces simples  clichés  fixant l'instant, dans sa banalité quotidienne, sur la pellicule argentique, arrêtent le temps et révèlent cette réalité éphémère en permettant à notre regard , au travers de ces photos , de pénétrer le mystère, de saisir une autre signification de ce réel.
Magie de l'image émergeant de son bain, quand le blanc et le noir s'inversent dans la pénombre : comme une seconde naissance !

Et la « foliographie » inventive de Xavier Casanova prolonge cette symbolique jouant sur l'ombre et la lumière : doubles pages inversées, fond noir et texte blanc se muant en fond blanc et texte noir. Le tout souligné par une modification du regard – zoom sur un détail de la photo puis recul réintégrant celui-ci dans son cadre initial – cherchant l'invisible sous le visible, tourné tel Janus aux
deux visages, dieu des passages et des croisements, des portes et des seuils, à la fois vers l'avant et l'après, vers l'intérieur et l'extérieur : deux aspects d'une même réalité.

Nous avons tous, plus ou moins, ce « regard oblique » qui sait entrevoir la vérité derrière l'apparence, l'universel derrière l'anecdotique, le passé derrière le présent , mais seul le poète peut le traduire avec des mots.
Encore fallait-il que ces derniers acceptent de se plier à l'image, que le poète leur donne libre cours.
Ainsi, quand Norbert Paganelli eut achevé d'écrire ses textes en français, ne réussit-il pas à les traduire en corse : « la texture » de la version française rendait « pauvre et prétentieuse » la version corse! Il comprit alors qu'il devait conserver un lien direct avec l'image et écrire en gardant seulement à l'esprit « l'émotion qui avait suscité le premier jet ».

Le livre présente donc finalement, à partir d'un cliché générateur  unique, deux textes " en connivence "  nés d'une même émotion.
C'est d'ailleurs sous ce titre, Connivences, que Norbert Paganelli a mis en ligne ces derniers poèmes sur son site Invistita.
Un sel d'argent est un ouvrage dans lequel l'art du photographe et du poète, véritables «  reporters de l'absolu* », transfigure la réalité quotidienne en lui donnant un « éclat intemporel * ».

* expressions du préfacier: Marie -Jean Vinciguerra

Emmanuelle Caminade
L’or des livres

http://l-or-des-livres-blog-de-critique-litteraire.over-blog.com/article--un-sel-d-argent-de-norbert-paganelli-43066766.html


Sartène à travers l’objectif
Il était une fois dans les années 1970

 

Norbert Paganelli retrace à travers des textes en corse et en français,illustrés par les photos de Joseph Nicolaï, la chronique de la vie quotidienne sartenaise.Un témoignage poignant, d’une belle vivacité.


Sartène et ses habitants se prêtent au jeu de l’autobiographie. Dans cet exercice, les étapes ordinaires du quotidien et l’ambiance des années 1970 tiennent une place essentielle. Non pas à la manière d’une anecdote nostalgique ou pittoresque mais comme une matière vivante, un legs insolent et digressif, satiné de lyrisme élémentaire, d’associations d’idées et d’émotions tenaces. La démarche prend la forme d’une succession d’images en noir et blanc d’une belle vivacité, emprunte à la poésie l’élan du vers libre. La succession de portraits est savoureuse et attachante.

C’est le cœur, la respiration, le regard de Joseph Nicolaï, photographe de presse et de Norbert Paganelli, écrivain, qui jalonnent cette captivante histoire. Leur amitié les a poussés à accaparer, ensemble, l’espace de leur cité. Très vite, la thématique autorise une réflexion littéraire. Il en résultera l’ouvrage « Un sel d’argent/Mimoria arghjintina ». Entretemps, la complicité entre les deux hommes s’est métamorphosée en promesse, faussement désinvolte, secrètement mélancolique.
«Joseph a disparu en 2007, alors même que le principe de cet ouvrage venait d’être fixé » rappelle Norbert Paganelli.

La langue corse à la rescousse

L’écrivain poursuivra seul. Le chapitre commun reste beau et crée une urgence. « Un jour, Joseph me montra quelques dizaines de clichés prises tout au long de sa carrière de correspondant de presse en me demandant d’en faire quelque chose ». L’art du journaliste tient à l’authenticité, à la fidélité, à la vérité des sujets qu’il photographie. Il relève du devoir professionnel, fait résonner des familiarités avec la population de « la plus corse des villes corses ». Au passage il déclenche une volonté généreuse. « Joseph avait la conviction qu’il fallait partager les photos avec la population. La méthode pour y parvenir consistait à associer dans une parution ses clichés et mes commentaires ».
Norbert Paganelli se montra au départ réticent. La saga intime et collective de la ville possède ses propres équilibres.

L’écriture ne lui semblait apporter à l’ensemble qu’une dimension superflue. Bientôt pourtant la puissance évocatrice de l’image l’emporta sur le raisonnement. « Les clichés ne n’avaient pas laissé indifférent. Ils avaient déclenché une curiosité, suscité une forme d’engouement. Alors je me suis mis à écrire. »
Norbert Paganelli et Joseph Nicolaï établissent une liste d’une trentaine d’images assorties de leur texte en langue française. Ce travail de sélection débouche sur une petite édition en 1997 pour le compte de la galerie d’art « U Pitraghju ».

Le témoignage à coups de portraits individuels, de contre-plongées, de groupes et de grand-angle rencontre un beau succès. « Les quelques centaines d’exemplaires furent rapidement épuisées » se souvient l’auteur. L’expérience est réussie. Elle fait toutefois naître une tension parce qu’elle révèle un filon qu’il serait bon de creuser. Les deux hommes éprouvent le besoin d’ajouter du sens à la démarche. « Joseph n’avait de cesse de me voir continuer. Il avait d’autres instantanés et il voulait ajouter des traductions en langue corse ».
« Notre première idée était donc de proposer le même texte en version bilingue ». Cette option est vite abandonnée car « en nous appuyant sur un texte source, nous perdions le lien direct avec l’image. ». Suit un revirement. Les textes en langue corse seront des originaux, indépendants mais reliés « par une sorte de connivence ». La prise de position déteint sur le traitement de l’image. Il faut trouver une forme d’expression singulière. Elle passe par une mise en scène astucieuse. « Nous avons donc choisi de faire figurer la même photo mais à travers des cadrages différents.»

Pour le lycée Clémenceau

Dans tous les cas, les instantanés éveillent des réminiscences sur une cérémonie officielle, sur une manifestation de lycéens avides d’avenir qui « gardèrent longtemps le gout de la révolte, celle qui unit les hommes autour du cri. » Les convictions se forgent sous la banderole ‘le lycée doit rester à Sartène ». Pour toujours. Ce sont encore des cyclistes, des enfants sur un char de carnaval qui surgissent au premier plan. Les images ramènent à la place Porta : « espace où convergent les pas, les regards, les paroles », accompagnent les gestes d’une vieille dame en noir, ceux de joueurs de pétanque, ou de vendeurs sur un marché improvisé. Chacune de ces images parle de l’humain, de ses rêves, des activités et des rites sociaux qui le définissent.
De l’autre côté de l’objectif de Joseph Nicolaî et des textes de Norbert Paganelli, il y a aussi bien des enfants, des anciens, que le Catenacciu ou le prêtre de la paroisse. Celui qui « A dilla franca, mai ùn l’avemu vistu rida. Com’iddu si tinia rittu è sticchitu, ci paria maiuronu. » Le photographe déambule à travers les ruelles de la cité et capte ainsi la grâce éphémère de la banalité quotidienne.

Une démarche documentaire et humaniste avec, de plus, une valeur artistique.

Véronique Emmanuelli
La Corse votre Hebdo
Janvier 2010


 

Sartène au fil d’une poésie d’images et de mots

 

Ce n’est pas un livre, c’est une promesse. Celle que Norbert Paganelli avait faite il y a de cela plusieurs années à l’ancien correspondant du Provençal dans le Sartenais : Joseph Nicolaï.A savoir, commenter à sa manière une sélection de photos extraites de ses archives de journaliste localier. Un voyage dans le temps, dans l’intimité d’une scène captée place Porta ou dans l’énergie d’un événement qui a laissé son empreinte patinée dans les mémoires.

Un sel d’argent/Mimoria arghjintina est un recueil de poèmes. Il y a les mots, le phrasé court et subtil de Norbert Paganelli mais aussi l’émotion qui transpire de chaque cliché. Et l’un ne va pas sans l’autre. Devant ces images, le poète a attendu le déclic, comme le photographe avait patienté pour saisir une scène. Le résultat : des textes qui ravivent et prolongent ce que Joseph Nicolaï avait fixé. Des visages, des lieux, des atmosphères qui racontent Sartène et sa région par petites touches.

L’ancien du Provençal est décédé en juillet 2007, alors que le principe de cet ouvrage avait été arrêté. Mais, Norbert Paganelli a respecté les détails dont il avait longuement discuté avec son coauteur. Comme ces textes en langue corse.

Pas de simples traductions. La poésie française et celle qui se décline in lingua nustrale ne prennent pas leur source dans le même imaginaire, dans le même vécu. Pour chaque photo, ou presque, le lecteur, bilingue ou non, se laisse bercer par des inspirations différentes, mêlées de curieuses connivences. Comme ces images que l’éditeur a cadrées, puis recadrées pour faire surgir un personnage qui sommeillait à l’arrière-plan.

Un magnifique travail que signe là un nouvel éditeur corse, partenariat avec une maison plus installée : A Fior di Carta. La Gare, référence à celle, désaffectée de Ghisonaccia, marque son entrée à travers une œuvre de qualité. Pas étonnant pour ceux qui connaissent Xavier Casanova, l’heureux papa.

Désaffectée la Gare ? Avec Un sel d’argent/Mimoria arghjintina, elle vient de repeupler l’esprit des sartenais de mille figures familières. Les autres apprécieront également. Car ce livre témoigne de l’ubiquité de certains universaux.

Une chronique sensible. Une promesse tenue.

 

Sébastien Pisani
Corse Matin
Décembre 2009



 

Literatura

Arrunderi puetichi di Paganelli

 

Dici Nurbertu Paganelli in un puema u so attaccamentu è a so cridenza in un mondu fattu di tarra èd’eternità : « Tamanta fedi in a tarra vechja ». È po più luntanu ci dici dinὸ a so ingoscia di vedala vana oramai, ‘ssa cridenza : « A virità di i nosci loca…Quantu firmaremu/À pudella spiicà ».

Cridimu chì sta fatalità di a rumpera di i mondi hè oghji una tematica maiori di a literatura corsa, hè ancu forsa a tematica ussessiunali di ‘ssu principiu di seculu. I scrittori corsi t’ani menu l’accentu di a nustalgia di u seculu passatu, menu ‘ssu didideriu d’impignassi à prὸ di l’identità chè mentri u Riacquistu, ma inveci lacani bulà una parolla ingusciata, una dilusioni, faccia à u biotu svirsatu chì pari solu di rimpiazzà ‘ssa perdita.
Cù Paganelli semu pὸ dassi cù unu di i pueta subrani di ‘ssu neru ciconu annunciatu à una cumunità à a malavia.

Innamuratu di u so locu è di a so lingua sartinesa, l’autori laca viaghjà st’attaccamentu putenti in dui ricolti bislingui ch’iddu ci voli à mintuvà è leghja : « Errance », stampatu en 2007 è « Canta à i sarri » chì Fior di Carta hà publicatu quist’annu. In a prima ricolta i puemi sὸ d’un versu più direttu è curtu, sempri in ghjiru à ‘ssu tema di a sfraiatura culturali è di a dilusioni di l’omu solu ch’ùn sà più comu tramandà è comu ritruvassi in i sfraiaturi di u so mondu. Un mondu à qualissu hè firmatu fideli, ma chì forsa l’hà sbagliatu : « Una stodia carca à bucci/ Chì ti vulia compia ». Hè certu u maldistinu di a Corsica chì ci hè cuntatu quì, ma d’altri puemi com’è « l’ondici di sittembri » o « Pudemu senta » dicini ancu a cronica bughja di l’universu interu.
« Canta à i sarri » sceddi una forma più longa pà i so puisii, ma a tematica ci pari d’essa sfruttatta sempri à u culmu di a suffrenza è d’un addisperu briunatu, addisperu cullitivu ma chì si sprimi sempri in a sulitudina di a puisia. Tandu l’autori hè una spezia d’arrundu senza distinazioni, persu in i vii ughjinchi è chì l’affirma certi volti cù a rabbia :

« Versu i veghji ughjinchi
Di i nosci sirati sculuriti
Ringraziarè à tutti
Mi scusarè d’ùn essa andatu »


Pὸ ancu scummudà di i volti a puisia di Paganelli, com’è quandu i rispunsevuli di u fraiu ùn sὸ numinati chè cù una terza parsona imparsunali è dispittosa (« dicini… »). O chì certi punti d’ira sbolani quà è dà, guasgi in un sonniu di viulenza, di vindicanza : «  I parolli facini senta mirè/Poni tafunà u ciarbeddu/Peghju chè una badda…. ». Ma ind’è Paganelli a collara hè quidda d’un bravu, d’un pacificu chì hà levu è ch’ùn hà pὸ dasi chè a scrittura com’è ultimu attu di difesa.

Allora par difiniscialu, ‘ssu pueta chì ci piaci è ci frastunighja, u vidaremu infini à traversu a i so proprii versi dannati :
« Culori di notti quì davanti
Adori di petra culà daretu ».


Marcu Biancarelli

La Corse votre hebdo novembre 2009



Litterature

Les vagabondages poétiques de Paganelli


Norbert Paganelli proclame dans un poème son attachement et son espoir en un monde fait de terre et d’éternité : « Quelle grande foi dans la vieille terre ». Puis, un peu plus loin il nous révèle son inquiétude de  voir s’évanouir à tout jamais cet espoir : « La vérité de chez nous….Combien serons nous/ A pouvoir l’expliquer ».

Nous pensons que cette idée d’une fracture de l’univers est aujourd’hui devenue une thématique majeure de la littérature corse, peut-être même la thématique obsessionnelle de ce début de siècle. Les écrivains corses ont beaucoup moins de nostalgie pour le siècle passé, moins de désir d’implication dans le thème de l’identité qu’à l’époque du Riacquistu, ils  laissent plutôt transparaître un discours  angoissé, une désillusion, face à ce que véhicule le monde et sa culture, face aussi au vide prégnant qui, seul, semble pouvoir replacer cette perte.

Avec Paganelli, nous sommes peut-être avec un des poètes qui fait retentir le plus haut le glas d’ une communauté en désespérance. Amoureux de sa terre et de sa langue sartenaise, l’auteur laisse poindre cet attachement viscéral dans deux recueils bilingues qu’il convient de lire et de retenir : "Errance" publié en 2007 et « Chants aux crêtes » que les éditions A Fior di Carta ont publiés cette année. Dans le premier recueil, les poèmes sont d’un tour plus direct et plus court, ils tournent toujours autour du thème central de l’écroulement culturel et de la désillusion de l’homme seul qui ne sait plus comment transmettre et comment se situer dans l’effondrement de tous les possibles. Ce monde auquel il est demeuré fidèle mais qui peut-être l’a trahi : « Une histoire pleine de mensonges /Qui voulait ta ruine ». Il s’agit certainement de l’infortune de la Corse  qui nous est ici contée mais d’autres poèmes comme « le Onze septembre » ou « Nous pouvons entendre » disent aussi la sombre chronique de l’univers dans son ensemble.

« Chants aux crêtes » choisit une forme plus longue pour les poésies mais la thématique nous semble toujours empreinte d’une même souffrance extrême et d’un même désespoir chanté à voix haute, désespoir collectif mais s’exprimant toujours dans cette solitude qu’est la poésie. Ainsi l’auteur, semble être une sorte de voyageur sans destination, perdu sur les routes du temps présent et qui l’affirme parfois avec véhémence

« Vers les veillées nouvelles
De nos soirées diaphanes
Tu remercieras tout le monde
Tu m’excuseras de ne pas en être »


La poésie de Paganelli peut parfois déranger, par exemple lorsque les responsables du désastre ne sont désignés qu’à la troisième personne, impersonnelle et dédaigneuse « Ils disent… », ou lorsque certains accès de colère explosent par intermittence, comme dans un rêve de violence, de vengeance : « Les paroles peuvent faire mal voyez-vous/Elles peuvent perforer le cerveau/ Pire qu’une balle… » Mais chez Paganelli, la colère est celle d’un brave, d’un pacifique qui a enduré et qui n’a peut-être que l’écriture comme ultime moyen de défense.

Alors pour définir, ce poète qui nous séduit et qui nous trouble, nous le peindrions volontiers avec le désespoir de ses propres vers :
« Couleur de nuit ici devant
Odeur de pierre là-bas derrière ».

Marcu Biancarelli

La Corse votre hebdo novembre 2009

 

 


 

 

Poésie à la une

Pour avoir découvert la poésie dès l'adolescence, s'y être tenu, et avoir entrepris de soutenir sa langue natale qu'il maîtrise parfaitement, Norbert Paganelli, Castelroussin de longue date, a continué d'écrire des poèmes.
Son dernier recueil « Chants aux crêtes » paru chez l'éditeur corse « a fior di carta » a reçu le premier prix de poésie Lungoni de Santa Teresa Gallura, en Sardaigne, le nord de l'île parlant également cette langue. www.invistita.fr.

La Nouvelle république du 11. 11. 2009






Norbert Paganelli: poète des crêtes

article d'Emmanuelle Caminade dans Médiapart:www.mediapart.fr/club/edition/votre-rentree-litteraire/article/261009/

et sur son blog L'or des livres:l-or-des-livres-blog-de-critique-litteraire.over-blog.com/article--canta-a-i-sarri-

 

 

Canta à i sarri, c'est d'abord ce titre, emprunté à la poétesse chilienne Gabriela Mistral, qui m'a ravie en pénétrant sur Invistita, le site de Norbert Paganelli qui, dans un grand souci d'ouverture, met en ligne l'intégralité de son oeuvre poétique en version bilingue ( l'auteur s'exprime en corse, sa langue maternelle, et a confié la traduction de ses poèmes à Dominique Colonna).

Ce titre associe en effet le chant, pour moi l'expression la plus intense et la plus intime de la douleur ou de la joie, de l'espoir et de la révolte , à la symbolique des crêtes, ligne de partage, porte ouverte sur l'au-delà...

Chants aux crêtes est à la fois un chant au monde et le chant du monde car la nature n'est pas muette pour le poète qui sait l'entendre. Et j'ai été particulièrement sensible à ces chants mêlés, à la communion d'un homme avec sa terre, à l'harmonie de l'homme avec la terre, qui émane de ce recueil.

On ressent l'humilité de l'homme construisant son identité en s'insérant entre terre et mers, entre terre et ciel : une sorte d'identité cosmique. Homme et monde s'interpénètrent ainsi dans le mouvement cyclique de la vie, de la mort et de l'éternel recommencement , la vie humaine épousant la dynamique des forces telluriques antagonistes qui perpétuent l'univers.Un climat qui m'a souvent évoqué la philosophie et l'esthétique asiatique et m'a fait revenir en mémoire des vers aimés de René Char.

 Le charme de la poésie de Norbert Paganelli réside aussi dans sa simplicité.
C'est une poésie qui exalte la beauté des choses humbles, à la portée de tous, odeur du raisin, rondeur d'un galet, chant d'un ruiseau ou mousse sur les murailles, et aspire à la sincérité des rapports humains.
Une poésie sans recherche d'effets artificiels qui résonne avec beaucoup de fraîcheur et d'authenticité.

 La poésie n'ayant, à mon sens, rien à gagner à l'exégèse, je préfère m'effacer devant les textes .

Pour tous ceux - dont je suis - qui ne parlent pas corse mais possèdent des rudiments d'italien , voire d'espagnol, je conseille de lire d'abord la traduction , puis de dire le texte corse à voix haute pour tenter de retrouver les rythmes et les sonorités qu'aucune traduction ne pourra jamais restituer.

 



Entretien accordé à L’Informateur corse (extraits)

(édition du 26 juin au 2 juillet 2009)

 

http://www.corse-information.info/ARCHIVES/6271%20Complet.pdf

Les éditions À Fior di Carta,  créées il y a deux ans par Jean-Pierre Santini,  au cœur du Cap Corse et du joli village de Barrettali viennent de faire paraître « Canta à i Sarri », le nouveau recueil de Nurbertu Paganelli, lauréat du 1° prix Lungoni de poésie corse. Un auteur qui emprunte avec brio ses mots à la langue du sud de notre île et se voit ici honoré par Ghjacumu Fusina dont la préface salue toute l’élégance « paganellienne »

(…)

Quelle est aujourd’hui l’état de la poésie, en Corse, en Europe et ailleurs ?
Je ne peux en brosser un tableau exhaustif, car il faudrait pour cela des connaissances que je n’ai pas obligatoirement, mais il me semble qu’au sein de l’espace français la poésie n’occupe pas la place qu’elle mérite. Les tirages sont faibles et le lectorat presque confidentiel. Curieusement, la poésie en langue corse se défend plutôt bien. Elle n’occupe pas le devant de la scène mais les ouvrages réussissent, bon an mal an, à se vendre.
En Europe la situation est assez comparable à la situation française sauf pour le Portugal où les poètes jouissent d’un prestige qui étonne les observateurs.
La poésie est également assez présente et vivante en Amérique latine mais c’est dans le Maghreb et au Moyen Orient qu’elle jouit d’une incroyable notoriété. A titre d’exemple : le poète palestinien Mahmoud Darwich, décédé récemment, pouvait rassembler des milliers de personnes, lors de récitals poétiques…C’est incroyable !


Avez-vous une explication sur ces disparités ?
La Palestine, le Portugal, l’Amérique latine voici trois espaces où la vie est difficile, le malheur tout proche… On dirait que lorsque les choses se passent assez bien, les hommes se détournent de la poésie un peu comme ils se détournent de la prière. Nous avons connu en France une période difficile : l’occupation allemande ; la poésie connaissait à cette époque une grande notoriété. Mon propos est un peu abrupt mais non dénué de fondements….On a comme l’impression que, dans le malheur, les hommes deviennent plus sensibles aux choses fondamentales…

L’homme heureux ne serait donc pas sensible à la poésie ?
 C’est probable Pour être encore plus abrupt,  je dirais même que la poésie ne s’adresse pas aux imbéciles heureux mais aux esprits simples, ce qui est fort différent…On va y voir une analogie avec un autre discours   structurant notre aire culturelle mais qui a dit que cet autre discours était dénué de poésie et de perspicacité   ?   Au début était le verbe, ceci demeure toujours vrai…




 

INVISTITA


Uriginariu di d’Alta Rocca, Norbert Paganelli hà principiatu à scrive e so puesie in l’annate settanta. Dipoi sti trent’anni, l’autore ci hà datu quattru opere: “A strada, a vulpi è u banditu”, “A petra ferta”, A fiara”, “Cosi è altri”. Oghje sti puemi sò racolti, inseme, in un librettu chjamatu “Invistita” chì ci face caminà nant’à u chjassu seguitatu da Norbert Paganelli, da a so giuventù fin’à oghje.
“Invistita” hè u so testimone chì ci face scopre e so parolle per dì è parlà di i so sentimenti è sogni. Una scrittura viva, schietta è bella, chì piglia forza in e radiche di a nostra cultura, ma dinò aperta à u mondu. Iè, perchè e brame di u pueta supraneghjanu e fruntiere è ùn ponu stà chjuse à e cunfine di un territoriu. Scrivendu, u populu corsu sparghje incù l’altru, è quandu si cantanu e parolle, Norbert Paganelli ci mostra chì u populu hè sempre vivu, capace di creazione. Citatinu di u mondu hè, cuscente di ciò ch’ellu hè, di a so terra è di a so cultura. Ùn hè minuratu in u so estru, chì li permette di cunnosce i valori di e culture di u mondu chì facenu a ricchezza di l’omi.
Cù Norbert Paganelli, a Corsica diventa attrice universale in u sensu veru è bellu, senza turmenti è incù sperenze.

U Ribombu. Maghju 2009


INVISTITA

Originaire de l’Alta Rocca, Norbert Paganelli a commencé à écrire ses poésies dans les années soixante. Depuis ces trente années, l’auteur nous a donné quatre ouvrages : « La route, le renard et le bandit », « La pierre blessée », « La flamme », « Choses et autres. Aujourd’hui ces poèmes sont réunis dans un petit livre intitulé « Invistita » qui nous fait parcourir le chemin suivi par Norbert Paganelli, de sa jeunesse jusqu’à aujourd’hui.
« Invistita » est son témoignage qui nous fait découvrir ses propos, ses sentiments, ses songes.
Une écriture alerte, pure et belle, qui prend sa vigueur dans les racines même de notre culture, mais qui est aussi ouverte sur le monde. Oui, les espérances du poète dépassent les frontières et ne peuvent demeurer dans les limites d’un territoire. En écrivant, le peuple corse partage avec autrui, et lorsqu’on chante les paroles, Norbert Paganelli nous démontre que le peuple est toujours vivant, capable de création. Il est citoyen du monde, conscient de ce qu’il est, de sa terre et de sa culture. Il n’est en aucune manière enfermé en lui-même, ce qui lui permet d’appréhender les valeurs des autres cultures du monde qui font la richesse humaine.
Avec Norbert Paganelli, la Corse devient actrice universelle dans le sens le plus authentique et le plus beau, sans tourments et avec quelques espérances.

U Ribombu. Mai 2009



Une poésie visuelle, textuelle et sonore

Le FX STUDIO LA GARE vient de réaliser, avec Norbert Paganelli (et la complicité de Roland Ferrandi, pour l'un d'entre eux) deux spots 100% poésie : textuelle, visuelle et sonore. Et, si l'on en croit le vebumaestru de la chaîne qui les a mis en ligne, qui dit n'avoir jamais vu un démarrage aussi sec, il semblerait que cette association de mots, d'images et de sons, concentrés dans un spot, ait des effets fulgurants, éminemment contagieux.

Qualè chi dice ch'è morta a lingua ? U quellu chi vole esse pagatu cumme s'ellu fusse anesthésiste-réanimateur pratiquant, vu l'urgence, hors tarifs conventionnés. Damuci una musica, mica une gramatica. Une musica chi imbulighjeghje pieghe e piaghja, libecciu e siroccu… Quale simu ? Petites girouettes qui flairent du nez les raffales du moment pour offrir sur le champ leurs postérieurs aux coups de vent dominants ? O soffiu internu chi nasce e cresce in capu e chi si sparte, da cui e da cula, in armunie e cunnivenze…
Ch'ellu sia cusi !

isularama.canalblog.com



La poésie corse à l’heure du vidéo-clip

La question de la diffusion culturelle de la langue corse passe obligatoirement par une adaptation de ces modes d’usage à l’air du temps, c’est une conclusion qui peut expliquer la mise en ligne de deux vidéos clips de textes de poésie en lingua nustrale.

Fruits du travail de Xavier Casanova, le responsable de FX STUDIO LA GARE à Ghisonaccia, ces vidéos clips qui peuvent-être visionnés gratuitement sur le site de partage de vidéos Dailymotion mettent en valeur des textes de poésie corse œuvres de Norbert Paganelli (Invistita.fr).

Une manière de gouter la poésie corse en dehors des contraintes de la page écrite, un peu comme s’il s’agissait d’un nouveau langage.


www.corsicanews.net



En Corse quelle poésie fait-il ?


Extrait de l’interview publiée sur le site d’André Chenet: www.poesie danger


Poésie corse, poésie corse…comment peut-il exister une poésie corse ?

Personne ne remet en cause l’existence d’une île en méditerranée qui portait jadis le nom de Kyrn, puis de Kyrnos avant de devenir Corsica en latin et Corse en français. Pourquoi diable cette île, sur laquelle les gens parlent une langue, n’aurait-elle pas, elle aussi, sa poésie ?

Je veux bien mais on entend parler de la chanson corse, de la revendication politique corse mais je n’ai jamais entendu parler de la poésie corse.

Si l’on devait compter les articles de presse ou les émissions consacrées à la poésie on ferait rapidement le constat qu’elle n’intéresse pas les grands médias…Que ce soit en France, en Italie, en Espagne ou en Allemagne…D’une manière générale la poésie ne suscite plus beaucoup d’intérêt. Pourtant, elle continue d’exister dans toutes les langues que je viens de citer, elle existe difficilement certes, mais elle n’a pas disparu. C’est exactement pareil en Corse. Si tu consultes les publications grand public, tu n’en entendras jamais parler et pourtant, je peux te  certifier qu’il existe des poètes, que des plaquettes de poésie sont éditées et qu’elles se vendent plutôt mieux que dans l’ensemble de l’Hexagone…La poésie est donc présente en Corse et, si elle n’est pas dans une forme florissante, n’a pas pour autant disparu du paysage littéraire.


Création poétique et société

Le site Corsicanova a mis en ligne une interview de Norbert Paganelli par le site berbère: www.afriquedu-nord.com L’intégralité du texte est accessible à partir de ce lien : www.corsicanova.com

En voici quelques extraits :

Quelle est la situation de la langue aujourd’hui ?
Les études les plus récentes montrent que de nombreux adolescents possèdent les rudiments de la langue, sont capables d’écrire et de lire en corse mais, sur le plan de l’oralité, la langue recule. Par ailleurs, ceux qui la parlaient naguère la parlent mieux aujourd’hui, réussissent à l’écrire et à la lire mais au final il y a chaque année de moins en moins de personnes pour la parler véritablement

Pourtant le succès de la chanson en langue corse ne se dément pas …
Qui s’intéresse aux paroles des chansons ? Combien de personnes sont capables d’ « entendre » les paroles des chansons ? Le petit cercle des personnes de qualité qui écrivent les textes des chansons a quelques difficultés à masquer le désintérêt massif pour le « sens » des mots. Il ne faut donc pas se fier à l’apparence et bien comprendre que le succès médiatique de certains groupes est l’arbre qui cache malheureusement la forêt.

Il existe aussi une littérature en langue corse et on est parfois surpris de voir la qualité des textes qui paraissent souvent en édition bilingue…
C’est exact, mais sur ce point également mieux vaut être lucide : le nombre de personnes s’intéressant à la littérature en langue corse n’a pratiquement pas évolué depuis une trentaine d’année. Il y a aujourd’hui davantage de personnes qui écrivent mais pas obligatoirement plus de lecteurs…



Extrait de l'interview accordée à L'Invitu en Mars 2009 (www.l-invitu.net)

Tu as fait le choix, depuis longtemps déjà, d’écrire en langue corse, et même dans la langue du sud de l’île. Peux-tu exposer les raisons de ce choix ?
Comment conjugues-tu cette volonté identitaire avec ton ouverture sur le monde ?

 
Mais si le monde était complètement uniforme (et c'est un risque sérieux), à quoi donc servirait l'ouverture puisqu'on y trouverait que du standard ? L'Universel ne peut se comprendre qu'au travers d'un dépassement de la diversité, mais encore faut-il que diversité il y ait ....

J'observe que le public est mieux sensibilisé à la nécessaire diversité des cultures du sol que des cultures de l'esprit, or, c'est bien du même problème qu'il s'agit... Le temps où l'Universel était synonyme d'uniformité est révolu et c'est tant mieux. Aujourd'hui, cette notion porteuse doit se combiner avec le respect des particularismes, non pas pour que rien ne bouge, mais pour accepter un changement négocié et non imposé. Edgar Morin a eu une magnifique formule en déclarant que le progrès véritable résultait du changement et de la résistance au changement, ce qui veut dire que sans cette faculté de résister nous ne sommes rien, nous perdons notre qualité d'être humain capable de modifier le cours des choses.

Je n'ai pas choisi de parler corse, mais je choisis de défendre une manière de dire, de crier et de chanter qui ne porte préjudice à aucune autre manière de le faire. Par contre si je ne résiste pas, je deviens le complice du rouleau compresseur. Je n'ai aucune vocation à devenir le complice de causes qui me sont étrangères !"

INVISTITA

di Nurbertu Paganelli


Nurbertu Paganelli, hè unu di quiddi pueti nati in i buddori di a Corsica di u Sittanta, in cori à u Riacquistu culturali di tandu. Omu di a parola ghjusta è di u pinsamentu assinnatu, l'amori di a so terra si leghji in a scrittura soia, ma senza ch'eddu lachi in disparti unu sguardu acutu è esigenti. Ci rigala quì una racolta di testi puetichi chì i dui virsuri, corsa è francesa, al di là di a solita traduzzioni, si spechjani è s'allargani à l'infinitu.

Marceddu Jureczek
AVALI



INVISTITA

de Norbert Paganelli


Norbert Paganelli fait partie de ces poètes issus du bouillonnement de la Corse des années soixante-dix, en plein cœur de ce mouvement de réappropriation culturelle que l'on a nommé le " Riacquistu ". Auteur à la parole juste et au jugement assuré, l'amour de sa terre est présent dans ses écrits sans pour autant qu'il abandonne une vision subtile et exigeante du monde. Il nous offre, dans cet ouvrage, un ensemble de textes poétiques dont les deux versions, corse et française, au-delà de la simple traduction, s'éclairent et se prolongent jusqu'à l'infini.

Marceddu Jureczek
AVALI



UNE POESIE DE L'INEFFABLE.

A Petra ferta, de Norbert Paganelli (Ed. La Maison Rhodanienne de poésie)


«A l'école de la poésie, on n'apprend pas. On se bat » chante Léo Férré. On se montre aussi élégiaque, tant il est vrai que l'usage de la langue et l'utilisation de symboles propres révèlent un écrivain.

Longtemps le dogme a voulu que l'élaboration poétique se fasse dans la souffrance pour que fût atteint le paroxysme de la beauté. Norbert Paganelli, dans «A Petra ferta» qui est un recueil de poésies d'expression corse, traduit par lui-même en langue française, définit dans un avant-propos quel est, selon lui, le sens profond de la poésie. «..elle n'est pas faite pour ordonner le monde, elle haït l'organisation, la routine, la tradition que l'on respecte sans trop savoir pourquoi... »

L'auteur est né en 1954 d'une famille originaire de Sartène. Cependant sa vie est imprégnée de trois paysages: la Corse, l'Afrique du Nord et la région parisienne. En dépit de sa formation de juriste, se manifeste dès son plus jeune âge, son goût pour la poésie, ce qui le conduit à participer à diverses revues artistiques. Sans complaisance et afin d'éviter toutes les récupérations , il explique: «En utilisant ma langue maternelle pour l'écriture poétique, j'ai le sentiment de participer à cette universelle création dont la culture insulaire fait partie. Je repousse avec la même véhémence l'esprit stérile du vieil homme rivé à l'horizon de son clôcher et l'esprit partisan qui tente de m'enrôler son sa bannière.»

Une précision utile en un temps où les opportunismes affluent car la première mission du poète n'est-elle pas d'enseigner la signification du mot liberté ?

Françoise Bozzi
(La Corse des livres)



A Petra Ferta: une poésie du fond des âges


En édition bilingue, voici un ouvrage intéressant qui affirme tout haut le droit à l'expression de la différence. Malgré le cloisonnement auquel l'a condamné l'usage du français, la langue corse continue à rire, à chanter et à pleurer.

Sa musicalité s'accorde à la sensibilité du poète et le bilinguisme semble contribuer à renforcer une nostalgie identitaire dont l'auteur en est le chantre habile et intransigeant. Il s'agit à coup sûr d'une poésie lyrique tentant une démarche de la profondeur intérieure afin d'embrasser le visage de l'aventure humaine.

Une aventure dont l'histoire n'est ni triste ni tendre mais dont la dimension est ineffable. C'est la raison pour laquelle elle prend parfois l'apparence d'un cri: «A qui est-il ce cri qui passe/Il m'a touché l'épaule et s'est mis à tourner/Ce n'est pas le plus méchant/Il y a même un oiseau qui vient à sa rencontre/ Mais le bruit qu'il provoque/Eloigne les enfants qui jouent dans le coin/ »

Octave Prour

(Prométhée)



A Fiara de Norbert Paganelli


«La poésie vient du fond des âges et donc du fond de l' être tout entier. Son propos est de suggérer qu'en marge de tout discours existe une entité indivise, un non-dit fondamental qui s'apparente aux questions que la métaphysique soulève»
Cette phrase introductive de la préface écrite par Norbert Paganelli pour son recueil de vers «A Petra Ferta» aide à comprendre sa poésie.

Il y a quelquechose de paléolithique dans cette poésie écrite avec les mots durs et mal équarris comme les pierres de nos «gaglini» dans la langue frustre et belle de l'Alta Rocca dont le poète Natali affirmait qu'elle est l'expression la plus pure et la plus authentique de la langue corse. Comment ne pas goûter la sauvage saveur de ces textes granitiques dont la dureté laisse échapper parfois, comme l'étincelle jaillie du choc entre deux îles, une plainte, une nostalgie ou un chant humain ?

Silence des glaciers, clameurs de nos torrents, poussée des sèves, dialogue élémentaire des éléments mais aussi maisons en pierre de taille, simples objets de la campagne, mélopée du berger dans les montagnes, connivence de l'homme avec la nature, angoisse du même homme face à l'infini:

Nice Matin
-La Corse-


UNE PIERRE BLESSEE

poèmes en langue corse traduits par Dominique Colonna


Né en 1954, Norbert Paganelli a passé toute son enfance à Sartène, élevé par des grands-parents qui resteront pour lui les dépositaires de son identité. Malgré des études de juriste (Licence en droit et doctorat es Science politique), il est attiré très jeune par la création poétique et publie son pemier recueil à l'âge dix neuf ans.

Enseignant en sciences humaines et en psycho-pédagogie (CESI, ING, OBEA) il à publié depuis 1977 de nombreux recueils poétiques en langue corse. Loin de refuser les tournures archaïques et idiomatiques du Sud-insulaire, il les utilise en les intégrant dans une facture qui n'est pas sans rappeler les fondateurs de la poétique contemporaine: Apollinaire et les surréalistes mais en conservant toujours une certaine préoccupation concrête. Malgré les images parfois déroutantes et le caractère hermétique de certains textes, il aime à rappeler le propos d'Eluard: «le poète est celui qui inspire, bien plus que celui qui est inspiré.»

La puissance de rêve qui se dégage de ses textes ne laisse jamais indifférent et témoigne du caractère profondément interrogatif et non dogmatique de sa démarche.. Le recueil est incontestablement une véritable flamme qui brille, éclaire et réchauffe le coeur et l'esprit. Elle touchera d'autant plus de monde que la traduction, en langue française, confiée à Dominique Colonna restitue, à merveille, sans jamais le trahir, le frisson de l'auteur

L'Informateur corse